Accéder au contenu principal

Les fausses informations, nouveau champ de bataille de la contestation à Hong Kong

Des manifestants brandissent leurs téléphones portables allumés lors d'un rassemblement à Hong Kong le 5 juilllet 2019
Des manifestants brandissent leurs téléphones portables allumés lors d'un rassemblement à Hong Kong le 5 juilllet 2019 AFP
Publicité

Hong Kong (AFP)

Des chars chinois à la frontière? Faux. La photo du doigt d'un policier sectionné à coups de dents par un manifestant? Trompeuse. Dans une Hong Kong divisée, le combat pour conquérir l'opinion avec des faux est devenu aussi crucial que celui qui se déroule dans la rue.

Pendant les manifestations antigouvernementales qui réunissent depuis des semaines des millions de personnes et ont souvent dégénéré en violences, rumeurs, théories du complot et désinformation ont explosé, semant la confusion et la méfiance.

D'une vidéo de 2011 montrant des soldats sud-coréens et présentée comme annonciatrice d'une "invasion" chinoise aux photographies retouchées pour exagérer la taille d'une manifestation, les Hongkongais sont bombardés de revendications contradictoires par les deux camps adverses.

Les images d'un convoi de chars chinois prétendument venus "réprimer les Hongkongais et provoquer un bain de sang" ont été vues 800.000 fois en très peu de temps sur un seul compte Twitter.

Les autorités proPékin du territoire revenu en 1997 dans le giron chinois sont contraintes multiplier les démentis, le plus récent concernant le déploiement de soldats continentaux de l'Armée populaire de libération (APL) pour défendre les bâtiments gouvernementaux.

"Il n'y a absolument rien de tel et toutes ces affirmations sont totalement fausses", a déclaré le gouvernement cette semaine.

La police est spécialement ciblée par la rumeur, comme dans une vidéo réfutée par l'AFP et prétendant montrer des officiers en train de tirer sur une femme en plein visage.

"Répandre de nombreuses rumeurs sur les opérations de police va enfoncer un coin entre la police de Hong Kong et la population", a-t-elle déclaré à l'AFP.

- "Idées simplistes" -

Les images des manifestations et des violences, souvent détourées ou maquillées pour étayer un point de vue particulier, circulent à toute vitesse sur les réseaux sociaux mais aussi dans des groupes privés sur Weibo ou WhatsApp.

Dans ces cercles fermés, où les opinions sont tranchées, on s?embarrasse rarement des faits, selon Masato Kajimoto, professeur de journalisme et spécialiste des fake news.

"Les idées souvent simplistes et partiales exprimées sur ces plateformes rendent plus difficile l'hypothèse d'un rapprochement" entre les deux camps, dit-il.

S'il s'agit des principaux propagateurs de faux, les médias classiques ajoutent aussi de l'huile sur le feu.

"Les journalistes n'assument pas leurs responsabilités quand ils disent relayer simplement les sujets dont discutent les gens", poursuit-il. Il cite une théorie du complot récente accusant la police d'avoir truqué un point de presse sur la base d'une photo de montre.

"Les médias classiques ne doivent pas faire état d'événements s'ils ne les ont pas vérifiés indépendamment".

Certains journalistes se sont plaints de pressions. Selon le syndicat de la chaîne hongkongaise publique, les reporters ont reçu l'ordre de reprendre comme s'il s'agissait d'informations vérifiées des rumeurs selon lesquelles un manifestant s'était servi de pinces pour trancher le doigt d'un policier. La chaîne a annoncé une enquête.

- "Jeter des ponts" -

Le camp proPékin bénéficie de la force de frappe des médias officiels chinois, estime Rachel Lao, avocate prodémocratie.

"Le Parti communiste chinois est doué pour semer la confusion dans l'opinion publique et discréditer" les événements prodémocratie, dit-elle.

Mais l'effet pourrait être l'inverse de celui recherché. "Les informations sont si clairement fausses que les Hongkongais se méfient désormais de tout".

Malgré tout, il est inévitable que des gens tombent dans le panneau en raison du volume même du trafic, juge Jeffrey Ngo, militant prodémocratie.

"Dans un monde où il y a trop d'informations, distinguer le vrai du faux est délicat". Pour lui, cela favorise "le pouvoir car les gens ordinaires décident de ne pas rechercher une vérité difficile à trouver".

A travers le monde, des médias ont créé des rubriques de fact-checking.

Le service AFP Fact Check Asie en anglais a démenti une dizaine de fausses nouvelles sur la contestation hongkongaise.

Certains médias hongkongais indépendants ont également publié des fact-checks en chinois.

Néanmoins, la suspicion et le doute restent prégnants. "Il n'y a pas de médias neutres qui puissent jeter des ponts entre les deux camps et gagner les confiance de tous", regrette Phillis Zhu, étudiante chinoise qui vit à Hong Kong.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.