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Pourquoi Washington peine à former sa coalition navale dans le détroit d’Ormuz

Un hélicoptère américain survole le détroit d'Ormuz, en décembre 2018.
Un hélicoptère américain survole le détroit d'Ormuz, en décembre 2018. Hamad Mohamed, Reuters

Washington peine à mettre en place une coalition internationale pour escorter les navires de commerce dans le Golfe. Des difficultés qui illustrent les limites de la politique isolationniste de Donald Trump.

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D’abord réticentes, les autorités britanniques ont finalement décidé le 5 août de participer à la "mission de sécurité maritime" aux côtés des États-Unis dans le détroit d’Ormuz. C’est le premier pays, et pour l’instant le seul, à rejoindre la "coalition internationale" que Washington souhaite mettre en place pour escorter les navires de commerce dans cette région ultrastratégique du Golfe.

Londres pouvait difficilement rester en retrait alors qu’un navire commercial battant pavillon britannique avait été arraisonné par les Gardiens de la Révolution iraniens le 18 juillet."Le Royaume-Uni est déterminé à protéger ses navires contre des menaces illégales et c’est pourquoi nous avons rejoint aujourd’hui la nouvelle mission de sécurité maritime dans le Golfe", a déclaré le 5 août le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace. Une frégate, un destroyer et quatre dragueurs de mines de la Royal Navy escortent ainsi les navires commerciaux affiliés à la Couronne, avec le soutien logistique de l’armée américaine dont la Cinquième flotte est basée dans la région.

La crise a commencé entre mai et juin après une série d’attaques et de sabotages contre des navires commerciaux près du détroit d'Ormuz, où transite un tiers du pétrole acheminé par voie maritime. Les États-Unis avaient accusé l'Iran, les attaques ayant eu lieu peu après de nouvelles sanctions américaines contre ses exportations de pétrole. La République islamique dément son implication.

Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, a tenu à préciser que son pays ne souhaitait pas se mêler du conflit entre Washington et Téhéran. Londres reste "engagé à œuvrer avec l’Iran et [ses] partenaires internationaux pour désamorcer la situation et maintenir l’accord nucléaire" de 2015 dont les Américains se sont retirés après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

"Trump fait pression sur ses alliés"

La France et l’Allemagne, sollicités par les États-Unis et le Royaume-Uni pour rejoindre la coalition, sont plus frileux, et restent en retrait. Les enjeux sont de taille pour les diplomaties des deux pays qui dénoncent les sanctions américaines contre l’Iran et l’unilatéralisme prôné par le locataire de la Maison blanche. "L’administration Trump utilise cette crise dans le Golfe pour faire pression sur ses alliés, afin qu’ils s’impliquent dans les enjeux sécuritaires mondiaux. Cette situation est une opportunité car comme le détroit d’Ormuz est un corridor de transport vital pour le monde entier, la responsabilité de sécuriser la région doit être partagée", explique Sanam Vakil, analyste à l’institut de réflexion britannique Chatham House et spécialiste du Golfe.

Mais le président américain semble s’être aliéné ses alliés qui préfèrent protéger le précieux accord sur le nucléaire iranien et éviter d’envenimer une situation déjà explosive. En effet, si Téhéran et Washington semblent plus se chercher que vouloir s'affronter, une militarisation accrue de l’étroit détroit d’Ormuz, dont la souveraineté est partagée par l’Iran et le sultanat d’Oman, est un pari dangereux. "La coalition militaire que l’Amérique cherche à former, avec pour excuse la sécurité du transport maritime, ne fera qu’augmenter l’insécurité dans la région", a déclaré le 8 août le ministre iranien de la Défense, Amir Hatami.

À la fin de la terrible guerre entre l’Iran et l’Irak, en 1988, une telle coalition internationale avait déjà été mise en place dans le Golfe persique pour protéger les pétroliers attaqués par les deux belligérants et permettre l’acheminement du pétrole à l’international. Un croiseur américain avait alors abattu par erreur un avion civil iranien, faisant 290 victimes civiles.

"Ne pas dépasser de ligne rouge"

Si rien n’indique, pour le moment, que l’escalade entre les États-Unis et l'Iran puisse provoquer un affrontement militaire, les analystes préviennent que tout est possible. "Les Iraniens vont rester prudents, ne pas dépasser de ligne rouge, mais ils vont continuer à la frôler, car ils veulent affirmer leur souveraineté et leurs intérêts sécuritaires. Dans ce climat de sanctions très fortes, ils veulent avoir le plus de cartes en main pour faire reculer l’administration Trump, notamment en poussant ses alliés à montrer leur soutien à Téhéran et à faire pression sur Washington", affirme Sanam Vakil.

Les autorités iraniennes affirment être en mesure, grâce à leur importante présence militaire dans la région, de sécuriser le trafic maritime. Mais elles ont menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d’Ormuz si les sanctions américaines continuent à asphyxier son économie.

"Les Iraniens montrent leur capacité de nuisance dans la région. Gêner le commerce pétrolier mondial dans la région est un jeu dangereux très contrôlé, mais à force de jouer avec le feu, il n’est pas impossible que l’on se dirige vers la guerre", prévient Francis Perrin, spécialiste à l’IRIS des problématiques énergétiques.

Les monarchies du Golfe dans une position délicate

En première ligne dans cette crise entre les États-Unis et la République islamique, les monarchies du Golfe, dont l’économie dépend presque exclusivement des revenus du pétrole et du gaz qui transite par le détroit d’Ormuz, n’ont pas la partie facile. Le Qatar, et dans une moindre mesure le Koweït et Oman, préfèrent ne pas s’impliquer dans la coalition américaine, qui risquerait de les rendre vulnérables face à leur puissant voisin iranien. "En coulisses, ils pensent que le dialogue et la diplomatie peuvent être plus productifs" que les menaces et les sanctions, estime Sanam Vakil. Les Émirats arabes unis, pourtant partisans de la politique de pression contre Téhéran, ont également enchaîné ces dernières semaines les signaux d’apaisement et se sont abstenus d’accuser l’Iran d’être à l’origine des sabotages de juin.

Quant à l’Arabie saoudite, le plus fidèle allié de Washington et meilleur ennemi de l’Iran dans la région, son soutien à la ligne dure de l’administration Trump reste total. Mais la monarchie wahhabite est embourbée dans le conflit meurtrier au Yémen où elle affronte des rebelles soutenus par la République islamique. "Si les Saoudiens veulent s’extirper du Yémen, il faudra qu’ils discutent avec l’Iran. Et Téhéran se dit prêt, depuis un moment, à la discussion", souligne Sanam Vakil.

Au-delà des risques de dérapage, la crise du Golfe montre à Donald Trump les limites de sa politique isolationniste. Seul, le président américain ne pourra pas assumer longtemps de risquer l’affrontement. Les spécialistes du marché pétrolier américain s’attendent à ce qu’il fasse bientôt marche arrière, pour ne pas risquer de chuter dans les sondages à l’approche de la campagne pour la présidentielle de 2020.

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