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L’effeuillage burlesque parisien se dévoile

Daisy au Wunder Kabarett.
Daisy au Wunder Kabarett. Didier Bonin

L’art du burlesque a longtemps animé la vie culturelle parisienne, dès les années 1900, dans les cabarets sulfureux de Pigalle où la bonne société venait "s’encanailler". Aujourd’hui, il résiste sur les planches et s’adapte aux codes contemporains.

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Sur scène, Jeanne laisse tomber son quotidien et devient "Pamela en Personne". Un personnage qu'elle crée il y a moins de deux ans alors qu’elle décide de se lancer dans l’effeuillage burlesque : "J'avais envie de sortir de ma zone de confort. Me mettre à nu sur scène au sens littéral comme au figuré représentait un énorme défi." C’est avec la performeuse Arena, surnommée "Eden Weiss" sur scène, qu’elle fonde un cabaret burlesque,La Flaque. "C'est une scène très libre, très créative, où peuvent passer tous les arts vivants (magie, jonglage, musique live, stand-up, etc.)."

Comme La Flaque, le Wunder Kabarett est une association qui propose des soirées burlesques dans plusieurs salles parisiennes. Ce cabaret accueille depuis plus de sept ans des performeurs/performeuses variés dans des événements mensuels. Une des organisatrices de ces soirées, Daisy, explique que le mot "burlesque" est très large, il peut désigner effeuillage, arts vivants, transformisme ou même "gorlesque", du burlesque trash : un vrai freak show.

Didier Bonin

Être un "freak" en 2019

Dans ces deux associations, mais aussi à la SCEP (Société communautaire des effeuilleurs parisiens), les performeurs/performeuses ne sont pas forcément artistes de profession, beaucoup font cela par passion. La scène devient un lieu d’expression libre où ils laissent place à leur créativité et repoussent leurs limites. Pour Jeanne, jouer son personnage est aussi une manière de s’accepter comme elle est : "L'effeuillage, c'est pour moi une manière de s'approprier son corps. De l'aimer comme il est, avec ses avantages et ses défauts."

Les spectacles étant autoproduits, l’inventivité rencontre très peu de limites, mais elle tente de respecter la sensibilité de tous. À La Flaque, Jeanne nous explique : "On fait attention au fait que tout le monde n'est pas sensible aux mêmes choses. Sur certains numéros pouvant traiter de sujet difficiles, on prévient. Par exemple, s'il y a du faux sang, si le numéro parle de suicide, d'addiction, etc. (...) On essaie de créer un endroit bienveillant, sans discriminations et sans oppressions, où les artistes, mais aussi le public, se sentent en confiance."

Pour cela, les blagues, les pas de danse et les costumes sont étudiés pour ne pas être mal interprétés, délivrer le mauvais message, mettre mal à l’aise. "Être un freak" et "faire du burlesque" ne rime pas avec "faire n’importe quoi", c’est bien le climat qu’essaie d’instaurer La Flaque en faisant attention à l’image qu’elle renvoie, aux stéréotypes et écueils à éviter. Et c’est plus de travail et de dialogue qu’il n’y paraît. Jeanne explique qu'"au-delà des spectacles et de l'art de l'effeuillage en lui-même, c'est une aventure humaine qui défie mes préjugés, mes idées préconçues, mes limites. J'ai l'impression d'apprendre chaque jour sur moi, sur les autres."

Eric Delage

Le plaisir oui, mais sans abus

Et cela passe surtout par le respect et le consentement. L’effeuillage, ce sont des gens qui se dénudent, mais ce sont d’abord des artistes. La Flaque existait avant le mouvement #MeToo, mais la plupart des membres sont des militant.e.s féministes engagé.e.s et s’en inspirent pour leurs numéros. "Cette teinte féministe est aussi très présente dans le nom de l'asso puisque le mot 'flaque' est directement tiré de notre envie de promouvoir le plaisir féminin, ajoute Jeanne. Je vous laisse voir l'allusion !"

L’ambiance très libre de ces soirées et l’alcool ont déjà mené à des débordements, notamment de personnes ne respectant pas le consentement des artistes et des autres membres du public. Pour éviter ce genre de problèmes, La Flaque explique clairement ses valeurs au début du show et met en place une paire de "safe" : "C’est-à-dire deux personnes identifiables à leurs boucliers qui circulent et sont là pour s'assurer calmement mais fermement que ces valeurs sont suivies. Ils/elles sont aussi là pour écouter les personnes qui se sentiraient mal à l'aise, quelle que soit la raison."

Le respect passe aussi par la terminologie, mais attention, la mise en garde doit là aussi concerner tout le monde et non pas rester ancrée sur des clichés : "On s'est rendu compte que beaucoup de nos exemples et mises en garde étaient genrées. Par exemple, on disait 'on ne veut pas entendre de 't'es bonne' ou 'file-moi ton 06''. On a réalisé que ce discours ne s'adressait qu'aux hommes. On a ajouté des exemples non binaires ou qui s'adressent aussi aux femmes afin que tout le monde se sente concerné. Depuis que l'on a mis tout cela en place, on n’a pas connu d'autres débordements."

Eric Delage

L’effeuillage burlesque continue de se dévoiler dans les cabarets et bars parisiens en se modernisant pour offrir une scène libre, irrévérencieuse, déjantée... et respectueuse.

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