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Troupes chinoises à Shenzhen : vers une intervention militaire à Hong Kong ?

Les troupes de l'Armée populaire de libération de Chine (APL) effectuent des exercices lors d'une manifestation à la caserne Ngong Shuen Chau à Hong Kong le 30 juin 2019.
Les troupes de l'Armée populaire de libération de Chine (APL) effectuent des exercices lors d'une manifestation à la caserne Ngong Shuen Chau à Hong Kong le 30 juin 2019. Isaac Lawrence, AFP

Les images publiées ces derniers jours montrant des troupes chinoises se massant près de la frontière avec Hong Kong posent question. Simple intimidation ou menace réelle d'intervention militaire contre le mouvement prodémocratie ?

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Bruit de bottes à la frontière hongkongaise. De nouvelles images en provenance de Chine continentale montrent des centaines de membres de forces de l'ordre participant, jeudi 15 août, à des manœuvres dans un stade de Shenzhen, la métropole située à quelques kilomètres de Hong Kong. Des mouvements qui font craindre une intervention de Pékin contre le mouvement de contestation hongkongais.

Ces images s’ajoutent aux nombreuses vidéos publiées par les médias chinois ces derniers jours, dont plusieurs montrant des convois militaires se dirigeant vers Shenzhen. Des images satellitaires, prises lundi mais publiées mercredi par Maxar Technologies, entreprise privée basée aux États-Unis, exposent également des véhicules militaires chinois garés à l'intérieur du stade de la baie de Shenzhen, une arène de 20 000 places.

Autant de signes tendant à indiquer que la Chine serait prête à jouer un rôle plus direct contre les manifestations qui secouent Hong Kong depuis début juin. Ou du moins, c’est ce que Pékin veut faire croire aux principaux acteurs du mouvement.

"Guerre psychologique"

Selon les médias officiels chinois, les récents mouvements de troupes font partie d'une série d’exercices militaires programmés à l’avance, sans aucun lien avec les événements en cours à Hong Kong.

Pour le professeur Steve Tsang, directeur du SOAS China Institute, de l’University of London, il ne fait en tout cas aucun doute que la diffusion de telles images n’est pas anodine. "Le but est clairement d'intimider les habitants de Hong Kong et de faire comprendre que si les autorités de Hong Kong ne parviennent pas à maîtriser la situation, les Chinois interviendront", confie-t-il à France 24.

Jusqu’ici, Pékin s’est contenté de surveiller à distance la situation à Hong Kong, des millions de personnes sont descendues dans les rues pour rejeter un projet de loi autorisant les extraditions vers le continent. Un mouvement nourri par la perception générale d’un recul des libertés depuis la rétrocession de Hong Kong intervenue en 1997.

Cependant, face au durcissement progressif du mouvement, à la multiplication des incidents et à l’incapacité de l'exécutif hongkongais, dirigé par Carrie Lam, de faire cesser les troubles, la Chine a musclé son discours.

Mercredi, à la suite d'affrontements violents à l'aéroport international de Hong Kong, le Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao du gouvernement chinois a condamné "avec la plus grande fermeté des actes quasi-terroristes". Début août, la garnison de l'armée chinoise à Hong Kong avait publié une vidéo montrant des troupes soigneusement filmées pendant des exercices anti-émeutes.

"Pékin pense probablement que ces images constituent un soutien appuyé dont a cruellement besoin Carrie Lam pour rétablir l’ordre", explique le Dr Kenneth Chan, professeur agrégé de sciences politiques à la Baptist University de Hong Kong, interrogé par France 24.

"Les spéculations et les images de déploiement de troupes relèvent de la guerre psychologique typique du style communiste, destinée à isoler et à marginaliser les éléments les plus radicaux du mouvement en cours à Hong Kong", ajoute cet expert, qui est également un ancien député du Parti civique hongkongais.

"Pas une menace en l’air"

Bien que l'objectif de la Chine soit principalement l’intimidation, cela n’exclut pas la possibilité d’une intervention militaire dans le cas où les Chinois y seraint contraints, analyse cependant Steve Tsang. "Ils préféreraient assurément que les manifestants rentrent simplement chez eux. Mais si Pékin estime que l'autorité du Parti communiste est remise en question, les Chinois interviendront", souligne-t-il. "Ce n'est pas une menace en l’air, c'est une menace réelle."

La menace pourrait encore s’accentuer alors qu’un évènement de grande importance et hautement symbolique pour Pékin se profile à l'horizon. Le 1er octobre marquera en effet le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, une journée qui sera célébrée en grande pompe dans l’ensemble du pays. Les manifestants de Hong Kong pourraient tenter de profiter de cette occasion et parasiter l’événement avec une forte mobilisatoin, ce qui pourrait être interprété comme la provocation de trop par Pékin.

En cas d’intervention chinoise, des milliers de soldats traverseraient la frontière et la garnison de l’armée chinoise à Hong Kong , seraient déployer, pour l’instant cloitrée dans ses casernes et composée de 8 000 à 10 000 hommest. "Si la Chine intervient, elles [les troupes stationnées en Chine et la garnison de Hong Kong] seraient déployées ensemble", note Steve Tsang.

En vertu du principe "un pays, deux systèmes" dans lequel une grande autonomie politique est accordée à Hong Kong par Pékin, la garnison de l'Armée populaire de libération (APL) ne peut intervenir qu’à la demande du gouvernement de Hong Kong. Cependant, l’influence exercée actuellement par Pékin sur l’ancienne colonie britannique est telle que cet obstacle juridique n’est que purement technique, selon Steve Tsang. "Si le gouvernement chinois veut que l'exécutif de Hong Kong demande une intervention de l’APL, il le fera", précise-t-il.

La résistance

Pour la Chine, toutefois, une telle démarche n’est pas sans risque, et reste considérée par la plupart des experts comme une solution de dernier recours pour Pékin. Car une intervention directe sonnerait presque certainement le glas du principe "un pays, deux systèmes", et bouleverserait le statu quo géopolitique de la région.

Les répercussions internationales d’une telle décision, combinées au risque de porter atteinte au statut de Hong Kong en tant que pôle commercial et financier, font qu'il est probable que Pékin explorera d'abord toutes les autres options disponibles.

"L'assujettissement total et brutal de la ville par la force sera fatal à la fois au statut de Hong Kong et à la réputation internationale de la Chine", juge le Dr Kenneth Chan.

Se pose aussi la question de la résistance que les troupes chinoises pourraient rencontrer face à une population hongkongaise qui n’a pas hésité à continuer à manifester en dépit d'une répression souvent violente.

"Ce ne sont que des spéculations, mais s'ils envoient des troupes, tout pourrait se finir en 24 heures Ou pas. Des poches de résistance peuvent se créer et leur compliquer la tâche", poursuit Steve Tsang. "Cela dépendra beaucoup du degré de violence employée le cas échéant à Hong Kong".

Article traduit de l'anglais par Marc Daou. Retrouvez l'article original sur le site anglais de France 24.

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