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Crise en Algérie : l’instance de dialogue au bord de la faillite

Des Algériens manifestent contre le pouvoir en place à Alger, le 21 juillet 2019.
Des Algériens manifestent contre le pouvoir en place à Alger, le 21 juillet 2019. AFP

L'instance devant mener en Algérie le dialogue de sortie de crise bat de l’aile. Remis en question, le panel qui, pour assoir sa légitimité, avait fixé des conditions au pouvoir pour entamer sa mission, s’est heurté mardi à la fermeté de l’armée.

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Loin de faire l’unanimité en Algérie, le "panel de médiation" désigné le 25 juillet par le président par intérim Abdelkader Bensalah, pour mener le dialogue devant sortir le pays de la crise, est sur le point d’imploser.

Le général Ahmed Gaïd Salah, perçu comme l’homme fort du pays depuis la démission, le 2 avril, du président Abdelaziz Bouteflika, a fermement rappelé à l’ordre, mardi 30 juillet, "l’Instance nationale de dialogue".Composé de sept "personnalités nationales", le panel, qui se "se veut une commission non gouvernementale", avait réclamé des mesures d'apaisement en direction du Hirak, nom donné au mouvement de contestation, avant d’engager le processus de dialogue.

"Il n'est plus question de perdre davantage de temps", a répondu le chef d'état-major de l’armée, dans un discours prononcé lors d'une cérémonie militaire et retransmis à la télévision publique, tout en dénonçant "la méthode imposant des préalables allant jusqu'aux diktats", que l’Instance de dialogue aurait utilisée.

Le pouvoir souffle le chaud et le froid

En quête de légitimité, le panel avait notamment demandé la libération des manifestants et des personnalités arrêtés en lien avec la contestation populaire qui secoue le pays depuis le 22 février. Il avait également demandé l'allègement du dispositif sécuritaire qui encadre les manifestations hebdomadaires.

Des demandes rejetées en bloc par le général Gaïd Salah, qui a condamné les "idées empoisonnées, notamment l'appel à la libération des détenus, qualifiés à tort comme des prisonniers d'opinion". Il a aussi qualifié de "suspect" l'appel à atténuer le dispositif policier.

Pourtant, le panel avait assuré que le président par intérim Abdelkader Bensalah avait donné des garanties et fait part de sa "disponibilité" à "œuvrer" pour "étudier" ou "envisager" les mesures réclamées.

Dans un tel contexte, et devant les différents sons de cloche au sommet de l’État, les médias algériens s’interrogent sur la viabilité du processus du dialogue, prôné par le pouvoir lui-même mais déjà mal engagé. La teneur du discours du général Gaïd Salah, mardi, pourrait même lui porter un porter un coup fatal, alors que le panel attendait d’ici la fin de la semaine des "réponses concrètes" aux exigences préalables, "faute de quoi il ne sera pas possible d'entamer [sa] mission".

"Si les engagements pris par la présidence ne connaissent pas un début d'exécution, le panel se réunira et examinera l'éventualité de la suspension de ses travaux et pourrait même aller jusqu'à son autodissolution", avait affirmé le coordinateur de ce panel, Karim Younes, lundi, au quotidien El Watan.

Interrogé par l’AFP, Mohamed Hennad, ancien professeur de Sciences politiques à l'université d'Alger, estime que les déclarations du général Gaïd Salah sont synonymes d’humiliation et signent la fin du processus de dialogue. "L'instance de dialogue devrait, en principe, s'autodissoudre, puisque le chef d'état-major a refusé toutes les conditions" posées.

Un panel en quête désespérée de crédibilité

Sous pression, Karim Younès, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre d’Abdelaziz Bouteflika, avait pourtant multiplié les initiatives pour sortir le panel de l’impasse. Il avait notamment tenté, le 28 juillet, d’ouvrir l’Instance à 23 personnalités supplémentaires, dont plusieurs issues de la contestation. En vain. Quatre personnes des plus susceptibles de légitimer l'instance aux yeux de la contestation, les avocats Mustapha Bouchachi et Mokrane Aït Larbi, ainsi que les anciennes combattantes de la Guerre d'indépendance Djamila Bouhired et Drifa Ben M'hidi, ont décliné l’offre.

Sur Facebook, Me Bouchachi a notamment estimé "absentes" les garanties de la part du pouvoir sur le respect des décisions du panel, et Me Aït Larbi a fait savoir qu'il ne "participerait à aucun dialogue rejeté" par le mouvement de contestation et "dont les règles sont dictées par le pouvoir".

Toujours pour assoir sa crédibilité, le panel a tenté de s’émanciper en s’attribuant de nouvelles prérogatives, alors que la feuille de route que lui avait fixée le chef de l’État par intérim ne concernait qu’un dialogue autour des modalités d’organisation de l’élection présidentielle. Une manière d’amadouer le Hirak, qui refuse catégoriquement la tenue d’une présidentielle tant que les anciens cadres de la présidence Bouteflika sont encore au pouvoir.

Dans un communiqué publié le 28 juillet, l’Instance nationale de dialogue s’est clairement écartée de la mission assignée par le pouvoir en affirmant qu’elle envisageait de commencer rapidement à consulter la "société civile, les partis politiques, les personnalités nationales ainsi que des jeunes et militants du Hirak" de diverses régions sur "leur vision et propositions pour une sortie de crise".

De ces contributions, l'Instance devait tirer une série de propositions finales qui seront adoptées "dans le cadre d'une Conférence nationale souveraine dont les décisions seront contraignantes pour les pouvoirs publics", chargés de les transcrire en droit. L’échec de cette tentative d’émancipation, qualifiée par les opposants de mascarade et sanctionné par le pouvoir, pourrait augurer d’un retour à la case départ.

Avec AFP

 

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