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Béji Caïd Essebsi, cheville ouvrière de la démocratie tunisienne, est mort

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi est décédé jeudi 25 juillet.
Le président tunisien Béji Caïd Essebsi est décédé jeudi 25 juillet. Fethi Belaid, AFP

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi, figure emblématique de la politique tunisienne, est mort jeudi. De ses débuts de militant pour l’indépendance du pays à la défense de la laïcité, retour sur une vie de combat politique.

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Le président tunisien Béji Caïd Essebsi est décédé dans l’exercice de ses fonctions à l’âge de 92 ans, jeudi 25 juillet. Il était hospitalisé pour un problème de santé consécutif au sérieux malaise qu'il avait eu le mois dernier, selon son fils.

La présidence tunisienne a annoncé la mort de Béji Caïd Essebsi via Facebook

Quatrième président de la République depuis son investiture le 31 décembre 2014, il était le chef d’État en fonction le plus âgé après Elizabeth II et le président malaisien Mahathir Mohamad.

En avril 2019, fatigué, il avait déjà renoncé à briguer un second mandat, préférant "laisser la place aux jeunes". Une décision prise quatre jours après l'annonce de la démission du président algérien Abdelaziz Bouteflika, âgé de 82 ans, après un mois et demi de manifestations en Algérie voisine.

Jeunesse militante

Si Béji Caïd Essebsi est devenu président de la République sur le tard après un long parcours politique jalonné de conquêtes et de renoncements, il a très tôt nourri un goût prononcé pour la chose publique. Né le 29 novembre 1926 à Sidi Bou Saïd au sein d’une famille bourgeoise d’agriculteurs de Tunis, le jeune Essebsi est marqué dès l’âge de 12 ans par les événements du 9 avril 1938, émeutes aux cours desquelles des contestataires réclament des réformes visant à mettre fin au protectorat français.

Plus tard, le jeune homme s’engage dans la jeunesse du Néo-Destour, sous la houlette de Habib Bourguiba, un parti politique socialiste qui œuvre pour le retrait de la France du territoire tunisien. Lors de ses années de formation à Paris où il étudie le droit, il se forge une pensée politique indépendantiste inspirée par Habib Bourguiba qu’il qualifie de "visionnaire" et "fondateur de l'État moderne". Il concrétise ses premiers engagements politiques en France, en devenant vice-président de l'Association des étudiants musulmans nord-africains ainsi que membre actif de la résistance contre le protectorat français.

Homme-clé de Bourguiba

De retour à Tunis, il entame une carrière d’avocat. Ce n’est véritablement qu’après l’indépendance de la Tunisie en 1956 que Béji Caïd Essebsi se plonge dans les arcanes du pouvoir. Proche d’Habib Bourguiba devenu président en 1957, il est nommé directeur de la sûreté nationale à la suite d'un complot ourdi contre ce dernier. Plus tard, il devient secrétaire d'État adjoint à l'Intérieur auprès du ministre Taïeb Mehiri avant de le remplacer à sa mort en 1965. Aux commandes du ministère régalien, il parvient à gérer la guerre des Six Jours et l'affaire Belkhodja, et est reconduit dans le gouvernement de Bahi Ladgham en tant que ministre de la Défense.

En 1969, il est élu député pour la circonscription de Tunis et quitte le gouvernement en 1970 pour devenir ambassadeur en France. Mais l’expérience tourne court : il quitte ses toutes nouvelles fonctions en raison d'un conflit concernant la gestion de la Tunisie. S’ensuit alors une longue traversée du désert au cours de laquelle il reprend son métier d’avocat.

En 1981, il revient dans l’arène politique en tant que ministre des Affaires étrangères. Confronté à différents conflits dont la guerre du Liban, il finit par démissionner et embrasse à nouveau la carrière d’ambassadeur, cette fois en Allemagne de l'Ouest.

Retour en force sous Ben Ali

Après le coup d'État du 7 novembre 1987, Béji Caïd Essebsi entre au gouvernement sous la présidence de Zine el-Abidine Ben Ali. Il occupe ainsi le poste de ministre de l'Intérieur ainsi que celui de président de l'Assemblée nationale tunisienne, avant de prendre une nouvelle fois ses distances avec le pouvoir.

Après la révolution du Printemps arabe en 2011, il signe son grand retour en devenant Premier ministre du gouvernement provisoire post-révolutionnaire le 27 février, poste qu'il quitte le 24 décembre pour laisser sa place à Hamadi Jebali.

Soucieux de rassembler l’opposition, il fonde en 2012 son propre parti, Nidaa Tounes. Une formation hétéroclite composée d’hommes d'affaires, d’intellectuels, de syndicalistes, de militants de gauche mais aussi de proches de l'ancien régime déterminés à faire barrage aux islamistes d’Ennahdha. Le jeune parti politique remporte les élections législatives de 2014 et cette victoire ouvre la voie à la présidentielle. Jouant sur son image de vieux sage, l’homme politique et père de quatre enfants remporte l'élection face au président sortant, Moncef Marzouki.

Premier président élu au suffrage universel de l'histoire de la Tunisie, Béji Caïd Essebsi a mené la Tunisie sur le chemin de la démocratie. Son décès laisse la présidence vacante et des périodes de tensions en perspective.

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