Accéder au contenu principal

Au Cameroun, un leader des séparatistes anglophones condamné à la perpétuité

Le leader séparatiste anglophone Julius Ayuk Tabe, en novembre 2017, à Abuja, au Nigeria.
Le leader séparatiste anglophone Julius Ayuk Tabe, en novembre 2017, à Abuja, au Nigeria. France 24

Un des leaders des séparatistes de la minorité anglophone du Cameroun, Julius Ayuk Tabes, a été condamné mardi à la prison à vie pour "terrorisme" et "sécession". Ce verdict risque d'envenimer un conflit déjà meurtrier dans l'ouest du pays.

Publicité

Julius Ayuk Tabe, 54 ans, qui s'était autoproclamé en 2017 "président" de l'"Ambazonie" – l'État que les séparatistes de la minorité anglophone du Cameroun veulent fonder –, a été condamné mardi 20 août à la perpétuité pour "terrorisme" et "sécession" avec neuf autres de ses partisans par un tribunal militaire de Yaoundé, ont annoncé à l'AFP les avocats de l'État et de la défense.

En 2016, une partie des habitants des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont commencé à manifester pour demander davantage de reconnaissance de l'État central. Face au refus des autorités et à la répression, une partie des séparatistes a pris les armes en 2017 et les affrontements avec les forces de sécurité ont fait, depuis, plus de 2 000 morts, selon Human Rights Watch (HRW).

Julius Ayuk Tabe est considéré comme une figure de la contestation séparatiste et milite depuis plusieurs années pour que les deux régions anglophones du Cameroun se séparent de la partie francophone du pays. Il s'est récemment dit ouvert au dialogue avec le gouvernement, sous conditions, plutôt que de continuer à prendre les armes, ce qui lui vaut d'être contesté en tant que leader de cette cause par la branche radicale armée.

"Cette condamnation risque d'aggraver la situation sécuritaire"

En janvier 2018, Julius Ayuk Tabe avait été interpellé avec 46 autres indépendantistes à Abuja par les services de renseignement nigérians. Tous avaient ensuite été transférés à Yaoundé. Une extradition jugée illégale par la justice nigériane en mars 2019.

Le procès de Julius Ayuk Tabe et des neuf autres séparatistes s'était ouvert fin décembre. Le verdict prononcé mardi matin par le tribunal militaire de Yaoundé les condamnant à la prison à vie a été assorti d'une amende collective de 250 milliards de francs CFA (381 millions d'euros), selon l'un des avocats de la défense, Me Joseph Fru.

Ces derniers n'ont pas encore indiqué s'ils allaient faire appel de cette sentence. Mais ils ont qualifié le procès de "parodie de justice".

"Cette condamnation risque d'aggraver la situation sécuritaire en zone anglophone dans les prochaines semaines", estime un expert du Cameroun du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). Selon lui, "elle pourrait radicaliser une partie des séparatistes qui voyaient le fait que ces leaders n'avaient pas encore été condamnés comme une marque d'espoir".

Plus de 530 000 personnes ont dû quitter leur foyer

Cette décision tombe au moment où, après trois ans de conflit, des signes d'ouverture avaient été enregistrés ces derniers mois. Face aux pressions internationales, le président Paul Biya, 86 ans, s'était dit prêt en mai à organiser un dialogue pour résoudre la crise anglophone au Cameroun. Une ouverture tranchant avec l'intransigeance affichée jusque-là par Yaoundé.

En réponse, le leader séparatiste s'était dit disposé à participer à des pourparlers avec le gouvernement, mais uniquement à l'étranger et en posant comme préalable sa libération, ainsi que celle de toutes les personnes détenues dans le cadre de la crise anglophone.

"M. Ayuk Tabe a beaucoup de poids chez les anglophones. Sa condamnation va rendre la résolution de la crise encore plus compliquée", a déclaré à l'AFP Denis Nkenlemo, chargé de communication du principal parti d'opposition au Cameroun opposé à la sécession, le Front social démocrate (SDF).

"Cette décision est un acte de provocation qui prouve une fois de plus que le gouvernement n'est pas prêt pour le dialogue (...) et nous mène droit dans le mur", a-t-il ajouté.

Depuis son début, le conflit a forcé plus de 530 000 personnes à quitter leur foyer, selon des chiffres de l'ONU. Des combats opposent quasi-quotidiennement l'armée, déployée en nombre, à des groupes épars de séparatistes armés qui, cachés dans la forêt équatoriale, attaquent gendarmeries et écoles et multiplient les enlèvements.

Avec AFP

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.