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Championnats de France d'athlétisme: toujours là, la tradition du chrono manuel

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Saint-Étienne (AFP)

"On est des dinosaures!" Discrètement assis près de la ligne d'arrivée, trois hommes aux tempes grisonnantes scrutent la piste, chronomètre en main. Leur mission? Ce sont les derniers chronométreurs manuels, un poste désuet maintenu en cas d'une improbable coupure de courant.

"Ouh la, on est faibles là". Après chaque arrivée, le même rituel: assis sur des chaises en plastique blanches dans la tribune, Louis et Jean-Pierre se penchent vers Gilbert pour comparer le temps du vainqueur, qu'ils ont mesuré à la main munis d'un simple chronomètre.

Au delà de 30 centièmes de seconde d'écart, c'est pas terrible. D'après les statistiques, l'erreur de l'homme par rapport à la machine est en moyenne de 24 centièmes.

"Je n'ai plus les réflexes d'avant, mais quand j'étais à mon top je tombais toujours à moins de 15 centièmes du temps réel", assure Gilbert Rosillo, affable, qui a reçu son diplôme de "chrono manuel" en 1973.

"Mais c'est Louis le plus précis, il fait ça plus souvent que moi qui m'occupe des lancers".

"C'est comme le sport il faut s'entraîner, plaisante à moitié son camarade. Et ça dépend de chacun mais je note que je suis plus habile de l'index que du pouce".

- "En voie de disparition" -

"Ah là on est bons!" Polos noirs, cheveux gris et short beiges, les trois bénévoles sont là en cas de panne électronique.

"On est comme la roue de secours de la voiture, on s'en sert de moins en moins mais on reste indispensables", image Louis Bellevegue, âgé de 73 ans comme Gilbert, qui assure que les pannes arrivent, encore cet hiver lors de championnats régionaux à Eaubonne (Val d'Oise).

"Sur une grosse compétition comme les Championnats de France il y a trois caméras pour prendre les temps électroniques, donc il y a peu de risque, complète Gilbert. Mais au niveau des Ligues régionales nous n'avons pas les moyens d'acheter du matériel, donc il n'y a qu'une caméra. Si elle tombe en panne..."

Les +chrono manuels+ regrettent un peu que leur mission soit menacée, comme celle des décamètres pour mesurer les lancers ou certains sauts.

"On est comme les dinosaures, en voie de disparition. Avant on était toute une batterie de chronométreurs, entre six et huit par course. Aujourd'hui on est plus que six environ dans toute ma Ligue. Il n'y a plus aucun jeune qui passe +chrono manuel+. Ils préfèrent manipuler l'informatique que de s'emmerder avec un chrono manuel. C'est quand même moins passionnant."

- "Maudit tactile" -

"Oh bravo la flamme!". Pour être le plus précis possible, les trois appuient sur le bouton lorsqu'ils voient la flamme sortir du pistolet du starter, qui fait parfois des siennes. "Ca dépend des pétards".

La caste des +chronos manuels+ entretient des légendes -René Montmitonet, de Vienne, "il était au top"- et quelques traditions: "Des fois mon collègue qui n'a pas trop l'habitude oublie de déclencher. Dans ces cas là il nous doit une bière".

Gilbert et Louis préfèrent ne pas utiliser l'application chronomètre de leur smartphone -"maudit tactile"-, mais reconnaissent le gain de la modernité: "Quand on faisait seulement du manuel je suis certain qu'il y avait des erreurs, il n'y avait pas de contrôles. Oh attention ça part."

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