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Après la signature de l'accord de transition, la foule célèbre un "nouveau Soudan"

Des manifestants soudanais de la ville d'Atbara arrivent à la gare de Bahari à Khartoum pour célébrer la signature de l'accord de transition vers un pouvoir civil, le 17 août 2019.
Des manifestants soudanais de la ville d'Atbara arrivent à la gare de Bahari à Khartoum pour célébrer la signature de l'accord de transition vers un pouvoir civil, le 17 août 2019. Ahmed Mustafa, AFP

Dans les rues de Khartoum, la capitale soudanaise, la foule a fêté samedi la signature de l'accord ouvrant la voie à un transfert du pouvoir aux civils, obtenu après des mois de contestation.

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L'encre de l'accord historique, qui ouvre la voie à un transfert du pouvoir aux civils au Soudan, avait à peine séché que la liesse s’est emparée des rues de Khartoum, samedi 17 août.

Aussitôt signée, la déclaration constitutionnelle, définissant les 39 mois de transition à venir, a été accueillie par des applaudissements nourris dans la capitale soudanaise.

Conclu à la faveur d'une médiation de l'Éthiopie et de l'Union africaine, cet accord a été accueilli avec soulagement des deux côtés. Les manifestants célèbrent la victoire de leur "révolution", tandis que les généraux, eux, s'attribuent le mérite d'avoir évité une guerre civile.

L'accord de transition, conclu début août, et signé samedi a mis fin à près de huit mois d'un mouvement de contestation inédit qui a mené le 11 avril à la chute du président Omar el-Béchir, avant de se retourner contre le Conseil militaire de transition ayant pris sa succession.

"Je commence à respirer"

Au marché central de Khartoum, marchands et clients confient espérer qu'un gouvernement civil les aidera à nourrir leur famille.

"Nous vivions sous le contrôle des militaires depuis 30 ans, mais aujourd'hui, nous laissons tout ça derrière nous", se réjouit Ali Youssef, étudiant de 19 ans qui travaille sur le marché et espère que les prix des légumes baisseront.

La plupart attendent de voir les changements qu'apportera la transition dans leur vie quotidienne. D’autres profitent déjà d'un changement immatériel, mais de taille : la liberté d'expression.

"J'ai 72 ans et pendant 30 ans sous Béchir, je ne pouvais me réjouir de quoi que ce soit. Aujourd'hui, dieu merci, je commence à respirer", affirme Ali Issa Abdel Momen, agenouillé devant sa modeste sélection de légumes.

Toute la journée, une foule d'hommes et de femmes, jeunes ou vieux, ont convergé vers la salle de conférence où l'accord a été signé, faisant avec leurs doigts le "V" de la victoire, et lançant en chœur : "Madaniya, Madaniya", pouvant être traduit comme "pouvoir civil".

"C'est la plus grande célébration que j'ai jamais vue dans mon pays. Nous avons un nouveau Soudan", se réjouit Saba Mohammed, une femme de 37 ans, qui agite un petit drapeau en plastique.

La période de transition de 39 mois vise à garantir plus de droits et de libertés, et devrait culminer avec des élections en 2022.

"Nous avons gagné"

Venus d'Atbara (centre du pays), où ont eu lieu les premiers rassemblements contre la décision du gouvernement de tripler le prix du pain en décembre, des Soudanais sont arrivés dans une ambiance festive à Khartoum en début d’après-midi.

"Pouvoir civil", scandaient-ils avant leur départ selon des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, promettant de venger les quelque 250 personnes qui ont péri dans la répression des manifestations, selon des médecins.

Pour certains, en effet, cet aboutissement ne peut effacer la tristesse d'avoir perdu un proche dans la répression du mouvement.

Dans la foule, Ali, 19 ans, est en pleurs. Le 3 juin dernier, il a perdu un frère dans la dispersion sanglante du sit-in emblématique de la contestation.

"Mon frère a été tué par balle le 3 juin", explique-t-il en référence à la dispersion du sit-in devant le quartier général de l'armée. Le tollé provoqué par la répression avait précipité une reprise des négociations entre les deux camps.

Selon des médecins proches du mouvement de contestation, 127 personnes avaient été tuées ce jour-là. Onze sont toujours portées disparues.

"J'aurais aimé qu'il voie ça. Nous avons gagné. La révolution n'est pas morte", poursuit Ali. "Mon frère est un héros."

Des forces de sécurité avaient été déployées dans la ville pour ce qui s'annonçait comme le plus gros événement international tenu depuis des années au Soudan, marginalisé sous le régime Béchir.

Le jour de la signature devait être celui de l'ouverture du procès de l'ex-président Béchir, inculpé pour corruption, mais elle a été repoussée sine die.

Vendredi, Amnesty International a averti contre la possibilité pour Omar el-Béchir d'échapper à un procès devant la Cour pénale internationale, qui a émis contre lui deux mandats d'arrêt, notamment pour "génocide" au Darfour.

Avec AFP

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