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Les États-Unis mettent fin au moratoire informel sur la peine de mort

"Old Sparky", ou un ancien modèle de chaise électrique, utilisée pour exécuter 361 prisonniers entre 1924 et 1964. Elle est exposée dans le Musée de la prison du Texas, à Huntsville.
"Old Sparky", ou un ancien modèle de chaise électrique, utilisée pour exécuter 361 prisonniers entre 1924 et 1964. Elle est exposée dans le Musée de la prison du Texas, à Huntsville. Fanny Carrier, AFP

Washington a annoncé, jeudi, la reprise des exécutions au niveau fédéral, après seize années d'interruption, en écho aux appels répétés du président Donald Trump d'utiliser davantage la peine capitale.

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Après seize années d’interruption, les États-Unis ont annoncé, jeudi 26 juillet, la reprise des exécutions au niveau fédéral. Une décision qui répond aux appels du président Donald Trump d'utiliser davantage la peine capitale.

Ainsi, le ministère de la Justice a adopté un nouveau protocole d'injection létale et a programmé cinq exécutions dans un pénitencier fédéral à Terre Haute dans l'Indiana (Nord) en décembre 2019 et janvier 2020. Elles doivent concerner cinq hommes condamnés par des jurys fédéraux pour avoir tué, et parfois torturé et violé, des enfants ou des personnes âgées, et qui ont épuisé tous les recours légaux, selon les autorités.

"Nous devons, pour les victimes et leurs familles, appliquer les peines déclarées par notre système judiciaire", a justifié Bill Barr, ministre de la Justice, cité dans un communiqué.

Donald Trump, qui brigue un second mandat en 2020, réclame régulièrement un usage renforcé de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers, les islamistes ou les trafiquants de drogue. Il l'avait également réclamée après la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh en octobre 2018, qui a fait 11 morts.

Selon les sondages, le soutien à la peine de mort s'est érodé chez les Américains qui ne sont plus que 54 % à y être favorables pour les meurtriers, contre environ 80 % au début des années 1990. Mais il existe d'énormes différences selon les affiliations politiques : 77 % des républicains la jugent justifiée en cas de meurtre, contre 35 % des démocrates.

"Immorale"

Les prétendants à l'investiture démocrate pour 2020 se sont empressés de dénoncer la décision de l'administration. "Nous avons besoin d'un moratoire au niveau national sur la peine de mort, pas d'une résurrection", a tweeté la sénatrice et ancienne procureure Kamala Harris, jugeant la peine capitale "immorale". "Il y a suffisamment de violence dans le monde, le gouvernement ne devrait pas en ajouter", a renchéri le sénateur Bernie Sanders.

L'administration "est à nouveau du mauvais côté de l'histoire", a également jugé la puissante association de défense des droits civiques ACLU, soulignant que la peine capitale se caractérise par d'importantes disparités raciales et géographiques.

Quelque 21 États américains ont aboli la peine de mort et quatre ont prononcé un moratoire sur les exécutions. Sur les 25 États où elle reste légale, plusieurs ne l'appliquent pas en raison de difficultés d'approvisionnement en substances létales et d'interrogations sur la légalité de ces produits.

Les exécutions se concentrent principalement dans le sud du pays. Sur les 25 menées en 2018, treize l'ont été au Texas. Si la plupart des meurtres sont jugés au niveau des États, les tribunaux fédéraux peuvent être saisis des cas les plus graves (attentats, crimes racistes, meurtre d'un témoin, etc).

Au total, 62 personnes se trouvent dans les couloirs de la mort de pénitenciers fédéraux, contre plus de 2 600 dans les prisons des États, selon le Centre d'information sur la peine de mort (DPIC).

"Arbitraire"

Au niveau fédéral, seules trois exécutions ont été réalisées au cours des 45 dernières années, dont Timothy McVeigh responsable de l'attentat d'Oklahoma City, qui a fait 168 morts en 1995. Il a exécuté en 2001, ainsi que Louis Jones en 2003 pour le meurtre d'une militaire.

L'ancien président démocrate Barack Obama avait exprimé en 2015 ses réserves sur la peine capitale, citant notamment la sur-représentation des Noirs dans les couloirs de la mort et des incidents avec des injections létales "horribles et mal menées".

Après ces exécutions difficiles, plusieurs recours ont été introduits en justice au nom de la Constitution, qui interdit les punitions "cruelles". En parallèle, les grands laboratoires pharmaceutiques ont commencé à refuser de livrer certains produits pour ne pas être associés à la peine capitale.

Le ministère de la Justice a expliqué jeudi avoir renoncé à un cocktail controversé de trois produits au profit du seul pentobarbital.

Il prévoit de l'utiliser le 9 décembre pour exécuter Daniel Lee, un partisan de la suprématie blanche, condamné en 1999 pour le meurtre d'une famille de trois personnes, dont une fillette de 8ans. Son avocat Morris Moon a expliqué que Daniel Lee avait été jugé avec un autre homme qui, pour les mêmes faits, a écopé de la perpétuité ce qui montre, selon lui, le côté "arbitraire" de la peine de mort.

Avec l’AFP

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