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Incendie de Notre-Dame : "Aucune consigne immédiate pour éviter la contamination au plomb"

Un violent incendie parti des combles, en travaux, a détruit la flèche et une grande partie de la toiture de Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.
Un violent incendie parti des combles, en travaux, a détruit la flèche et une grande partie de la toiture de Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019. François Guillot, AFP

Trois mois après l’incendie de Notre-Dame, l’association Robin des bois a porté plainte contre X, vendredi 26 juillet, pour "mise en danger de la personne d’autrui", après la détection de taux de plombs "alarmants" aux environs de la cathédrale.

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Un scandale sanitaire, trois mois après l’incendie de Notre-Dame ? Dénonçant une pollution au plomb “alarmante”, l’association de défense de l’environnement Robin des Bois a porté plainte, vendredi 26 juillet, contre X pour “mise en danger de la personne d’autrui’ et “non-assistance à personne en danger”. En cause : les risques sanitaires après l’incendie du 15 avril au cours duquel plus de 400 tonnes de plomb ont brûlé, et sont retombées en poussières sur le site et ses alentours.

Une pollution d’abord passée sous silence et susceptible de toucher aussi bien les riverains que les agents d’entretien “délaissés” par les autorités, déplore Jacky Bonnemains, président de l’association Robin des Bois, contacté par France 24.

France 24 : En quoi consistent les manquements dont aurait fait preuve la mairie de Paris, après l’incendie de Notre-Dame ?

Jacky Bonnemains: Tout d’abord, nous ne visons pas uniquement la mairie de Paris, car nous ne connaissons pas exactement la hiérarchie responsable des prises de décision au moment de l’incendie. Nous interpellons également la préfecture de police de Paris, l’Hôtel de ville, la mairie du 4e, celle du 5e et du 6è arrondissement, l’Agence régionale de santé (ARS) et le diocèse de Paris.

Les manquements ont débuté dès le soir de l’incendie. À la tombée du jour, on apercevait un panache de fumée jaune dans le ciel, une couleur qui correspond à la dégradation du plomb métal en oxyde et en poussières de plomb. Pourtant, aucune consigne immédiate n’a été donnée. Personne n’a demandé aux familles de s’écarter de la zone, de quitter les terrasses ou de rentrer chez elles. Il aurait fallu rapidement diffuser des messages de prévention - en français et en anglais pour les touristes - à la radio et par mégaphone.

Dans les semaines qui ont suivi, des informations sur la contamination au plomb ont été délivrées au compte-gouttes et souvent, de façon peu lisible. Il a fallu attendre le 18 juillet pour que l’Agence régionale de santé publie un relevé des niveaux du métal autour de la cathédrale. Des données quasi incompréhensibles qu’on s’est efforcés de déchiffrer. Le plus simple aurait été de créer une cartographie accessible et régulièrement mise à jour, pour que tout le monde sache vraiment où il met les pieds.

Quels sont les seuils de plomb relevés particulièrement inquiétants ?

Jusqu’à 550 000 microgrammes de plomb par mètre carré ont été retrouvés sur le parvis de Notre-Dame. Pour rappel, le seuil d’alerte de concentration au plomb est de 70 μg/m². Un peu plus loin, la rue Mazarine, située à 900 mètres de la cathédrale, dans le 6e arrondissement, concentrait jusqu’à 53 100 μg/m². Les taux restaient importants jusqu’à la rue de Varenne, à deux kilomètres de l’incendie, avec 17 000 μg/m². Cette dispersion s’explique par la direction du vent qui venait de l’est, le soir de l’incendie, et a poussé le panache de fumée vers l’ouest, le long de la Seine. Puisque le fleuve a été le réceptacle de poussières de plomb, il nous semble tout aussi nécessaire de contrôler les teneurs en métal des poissons, comme des sédiments.

>> A lire aussi : La canicule fragilise encore un peu plus Notre-Dame-de-Paris

Si les riverains ont pu être exposés à cette pollution, il en va de même pour les ouvriers et les travailleurs exerçant près de la cathédrale…

Bien sûr ! Et cela ne concerne pas uniquement les ouvriers du chantier qui ont travaillé des semaines sans masque. Après l’incendie, les agents de propreté de la ville ont continué de balayer dans les rues et de remuer la poussière, comme si de rien n’était. Certains, avec qui on a pu discuter, nous ont assuré n’avoir reçu aucune consigne particulière des autorités. Pourtant, l’ARS recommande toujours aux habitants de ne pas balayer chez eux mais d’éponger les sols avec des lingettes humides, avant de les jeter pour ne pas disperser la poussière, lors d’une possible contamination au plomb. Les bouquinistes situés le long de la Seine sont également visés. Cette corporation complètement délaissée n’a également reçu aucune consigne.

Dans ce type de situation, il y a pourtant une procédure de sécurité précise pour les travailleurs. L’ouvrier, par exemple, doit laisser ses vêtements propres au vestiaire et enfile un masque, des gants et une combinaison avant de travailler. Puis à la fin de sa journée, il la retire, prend une douche et se rhabille avec des vêtements propres. Ces règles de précaution sanitaires n’ont pas toujours été respectées. Résultat : la préfecture a suspendu les travaux de Notre-Dame, jeudi 25 juillet, à la suite d’un rapport de l’inspection du travail qui pointait des failles en matière de sécurité.

Autre mesure récente, deux écoles proches de Notre-Dame qui accueillaient des enfants en centre de loisirs pour l’été à Paris ont été fermées, jeudi 25 juillet, pour assurer leur décontamination. Cette décision vous semble-t-elle tardive ?

Là encore, il s’agit d’une négligence flagrante puisque les cours de récréation étaient polluées bien avant le mois de juillet ! Des niveaux supérieurs à 5 000 μg/m² ont été retrouvés dans ces établissements situés à un kilomètre de la cathédrale. Ces résultats sont évidemment alarmants. D’autant que les enfants sont les plus vulnérables face à la pollution : l’intoxication au plomb peut entraîner chez eux des difficultés d’apprentissage, des troubles du comportement, de la mémoire, du sommeil… Le développement du squelette peut se voir également retardé. Fermer ces écoles maintenant alors que la plupart des enfants n’étaient déjà plus présents n’a donc rien d’une solution.

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