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Les décharges sauvages, un "fléau" aux solutions ignorées

Une décharge à l'air libre près de Creil, dans l'Oise, le 11 juillet 2019.
Une décharge à l'air libre près de Creil, dans l'Oise, le 11 juillet 2019. Kenzo Tribouillard, AFP

La mort du maire de Signes, renversé lundi par une camionnette qui déversait illégalement des gravats, a mis à la une le problème persistant des décharges sauvages, alimentées par des professionnels comme par des particuliers.

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La mort du maire de Signes, Jean-Mathieu Michel, le 9 août, a mis en lumière le problème récurrent des décharges sauvages, notamment dans le Var. Celles-ci représentent partout un souci pour les collectivités territoriales ainsi que pour les autorités nationales, qui peinent à quantifier l’ampleur de ce "véritable fléau", selon la secrétaire d’État à la Transition écologique, Brune Poirson. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (l’Ademe, un établissement public) expliquait d’ailleurs, dans une synthèse publiée en février 2019, qu’"aucun état des lieux exhaustif de la situation des dépôts sauvages n’existe à l’échelle nationale".

Les abandons de déchets – mégots de cigarettes, déchets de construction, déchets verts et autres encombrants – sont éparpillés sur le territoire français. Sur une carte, l'association Stop décharges sauvages répertorie des échantillons de ces décharges à ciel ouvert à Aix-en-Provence, Le Havre, Saint-Jean-de-Luz, Strasbourg, sans oublier dans la région parisienne… L’ensemble du territoire français est touché par les dépôts sauvages, qui coûtent aux collectivités entre 340 et 420 millions d’euros par an. Pourtant, on dénombre plus de 4 500 déchetteries dédiées à la collecte et au tri des déchets.

"Gérer des déchets correctement, c’est-à-dire en distinguant les matières dangereuses ou non, cela a un coût", explique Helder de Oliveira, directeur de l’Observatoire régional des déchets d’Île-de-France, contacté par France 24. Pour les professionnels du bâtiment, ce coût est variable en fonction des matériaux qu’ils apportent et du lieu dans lequel ils se rendent. Dans une quarantaine de déchetteries professionnelles situées en Ile-de-France par exemple, la tonne de gravats est facturée à partir de 12 euros, la tonne de déchets verts à partir de 55 euros et la tonne de déchets industriels banals (ferrailles, verres, bois, plastiques…) à partir de 96 euros.

À l’origine des dépôts sauvages, un coût et des contraintes

Le coût du traitement des déchets peut vite représenter une somme supplémentaire à dépenser pour des professionnels qui travaillent sur des petits chantiers de bâtiment. "Ils sont très contraints budgétairement, avec des devis extrêmement serrés, dans un secteur où il y a beaucoup de concurrence", selon Helder de Oliveira. "Il est ainsi plus facile aujourd’hui de jeter les déchets dans la nature discrètement que de les gérer correctement."

L’explication financière n’est cependant pas la seule cause pouvant expliquer les dépôts sauvages en France. Plusieurs autres contraintes peuvent aussi amener des professionnels à ne pas passer par la case déchetterie. "Quand vous sortez d’un petit chantier tard le soir, affirme Helder de Oliveira, faire un effort supplémentaire en faisant plusieurs kilomètres pour aller déposer vos déchets dans un exutoire professionnel qui sera peut-être fermé (à cause d’horaires d’ouverture peu adaptés aux horaires des chantiers, NDLR), c’est compliqué."

Malgré ces contraintes, qui sont autant d’explications possibles à la formation de dépôts sauvages sur des bords de routes ou à la lisière de champs, les déchargements illégaux de déchets ne sont pas le seul fait des professionnels du bâtiment. Selon les collectivités territoriales interrogées par l’Ademe, ces derniers représentent "un quart des déposants". Les autres sont "pour un tiers des habitants du territoire" mais aussi "des touristes ou pour beaucoup des habitants des collectivités voisines".

Les déchetteries sont pourtant souvent gratuites pour les particuliers résidant dans la commune où se situent les dépôts légaux de déchets. L’Ademe explique au sujet des dépôts sauvages que "de manière générale, les personnes (des collectivités territoriales) interrogées considèrent qu’il s’agit d’incivilités de la part des déposants qui, en l’absence de sanctions, ne sont pas poussés à agir autrement".

"Quatre leviers pour lutter" contre les décharges illégales

En cas de dépôt sauvage, les particuliers risquent une amende de 68 euros, et jusqu’à 1 500 euros dans de plus rares cas. Les professionnels, quant à eux, risquent jusqu’à 75 000 euros d’amende et deux ans de prison. La loi semblant malgré tout peu dissuasive, les collectivités ont multiplié ces dernières années les initiatives pour combattre les dépôts de déchets illégaux.

À Aulnay-sous-Bois, une brigade dédiée aux dépôts sauvages a été créée en 2014 "afin d’endiguer ce phénomène". Une poubelle abandonnée sur un trottoir de la ville, et dont le propriétaire est par la suite identifié, peut dorénavant valoir à ce dernier une amende d’au moins 150 euros. D’autres actions sont plus expéditives : en 2017, le maire de Vélizy-Villacoublay a récupéré des gravats déposés illégalement sur un chantier de sa commune et les a rapportés chez l’habitant qui s’en était débarrassé.

Les sanctions font partie des "quatre leviers à actionner en même temps" pour lutter contre les dépôts sauvages, selon Helder de Oliveira. "Il faut aussi de la communication, de l’incitation financière (offrir un service efficace et le moins cher possible pour les professionnels, NDLR) et de l’ergonomie, c’est-à-dire suffisamment d’exutoires avec des horaires corrects pour que les gens puissent jeter les déchets facilement au quotidien."

Fin août, Brune Poirson doit organiser une réunion avec les professionnels de la construction, les organisations professionnelles représentant les artisans, les élus et des parlementaires. L'objectif, selon la secrétaire d’État à la Transition écologique, sera "la mise en œuvre la plus rapide possible des dispositions de la loi antigaspillage sur le volet décharges sauvages".

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