Accéder au contenu principal

La canicule n'épargne pas la santé mentale

Le thermomètre à Paris a atteint la température record de 41°C, jeudi 25 juillet 2019.
Le thermomètre à Paris a atteint la température record de 41°C, jeudi 25 juillet 2019. Dominique Faget, AFP

Agressivité accrue, risques pour les populations fragiles et peut-être impact sur l’anxiété et la dépression : on commence seulement à mesurer les effets des épisodes de fortes chaleur sur la santé mentale.

Publicité

La canicule vous tape sur les nerfs ? Pas étonnant. Les fortes chaleurs ont un effet avéré sur l’état mental général. “On sait de manière sûre que cela augmente l'agressivité et l’impulsivité”, explique Guillaume Fond, psychiatre à l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille et enseignant chercheur à l’université Aix-Marseille, contacté par France 24.

En d’autres termes, alors que la France subit une vague de chaleur record avec des températures qui ont dépassé les 40°C dans plusieurs villes dont Paris, jeudi 25 juillet, il faut s’attendre à davantage de violences physiques et verbales. Une simple hausse de 1°C par rapport à la normale saisonnière suffit pour que “les violences entre personnes augmentent de 4 % et celle entre groupes de 14 %”, concluait déjà en 2013 une étude menée par trois chercheurs américains des universités de Berkeley et Stanford.

Catégorie de population particulièrement à risque

Ce lien entre agressivité et canicule tient probablement à la qualité du sommeil. “Quand les températures ne baissent pas la nuit - ce qui est caractéristique d’une canicule - on dort moins et moins bien, ce qui augmente l’irritabilité”, résume Guillaume Fond. Un autre facteur aggravant pourrait être biologique : “la chaleur augmente le niveau de cortisone - une hormone favorisant le stress - secrété par le corps”, note Harriet Ingle, chercheuse en psychologie climatique au Centre de justice climatique de la Glasgow Caledonian University, contactée par France 24.

Mais si cette poussée d'agressivité vaut pour tous, une forte température peut s’avérer psychologiquement très dur pour certaines populations. Les personnes âgées ou celles qui sont isolées socialement, comme les SDF, sont particulièrement à risque. “Pour elles, la canicule est un facteur aggravant important. Elles craignent de mal supporter physiquement la chaleur et ce d’autant plus qu’elles ne savent pas combien de temps ça va durer. Nous avons constaté, à l’occasion d’une étude sur l’impact psychique des hausses de température que cette crainte, combinée à l’incertitude favorise les épisodes d’anxiété et de dépression”, explique Hans-Peter Hutter, directeur adjoint du centre de médecine environnementale l’université de médecine de Vienne (Autriche).

Même constat pour les personnes souffrant déjà de troubles mentaux. “Certains d’entre eux ne sont pas capables de prendre les mesures nécessaires pour se protéger des conséquences de la chaleur - comme de s’hydrater régulièrement ou s’habiller correctement -, tandis que des médicaments peuvent être contre-indiqués en cas de canicule”, souligne Harriet Ingle. Certains antidépresseurs gênent la régulation de température du corps par exemple.

Ouragan Katrina

Au-delà de ces effets directs constatés, la compréhension des liens entre fortes températures et troubles mentaux souffre d'un manque de recherches scientifiques. “Il faut bien se rendre compte que les scientifiques ont commencé à se pencher sérieusement sur l’impact des changements climatiques sur la santé mentale seulement après l’ouragan Katrina, en 2005”, rappelle Guillaume Fond. Cette catastrophe naturelle qui a ravagé la Nouvelle-Orléans a commencé à mettre la puce à l’oreille des psychiatres et psychologues : les suicides et idées suicidaires ont plus que doublé après Katrina, et une partie de la population qui avait subi l’ouragan a développé des troubles mentaux comme la dépression et des stress post-traumatiques.

Mais l’intérêt a surtout porté sur les liens entre les événements climatiques extrêmes et la santé mentale. En revanche, “les recherches sont encore très rares concernant l’impact psychologique de la hausse progressive des températures qui entraînent des canicules de plus en plus fréquentes”, déplore Harriet Ingle.

Pourtant, tous les experts contactés soupçonnent qu’il y a encore beaucoup à découvrir. En favorisant la pollution atmosphérique, les canicules pourraient, notamment, avoir un effet indirect sur la santé mentale, par exemple. Une étude britannique, publiée en février 2019, avait conclu que les jeunes enfants étaient “trois à quatre fois plus susceptibles de développer une dépression à 18 ans s’ils étaient exposés à des niveaux de pollution élevée”. L’exposition aux particules ultrafines accroît le risque d’inflammation notamment du cerveau et “ces inflammations sont connues pour favoriser le développement de symptômes de la dépression”, notent les auteurs de l’étude.

Eco-anxiété

Il y a aussi le phénomène récent et encore mal connu de l’éco-anxiété. Il s’agit de personnes qui développent “une peur chronique d’un environnement condamné”, selon l’Association américaine de psychologie. Cette impression d’assister impuissant aux conséquences du réchauffement climatique entraîne “une souffrance individuelle avec des troubles associés comme des phobies et des angoisses extrêmes”, a expliqué à la RTBF Veronique Lepaige, la psychiatre qui a conceptualisé la première cette notion d’éco-anxiété.

Les canicules pourraient constituées, pour Harriet Ingles, “un facteur déclenchant” de l'éco-anxiété en exposant les populations directement aux effets du réchauffement climatique. “C’est une préoccupation légitime, mais il faut bien distinguer un trouble anxieux déclenché par de multiples facteurs - attentats, chômage, environnement - et une préoccupation sur l’avenir”, précise Guillaume Fond. Harriet Ingles ajoute “qu’on ne sait pas encore s’il faut classer ce trouble dans la grande famille des anxiétés ou si c’est quelque chose de nouveau qui nécessiterait, dans ce cas, une approche thérapeutique différente”.

Là encore, il faudrait des recherches supplémentaires. Et c’est tout le problème : “les effets psychologiques des fortes chaleurs sont une bombe à retardement sanitaire si on ne s’y intéresse pas de plus près très vite”, estime l’experte britannique. En effet, précise le chercheur autrichien Hans-Peter Hutter, “les épisodes de canicules vont être de plus en plus fréquents, la population vieillit et vit de plus en plus en ville, où les conséquences des canicules sont les plus importantes”. 

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.