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FRANCE

À Nantes, une journée d'hommage à Steve émaillée d'incidents

Des manifestants demandent justice pour Steve Maia Caniço à Nantes le 3 aout 2019, un mois après la disparition du jeune homme après une intervention policière lors de la Fête de la musique.
Des manifestants demandent justice pour Steve Maia Caniço à Nantes le 3 aout 2019, un mois après la disparition du jeune homme après une intervention policière lors de la Fête de la musique. Jean-François Monier, AFP
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Des centaines de personnes ont défilé à Nantes en hommage à Steve Maia Caniço, retrouvé noyé dans la Loire, et pour protester contre les violences policières. Une journée de recueillement entachée par quelques débordements.

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Près de 2 000 personnes ont défilé samedi 3 août à Nantes en hommage à Steve Maia Caniço et pour dénoncer les violences policières. Le jeune homme retrouvé noyé dans la Loire lundi avait disparu après une intervention policière controversée, dans la nuit du 21 au 22 juin, durant la Fête de la musique, à Nantes.

"Tout le monde déteste la police", ont scandé dès le début du rassemblement les manifestants. Certains d'entre eux sont allés directement au contact des forces de l'ordre qui ont procédé, lors de la journée, à une quarantaine d'interpellations, selon la préfecture, pour port d'objets prohibés, jets de projectiles contre les forces de l'ordre, ainsi que pour avoir incendié du mobilier urbain.

Un manifestant et un policier ont été légèrement blessés lors des affrontements et transportés à l'hôpital. La maire de Nantes Johanna Rolland a condamné "les dégradations commises par certains" déclarant qu'"aucune violence n'avait sa place aujourd'hui à Nantes, alors que toute la ville souhaitait se recueillir".

Venues du Tarn en covoiturage, quatre femmes, "maman ou mamies", ont expliqué pourquoi elles avaient fait un tel déplacement, se rendant à Nantes pour la première fois : "Si on ne fait rien, ce sont tous nos enfants qui sont en danger", a déclaré Rita, retraitée.

"J'ai quitté le travail à 18 h. Venir jusqu'ici, c'est un budget, mais ce n'est rien par rapport à la famille du jeune Steve", complète son amie, Elisabeth, assistante de vie à domicile. "C'est choquant de s'en prendre à des jeunes à cet endroit, ils ne dérangeaient personne" sur le quai Wilson.

Une minute de silence et des jets de fleurs

Plus tôt, des centaines de personnes ont rendu hommage à Steve Maia Caniço près de l'endroit où le corps du jeune homme a été retrouvé, lundi, dans la Loire. Les manifestants ont applaudi le défunt avant d’observer une minute de silence.

Des bouquets de fleurs à la main, des fleurs blanches ou roses jetées dans le fleuve, des drapeaux avec le symbole de "paix", des pancartes "où est la justice pour Steve ? derrière une grande banderole avec le portrait de Steve et l'inscription "Interdits de vivre", des jeunes parents avec des poussettes, des enfants à vélo, des personnes de tous âges ont exprimé leur volonté de rendre hommage à l'animateur périscolaire, disparu lors de la Fête de la musique sur les bords de Loire. L'intervention des forces de l'ordre ce soir-là suscite également beaucoup d'interrogations chez les participants.

"La police a tué Steve, poussé par les forces du désordre", "J'aimais la musique, j'aimais la vie, je m'appelais Steve. Je voulais vivre, mais on m'a tué", avec une photo du jeune homme souriant, "Qui a tué Steve ?", les participants, par leurs banderoles ou leurs pancartes, n'ont pas de mots assez forts pour interpeller les forces de l'ordre ou le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

La mort de Steve "a été un choc personnel", explique Clémentine, 25 ans, venue à vélo et qui, comme toutes les personnes interrogées par l'AFP, a refusé de donner son nom de famille.

Tout en précisant avoir "des gendarmes et des militaires" dans sa famille, cette jeune Nantaise entend "protester contre les violences policières". "On matraque des gens qui s'amusent, on leur envoie des lacrymos, on envoie des chiens (...) Moi, je respecte les policiers mais leur métier, c'est de maintenir les gens en sécurité, pas de les mettre en danger". "Là, on parle d'une répression des mouvements sociaux qui s'étend à la vie quotidienne et ça prend une toute autre ampleur", considère-t-elle.

"On essaie d'étouffer l'affaire"

Pour Hugues, 42 ans, venu de Derval (Loire-Atlantique), à une heure de route de Nantes, "plus il y aura de monde, plus il y aura de pression pour avoir la vérité (...) On a l'impression qu'on essaie d'étouffer l'affaire. Personne n'est jamais responsable", dit-il.

Ludovic, lui, est venu de Lyon spécialement pour cet événement. "Steve est devenu un symbole des violences policières", estime ce photographe amateur de 42 ans. "Steve, Adama Traoré, les Gilets jaunes, tout est lié", assure-t-il.

Interrogé sur la volonté de la famille de n'accepter qu'"un soutien amical, artistique et pacifique", Ludovic répond : "le meilleur exemple est que cette marche se passe bien, et sans heurts, pour respecter la famille". "Moi, je n'ai jamais rien jeté sur la police à part des noms d'oiseaux mais, malheureusement, c'est eux qui rendent les gens violents", affirme-t-il.

Marie-Annick, 62 ans, habite Trentemoult, en face du quai Wilson, sur l'autre rive de la Loire : "C'est une honte d'envoyer des lacrymos sur des jeunes qui faisaient la Fête de la musique", commente cette femme qui porte une pancarte sur laquelle est écrit : "Nous sommes en train de nous habituer à l'intolérable", une phrase détournée et écrite initialement en début de semaine dans une tribune par des élus LREM à propos d'actions menées contre des permanences de députés de la majorité.

Interrogée sur l'enquête de l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) qui n'établit pas de lien entre l'intervention policière et la noyade du jeune homme, Marie-Annick répond : "C'est délirant, on ne peut pas avoir d'espoir avec ces gens-là".

Avec AFP

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