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Le casse-tête du rapatriement des enfants de jihadistes en Europe

Des enfants dans le camp d'al-Hol, qui abrite des proches de membres du groupe État islamique, dans le gouvernorat d'Al-Hasakeh, au nord-est de la Syrie, le 28 mars 2019.
Des enfants dans le camp d'al-Hol, qui abrite des proches de membres du groupe État islamique, dans le gouvernorat d'Al-Hasakeh, au nord-est de la Syrie, le 28 mars 2019. Giuseppe Cacace, AFP

L'Allemagne a rapatrié lundi pour la première fois de Syrie quatre orphelins de familles de combattants de l’Organisation État islamique. Comme Berlin, les capitales européennes rechignent à effectuer ces rapatriements.

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Pour la première fois, l’Allemagne a procédé lundi 19 août au rapatriement d’orphelins de familles de combattants de l’Organisation État islamique (OEI) de nationalité allemande en Syrie. Les autorités kurdes ont remis à une équipe du consulat allemand trois filles, dont deux sœurs, et un garçon, à la frontière syro-irakienne. Les enfants, tous âgés de moins de dix ans, doivent ensuite être remis à des membres de leurs familles en Allemagne.

>> À lire : Rapatriement d’enfants de jihadistes français : "On est au-delà de l'injustice"

Trois des quatre enfants sont orphelins des deux parents, tandis que le dernier, un nouveau-né dont la mère "est encore en vie" a été rapatrié en raison de "son état de santé critique", a indiqué Fanar Kaeet, un responsable des Affaires étrangères au sein de l'administration kurde.

Injonctions internationales

Depuis la chute en mars du "califat" de l'OEI, la communauté internationale est confrontée au casse-tête du rapatriement des combattants des jihadistes capturés ou tués en Syrie et en Irak.

Les Nations Unies et plusieurs ONG dénoncent régulièrement les conditions de vie dans les camps du nord-est de la Syrie. En juillet, le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a même qualifié la situation d'"apocalyptique" dans ces camps, demandant aux États concernés de rapatrier les femmes et enfants de jihadistes étrangers. Le 17 févier 2019, le président américain Donald Trump avait déjà lui aussi exhorté les Européens à reprendre leurs centaines de ressortissants détenus en Syrie.

Face à la pression internationale, la France, la Norvège, le Danemark et la Belgique ont d’ores et déjà rapatriés des orphelins. Mais chacun des États a choisi d’effectuer ces retours au compte-goutte.

En juin, six orphelins belges de familles de jihadistes ont ainsi été remis à Bruxelles. Quelques jours plus tôt, 12 enfants de jihadistes français, dont dix orphelins, avaient été rapatriés par les autorités françaises. Paris avait déjà rapatrié cinq orphelins en mars. L’Australie a aussi rapatrié des enfants et petits-enfants de ressortissants australiens engagés dans le jihad auprès de Daech. Ces derniers mois, d'autres pays, comme la Russie, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kosovo ont également rapatrié plusieurs dizaines de leurs ressortissants.

Des chiffres bien modestes quand on sait qu’environ 12 000 étrangers venant de 30 à 40 pays - 4 000 femmes et 8 000 enfants - sont parqués principalement dans le camp d'Al-Hol administré par les forces kurdes des FDS qui réclament leur rapatriement dans leur pays d'origine.

Chaque capitale trouve une bonne raison pour repousser ou tout simplement refuser le rapatriement de ces ressortissants. Londres a pour sa part exclut tout possibilité de rapatriement. Au lendemain de l’appel de Donald Trump, les autorités britanniques ont en effet estimé que les combattants étrangers de l’OEI devaient être jugés là où les crimes ont été commis, rejetant l’exhortation américaine.

Une opinion publique défavorable

D’autres capitales européennes tentent une approche moins radicale. L’Allemagne a notamment tardé à faire connaître sa position sur le rapatriement en Syrie invoquant la fermeture de ses services consulaires dans le pays et sa non-reconnaissance des autorités kurdes pour justifier son incapacité à rapatrier ces familles. À noter tout de même que Berlin a déjà procédé depuis mars au rapatriement d'une dizaine d'enfants de combattants jihadistes d'Irak.

Pour l’avocat allemand Dirk Schoenian, chargé par leur famille de la défense des deux fillettes d’Al-Hol, qui a porté en urgence le dossier en mai devant un tribunal afin d’obliger le gouvernement à organiser le rapatriement des orphelines, "l’Allemagne cherche à échapper à ses obligations consulaires", a-t-il dénoncé dans la presse allemande.

"Ces mesures sont tout à fait insuffisantes et traduisent la primauté manifestement accordée en l’occurrence, à des intérêts opposés à l’intérêt des enfants", a pour sa part estimé le président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH). "On ne naît pas terroriste, a ajouté. Le meilleur moyen de préserver la sécurité des Français est de tout mettre en œuvre pour garantir la réinsertion sociale de ces enfants."

Le rétropédalage de l’Élysée

Il semblerait que la majorité des Européens ne soient pas de cet avis. Pour le cas de la France, un sondage Odoxa - Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro a notamment indiqué le 28 février que près de sept Français sur dix (67 %) souhaitaient que les enfants de jihadistes français restent en Irak et en Syrie. En avril, Libération a, en outre, révélé qu’un plan global pour ramener les Français avait été mis au point. Mais face au rejet de l’opinion publique française, il a finalement été abandonné par l’Élysée.

À ce jour, le nombre précis d’orphelins n’est pas connu mais on sait qu’il en reste au moins encore une dizaine dans les camps du Nord-Est syrien. Plus de 210 enfants de jihadistes français, dont les trois quarts ont moins de cinq ans, se trouvent dans des camps de réfugiés sous le contrôle des Kurdes de Syrie. Environ 90 Françaises y seraient également détenues. À Paris, le casse-tête est loin d’être fini.

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