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L’Amazonie, "poumon de la Terre", suffoque sous l’ère Bolsonaro

Déforestation provoquée par l'activité minière dans l'État de Mato Grosso, au Brésil.
Déforestation provoquée par l'activité minière dans l'État de Mato Grosso, au Brésil. Carl de Souza, AFP

En Amazonie, la déforestation a bondi de 50 % depuis l’accession au pouvoir de Jair Bolsonaro, qui mène une politique anti-environnementale. Au cours du mois de juillet, quasiment l'équivalent de l'agglomération londonienne a disparu.

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Le poumon de la Terre est plus menacé qu’il ne l’a jamais été depuis que le président brésilien Jair Bolsonaro a pris ses fonctions au début de l’année 2019. De janvier à juillet, le rythme de la déforestation en Amazonie a bondi de 50 % par rapport à la même période l’année précédente, selon des données satellites fournies par l’Institut national de recherches spatiales (Inpe). En juillet, ce sont plus de 1 340 km² de forêt amazonienne qui ont été détruits, quasiment l’équivalent de la surface de l'agglomération londonienne, explique The Guardian. Cela équivaut à la disparition de trois terrains de football par minute pendant ce même mois, souligne le quotidien britannique.

L’administration brésilienne se montre désormais extrêmement indulgente avec ceux qui violent la loi en s’attaquant à l’Amazonie. "Jair Bolsonaro est en train d’abolir à peu près toutes les politiques environnementales instaurées depuis 1992. Il exerce de fortes pressions sur les agents fédéraux de protection de l’environnement, favorisant ainsi les auteurs d’atteintes à l’environnement. Le nombre d’amendes imposées de janvier à mai 2019 dans la région de l’Amazonie pour des méfaits environnementaux est le plus faible en 11 ans, et les opérations d’inspection réalisées cette année ont chuté de 70 % par rapport à l’an dernier", a expliqué à Métro Montréal Claudio Angelo, chercheur à l’Observatoire du climat, à Brasilia.

Le plus grand réservoir de biodiversité au monde

Le constat est alarmant. D’abord parce que le plus grand bassin forestier tropical de la planète est un sanctuaire de la biodiversité terrestre : avec ses 5 500 000 km², c’est même le plus grand réservoir de biodiversité au monde. On y dénombre des centaines de milliers d’espèces de plantes, d’animaux, d’insectes. Sans compter celles qui n'ont même pas été recensées. L’immense forêt, dont 63 % s’étend sur le sol brésilien, abrite également des populations autochtones qui souffrent des attaques répétées contre leurterritoire, comme l’a récemment illustré le meurtre d’un chef indigène de la tribu des Waiapi.

Mais au-delà des dramatiques conséquences locales, les atteintes à l’Amazonie ont un impact sur la planète dans son ensemble, comme l’explique Marie-Pierre Ledru, spécialiste de la zone et représentante de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) au Brésil, partenaire de l’Inpe depuis plus de 20 ans.

"À l’échelle mondiale, l’Amazonie constitue un levier d’absorption des gaz à effet de serre, c’est pourquoi on parle de 'poumon de la terre' - c’est un rôle capital à l’heure où nous en produisons tant, détaille la biologiste, contactée par France 24. Il y a par ailleurs tout un cycle hydrologique permis par l’Amazonie : l’eau de la zone n’alimente pas seulement le bassin amazonien mais aussi l'est des Andes, ainsi que le sud du continent. En fait, l’eau issue de l’Amazonie a une influence sur la surface des calottes de glace du pôle Sud", explique la chercheuse, qui évoque également le rôle de régulateur climatique de cette forêt.

"Transformer l’Amazonie en immense culture de soja"

Climatosceptique notoire, le président brésilien n’a pas hésité à parler de "psychose environnementale autour de l’Amazonie". Le 19 juillet, il a même accusé l’Inpe, chargée de mesurer la déforestation de l’Amazonie, de publier des données "mensongères, au service des ONG".

Il estime également que ne pas exploiter les terres indigènes constituerait une entrave à l'économie brésilienne. À plusieurs reprises, le dirigeant d’extrême droite a exprimé son opposition à l'exclusivité des terres amazoniennes pour les peuples indigènes, ainsi que sa volonté de légaliser l'orpaillage sur ces territoires.

Dès sa prise de fonction, Jair Bolsonaro avait ainsi transféré la responsabilité de l’identification, de la délimitation, de la reconnaissance et de la démarcation des terres indigènes au ministère de l’Agriculture (Mapa), dirigé par Tereza Cristina Dias, chef du Front parlementaire agroalimentaire (FPA), favorable à l’agrobusiness. Une décision cependant cassée par la Cour suprême du Brésil jeudi 1er août.

"Pour Jair Bolsonaro, la richesse du Brésil repose sur la culture industrielle", résume Marie-Pierre Ledru, qui rappelle que c’est grâce à la culture intensive que le géant sud-américain s’est hissé au rang de pays émergent. L’ancien président Lula avait lui-même lancé cette politique d'agrobusiness avec pour fondement la culture intensive de soja transgénique.

"La volonté de Jair Bolsonaro est de transformer l’Amazonie en immense culture de soja. Les lobbies de l’agrobusiness brésilien sont actifs depuis longtemps et commencent à prospecter le nord de l’Amazonie, avec pour objectif de cultiver au nord quand l’hiver sévit au sud … Le président brésilien soutient ces démarches", poursuit la scientifique.

"Des gens sans scrupules encouragés à se servir"

"Le président brésilien est très malin parce qu’il ne prend pas de décret, contre lesquels la communauté internationale pourrait s’insurger, se mobiliser. Mais il distille un discours qui encourage la violence, l’orpaillage clandestin, l’expropriation des indigènes. Cela encourage des gens sans scrupules à se servir en Amazonie", estime Marie-Pierre Ledru.

La forêt amazonienne conserve-elle sa capacité à se renouveler ? La chercheuse rappelle le funeste précédent de la forêt atlantique, dont il reste aujourd’hui moins de 10 % de sa superficie initiale, sur la côte est du Brésil. Au XIXe puis au XXe siècle, la culture intensive du cacaoyer et du caféier, puis l’accélération de l’élevage ont entraîné une déforestation massive et ont quasiment eu raison de cet autre réservoir de biodiversité que l’on commence, aujourd’hui seulement, à replanter.

"La forêt peut certes se renouveler, mais cela prend énormément de temps, des dizaines d’années, voire plus de cent ans, insiste la chercheuse. Et nous devons désormais faire avec le réchauffement climatique, qui complique la donne : les saisons sèches s’allongent, la forêt s’assèche et aura de plus en plus de mal à se renouveler", prévient-elle.

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