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Audition de Robert Mueller : "L'impeachment de Trump n'aura pas lieu"

L'ex-conseiller spécial Robert Mueller lors de son audition à la Chambre des représentants, le 24 juillet.
L'ex-conseiller spécial Robert Mueller lors de son audition à la Chambre des représentants, le 24 juillet. Alex Wong, Getty Images North America, AFP

Forcé de témoigner devant les démocrates, l'ex-procureur spécial Robert Mueller a réaffirmé qu'il n'existe pas suffisamment de preuves de collusion entre Donald Trump et la Russie. La possibilité d'une procédure de destitution semble compromise.

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Cinq heures d'audition. Quatre mois après la sortie du rapport concluant à l'absence de preuves sur l'éventuelle collusion entre la campagne de Donald Trump et la Russie, l'ancien procureur spécial Robert Mueller a fait face à un interrogatoire en règle du comité judiciaire de la Chambre des représentants, mercredi 24 juillet. Une audience à l'initiative des démocrates, à laquelle l'ancien chef de la police fédérale (FBI) a été forcé de se soumettre et dont il se serait bien passé.

La voix tremblotante, visiblement échaudé, Robert Mueller s'est malgré tout plié à l'exercice, pris en sandwich dans la bataille opposant démocrates et républicains. En toile de fond, la question de la procédure d'impeachment contre Donald Trump continue d'agiter les rangs de l'opposition même si elle semble de moins en moins probable.

Pas d'"exonération" pour Trump

Dès son introduction, Jerry Nadler, le président démocrate du comité judiciaire de la Chambre des représentants, a affiché la couleur en louant "l'intégrité" du travail de l'ancien procureur spécial, affirmant que le comité allait "suivre son exemple". Une approche en douceur pour vaincre les réticences de Robert Mueller et le pousser au commentaire. Ce dernier, laconique, est resté sur sa position : "Je me cantonnerai aux éléments du dossier".

Interrogé sur les déclarations de Donald Trump affirmant que le rapport l'avait "totalement exonéré" dans l'affaire de collusion avec la Russie, Robert Mueller s'est inscrit en faux : "Ce n'est pas dans le rapport. (…) Les preuves étaient insuffisantes pour incriminer le président". Pour ce qui est des interférences dans l'enquête, l'ancien procureur spécial confirme en avoir identifié dix. Malgré son insistance Donald Trump a "toujours refusé" de répondre aux questions des enquêteurs.

Pour Philip Crowther, correspondant de France 24 à Washington, le but des démocrates était d'appuyer sur l'idée que Trump est un président illégitime : "Ils ont eu la réponse qu'ils souhaitaient : non, Trump n'a pas, comme il l'a affirmé, été exonéré et non, le rapport n'a pas conclu à l'absence d'obstruction".

Un rapport "illégal"

Côté républicain, la méthode est tout autre. "L'enquête conclut qu'il y a eu ingérence russe. Mais Trump n'a pas conspiré avec eux. La question porte maintenant sur l'origine et le bien-fondé de cette enquête du FBI", a lancé, d'un ton provocateur, l'élu de Géorgie Doug Collins. Mueller botte alors en touche : "Je ne répondrai à aucune question sur l'ouverture de l'enquête, qui a débuté des mois avant ma prise de fonction". Les républicains ont dénoncé à de nombreuses reprises une enquête partisane, multipliant les attaques contre l'ancien procureur spécial.

"Le rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, mais ne l'exonère pas. Ce n'était pas votre travail de statuer sur la culpabilité de Donald Trump, les procureurs doivent respecter la présomption d'innocence !", a assené le représentant du Texas John Ratcliffe, avant de conclure : "Ce rapport est illégal. Donald Trump n'est pas au-dessus des lois… mais il ne doit pas être en dessous des lois".

L'éternelle question de l'impeachment

"Dans l'affaire Clinton, le rapport affirmait que les actions du président pouvaient entraîner une procédure de destitution, pourquoi ne jamais avoir abordé cet aspect dans votre rapport ?", s'est étonné Kenneth Starr sans que Robert Mueller ne parvienne à répondre. L'ancien procureur, qui avait joué un rôle clé dans la procédure de destitution contre Bill Clinton à la fin des années 1990, fait ici référence à un enjeu crucial de cette audition, considérée par certains démocrates comme la dernière chance de lancer une procédure de destitution contre le président sur l'enquête russe.

Les plus fervents opposants de Donald Trump croyaient dur comme fer que l'enquête leur servirait sur un plateau les éléments nécessaires pour faire aboutir une telle procédure. Mais en mars, le rapport n'a apporté aucune preuve de collusion avec la Russie – c'est la douche froide. "Tout reposait sur l'affaire Mueller ; il s'agit d'un document officiel sanctionné par le FBI et la justice, donc qui a une vraie caution", explique Gérald Olivier, spécialiste des États-Unis et chercheur, "alors certes Mueller pointe du doigt l'interférence de Trump dans l'enquête, mais il n'y a aucun chef d'accusation donc aucun risque pour le président. L'impeachment n'aura pas lieu".

À gauche du parti démocrate, certains élus comme Alexandria Ocasio-Cortez continuent de plébisciter cette option pour paralyser le gouvernement et affaiblir Trump, mais beaucoup considèrent qu'une procédure vouée à l'échec serait au contraire contre-productive.

Pourtant, si l'affaire de collusion russe semble bel et bien enterrée, un autre dossier pourrait relancer la perspective d'une procédure de destitution. Celui de l'ancien avocat de Donald Trump, Michael Cohen. "Il a plaidé coupable et fait un deal avec la justice, ce qui signifie que ses informations intéressent les procureurs", souligne Stéphane Draï, avocat international siégeant à Cour Suprême des Etats-Unis. "Si des informations incriminant Donald Trump sont révélées, alors une procédure de destitution, sur des accusations de corruption ou de fraude fiscale, redevient envisageable."

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