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Mort de Steve Maia Caniço : 148 témoins racontent l’intervention policière

Un dessin représentant Steve Maia Caniço, dont le corps a été retrouvé dans la Loire plus d'un mois après l'intervention controversée des forces de l'ordre sur le quai Wilson à Nantes, dans la nuit du 21 juin 2019.
Un dessin représentant Steve Maia Caniço, dont le corps a été retrouvé dans la Loire plus d'un mois après l'intervention controversée des forces de l'ordre sur le quai Wilson à Nantes, dans la nuit du 21 juin 2019. Loïc Venance, AFP

Après avoir consulté les témoignages de dizaines de personnes recueillis par une association locale, le JDD souligne dimanche la violence policière qui s'est abattue, dans la nuit du 21 juin à Nantes, sur des participants à la Fête de la musique.

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Confusion et brutalité ont régné sur le quai Wilson, lors de la nuit de la Fête de la musique. C'est ce qui ressort des témoignages de 148 plaignants après l’opération policière controversée du 21 juin, date à laquelle Steve Maia Caniço a disparu.

Consultés par le Journal du Dimanche, ces témoignages recueillis à la suite d’un appel de l’association Média’Son (intermédiaire entre les autorités et les organisateurs de free parties) donnent la mesure de la violence qui s’est abattue pendant une demi-heure au bord du fleuve. Une demi-heure de chaos au cours de laquelle les policiers ont refusé, selon de nombreux témoignages, de porter secours aux jeunes – souvent ivres – qui, tentant de fuir le nuage de gaz lacrymogènes, sont tombés dans la Loire.

Au total, une dizaine de jeunes venus faire la fête sur le quai Wilson sont tombés à l’eau cette nuit-là. Steve Maia Caniço en fait partie. Son corps y a été retrouvé le 30 juillet dernier, sans que l’IPGN n’établisse de "lien entre l’intervention de la police et [sa] disparition".

La Loire comme "seule échappatoire"

"Et là, sans sommation, des gaz partout. À la fois d’au-dessous et d’au-dessus", raconte un témoin, revenant sur le début de la charge. Parmi les 148 témoignages, tous ceux qui détaillent le début de l’intervention soulignent qu’à aucun moment ils n’ont entendu la police prévenir qui que ce soit avant que les grenades lacrymogènes ne s’abattent au milieu de la foule réunie sur le quai.

Cette nuit-là, les "sound systems" étaient autorisés à jouer jusqu’à 4 h du matin sur le quai Wilson. Tous ont respecté le couvre-feu, à l’exception d’un – à l’ouest du quai – qui s’est risqué à lancer une dernière chanson. Selon un faisceau d’indices comprenant témoignages et vidéos amateur, l’intervention policière aurait débuté à 4 h 30 sur cette partie du quai. La frayeur a toutefois rapidement gagné l’est du quai, rapporte le JDD, où les enceintes étaient pourtant éteintes depuis une bonne vingtaine de minutes.

À cet endroit, venu aider la protection civile à secourir "une personne en état d’ébriété et inconsciente", un témoin raconte : "On s’est fait gazer et nous avons dû nous-mêmes transporter le jeune homme dans le camion de la protection civile alors que le gaz nous brûlait la gorge."

Un autre, occupé à ranger le matériel du "sound system" voisin, relate comment, alors qu’il sortait de son camion avec des amis, les forces de l’ordre les ont "bombard[é]s".

Selon le rapport controversé de l’IGPN, la première salve de grenades lacrymogènes a eu lieu vers 4 h 37. Pourtant, une autre version, confirmée par les témoignages qu’a pu consulter le JDD, estime qu’à cette heure-ci "le nuage chimique" avait déjà recouvert le quai Wilson, estimant le début de l’opération vers 4 h 32 maximum.

D’après un autre témoignage, la police a commencé à "charger depuis la route, en amont du fleuve vers le quai, laissant comme seule échappatoire la Loire", comme si les personnes présentes étaient "du bétail".

Certains étaient simplement en train de dormir sur le quai, exténués après une fête qui avait commencé dans le milieu de l’après-midi. "Réveillés en panique", ceux-ci "ont couru dans le nuage de lacrymogène sans savoir où aller". Steve était-il parmi ces fêtards endormis ? C’est ce qu’avaient déclaré certains de ses proches, assurant l’avoir laissé dormir près du "sound system" d’où est parti l’assaut, et persuadés que leur ami, surpris par les gaz dans son sommeil, avait fini par chuter dans le fleuve.

"C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers"

Deux des 148 témoins ont eux-mêmes chuté dans le fleuve, précise le JDD. Tous deux sont tombés à la renverse en tentant de fuir les lacrymogènes. Tous deux ont passé une vingtaine de minutes dans le fleuve avant d’être secourus.

Dix-huit témoins ont souligné avoir vu des gens tomber dans le fleuve cette nuit-là, et la plupart assurent également avoir appelé les forces de l’ordre à leur porter secours. En vain. "Quand on est allés voir la police pour leur dire qu’il y avait des gens à l’eau, on s’est fait envoyer balader" : "Cassez-vous ou on vous embarque", se sont-ils vu répondre, assure un témoin.

Un autre précise son souvenir : alors qu’ils étaient une dizaine près de l’eau à suivre des yeux un homme qui se débattait dans le fleuve, des participants ont demandé de l’aide à des policiers qui leur auraient répondu : "C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers."

Tous les témoins, dont la plupart sont encore choqués, font état d’un déferlement de violence injustifié. "Deux tireurs visaient la tête des gens avec leur LBD. Ils visaient des personnes qui étaient acculées face à la Loire", a raconté l’un des témoins, tandis qu’un autre déclare : "C’est encore douloureux dans mon esprit, j’ai vu des attaques violentes et gratuites dans ma vie, mais celle-ci était parfaitement infondée."

Au cours de l’opération policière, qui aurait duré de 4 h 30 à 4 h 52 du matin, 33 grenades lacrymogènes, 10 grenades de désencerclement et 12 tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) ont été utilisés face à la foule, précise le JDD.

Le 3 juillet dernier, 89 des 148 témoins interrogés ont déposé une plainte collective pour "mise en danger de la vie d'autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique".

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