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Star Market : quand la Chine veut copier le Nasdaq

Le Star Market a ouvert dans l'euphorie, lundi 22 juillet
Le Star Market a ouvert dans l'euphorie, lundi 22 juillet China Stringer Network

Pékin a inauguré lundi son "Nasdaq à la chinoise". Le Star Market n'est pas la première tentative des autorités de créer une place financière pour les start-up, mais toutes les précédentes expériences ont échoué.

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Un bond de 520 %. La valeur des actions sur le tout nouveau "Nasdaq à la chinoise", baptisé Star (Science and Technology Innovation Board) Market, a connu une progression fulgurante permettant aux sociétés cotées de lever 7 milliards de dollars lors de la journée d'inauguration, lundi 22 juillet. Même si l'euphorie devrait, de l'avis des principaux observateurs, retomber dans les jours à venir, ces débuts tonitruants sont une bonne nouvelle pour un projet soutenu jusqu'au plus niveau de l'État chinois.

Cette initiative avait, en effet, été annoncée en novembre 2018 par le président chinois Xi Jinping en personne. Environ 140 sociétés du secteur tech ont déjà exprimé leur souhait de vivre leur vie boursière sur cette nouvelle place financière sise à Shanghai. Il s'agit d'entreprises spécialisées dans les logiciels, la biotech ou encore la construction de microprocesseurs.

La première vague de cotations n'a été ouverte que pour 25 d'entre elles, choisies par les autorités boursières. Les autres vont devoir patienter encore quelques semaines avant d'être admises à leur tour sur le Star Market.

Les Bourses chinoises peu adaptées aux besoins des start-up

Cette nouvelle place financière vise à attirer les entreprises innovantes et start-up chinoises qui, jusqu'à présent, optaient pour les Bourses américaines ou Hong Kong. C'est tout le paradoxe du secteur de la tech chinois : il a beau être l'un des plus dynamiques au monde, ses start-up les plus innovantes, comme les géants de l'e-commerce Alibaba (coté à New York depuis 2014) et de la vidéo en ligne DouYo (qui a fait ses débuts boursiers au Nasdaq en 2019), ou encore le fabricant de smartphones Xiaomi (entré à la Bourse de Hong Kong en 2018), boudent les places financières nationales.

Un désamour qui s'explique par les spécificités des règles boursières chinoises. Pour être coté à Shanghai ou Shenzhen (les deux principales places financières du pays), il faut obtenir une autorisation préalable des autorités. Un feu vert administratif qui n'existe ni à New York, ni à Hong Kong, où l'inscription et la remise de documents financiers suffisent. Cette étape supplémentaire peut prendre plusieurs années, ce qui correspond à une éternité pour des start-up qui ont besoin de lever de l'argent rapidement afin de financer leur croissance.

Mais ce n'est pas tout : une entreprise ne peut entrer en Bourse en Chine que si elle dégage déjà des profits. "Autant dire qu'aucune start-up au monde ou presque ne pourrait être cotée à Shanghai ou Shenzhen, puisque la plupart d'entre elles ne sont pas encore profitables lors de leurs débuts sur les marchés financiers", explique le podcast TechBuzz China, spécialisé dans l'actualité tech chinoise.

Troisième essai

Les autorités chinoises sont conscientes depuis longtemps du problème. À la fin des années 2000, elles ont lancé deux places financières présentées, elles aussi, comme des alternatives au Nasdaq. Le SME (Small and Medium Entreprises) Board de Shenzhen et le ChiNext de Shanghai ont bénéficié de conditions d'accès moins contraignantes... tout en gardant l'obligation de dégager des profits. Conséquence : après avoir suscité un engouement similaire à celui dont jouit actuellement le Star Market, l'effervescence est rapidement retombée lorsque les start-up ont compris que les places new-yorkaises et hongkongaises demeuraient plus attractives.

Pour éviter un destin à la SME ou ChiNext (qui peinent à attirer entreprises et investisseurs), le Star Market n'impose ni autorisation préalable, ni obligation d'être bénéficiaire au moment de l'introduction en Bourse.

Cette obsession de concurrencer le Nasdaq à tout prix est "dans la logique de la politique chinoise actuelle qui consiste à développer son marché financier, de monter en gamme afin de ne plus dépendre des places internationales", explique Mary-Françoise Renard, directrice de l'Institut de recherche sur l'économie de la Chine (Idrec) de l'université d'Auvergne, contactée par France 24.

Les tensions commerciales et diplomatiques avec Washington ont rendu cet objectif encore plus pressant. Pékin craint que l'administration américaine complique l'accès des start-up chinoises aux places financières américaines. L'un des buts avoués de l'administration américaine consiste, en effet, à contrarier les ambitions technologiques chinoises.

À ce titre, l'empressement des autorités chinoises à ouvrir le Star Market, moins d'un an seulement après l'annonce faite par Xi Jinping, "est clairement un signal envoyé aux États-Unis indiquant que l'attitude belliqueuse américaine les pousse à prendre les devants et à accélérer les réformes [leur permettant de ne plus dépendre des États-Unis, NDLR]", assure Mary-Françoise Renard.

Un David pour deux Goliath

Encore faut-il que les start-up jouent le jeu sur le long terme. Pékin a les moyens "de faire pression sur elles, tout en accordant des avantages fiscaux à celles qui accepteront d'être cotées sur le Star Market", estime l'experte française. Elle ajoute que les sociétés "peuvent être inquiètes de l'évolution des relations avec les États-Unis" et préférer la stabilité d'une place financière locale à l'incertitude au niveau international.

Le Star Market reste le David qui s'en prend à deux Goliath en même temps. "Les investisseurs qui opèrent sur le Nasdaq et la Bourse de Hong Kong n'ont pas seulement plus d'expérience, ils ont aussi une connaissance bien plus profonde des questions technologiques que ceux en Chine, connus pour avoir des réactions souvent irrationnelles, et donc imprévisibles", affirme le podcast TechBuzz. Les grandes stars de la scène tech chinoise risquent de préférer mettre leur avenir boursier entre les mains les plus expertes possibles, malgré les efforts de Pékin pour vanter son "Nasdaq à la chinoise".

Le fait qu'aucune des 140 premières start-up à vouloir entrer en Bourse sur le Star Market ne fasse partie de la crème du secteur tech chinois n'est, à cet égard, pas des plus rassurants pour Pékin. Il manque surtout un nom à cette liste : Bytedance, la très influente start-up derrière le phénomène mondial TikTok, le réseau social de partage de vidéos prisé par les ados. Les autorités chinoises ont courtisé cette société pendant plusieurs mois pour qu'elle choisisse d'être coté sur le Star Market, souligne le quotidien hongkongais South China Morning Post. Mais la jeune pousse – dont la valeur est estimée à plus de 75 milliards de dollars – a, pour l'instant, résisté à ces appels insistants du pied et garde le mystère sur le lieu où se déroulera ce qui sera, très probablement, la plus importante introduction en Bourse de 2019.

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