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L'Akademik Lomonosov, centrale nucléaire russe, prête à larguer les amarres

L'Akademik Lomonosov, la première centrale nucléaire flottante au monde, quitte Mourmansk, le 23 août 2019.
L'Akademik Lomonosov, la première centrale nucléaire flottante au monde, quitte Mourmansk, le 23 août 2019. ESL Network

Qualifié de "Titanic nucléaire" par ses détracteurs, l'Akademik Lomonosov, première centrale nucléaire flottante russe, unique au monde, va entamer, vendredi, son voyage vers la Sibérie orientale pour entrer en fonction avant la fin de l'année.

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Dans l’imaginaire collectif, depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986, une centrale nucléaire russe a toujours quelque chose d’angoissant. Un sentiment que le succès récent et planétaire de la série "Chernobyl" n’a pas dissipé, alors que la centrale nucléaire flottante russe l’Akademik Lomonossov, une première mondiale, s’apprête à entamer, le 23 août, un voyage de 5 000 kilomètres d’une durée d’un mois et demi.

Sa destination finale se situe en Sibérie orientale. Précisément dans la ville de Pevek, une cité de 5 000 âmes dans le district autonome de Tchoukotka, à 350 km au nord du cercle arctique, où la centrale flottante doit en remplacer deux autres, l’une nucléaire, à Bilibino, et l’autre thermique, à Chaunskaya, à partir de décembre 2019

Baptisée le "Tchernobyl sur glace" par ses détracteurs, cette centrale, construite à partir de 2006 par le conglomérat étatique nucléaire russe Rosatom à Saint-Pétersbourg, a été chargée en combustible nucléaire dans le port de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie.

L’infrastructure flottante, qui mesure 144 mètres de long et 30 de large, repose sur une barge dépourvue de moteur et tractée par des navires. En son sein, se trouvent deux réacteurs KLT-40S d’une capacité de 35 MW chacun (contre plus de 1 000 MW pour une centrale française classique), assez puissants pour fournir de l’électricité à une ville de 100 000 habitants.

"Les centrales nucléaires flottantes vont permettre d’alimenter en électricité et en chaleur les régions les plus reculées, soutenant ainsi la croissance et le développement durable", explique Rosatom, qui couvre toute la chaîne du nucléaire russe, de l'extraction de l'uranium jusqu'au traitement des déchets en passant par la construction des centrales. L’Akademik Lomonossov servira également à alimenter des plateformes pétrolières dans cette zone, où la Russie veut développer la production et l’extraction d'hydrocarbures dans l’Arctique, rendue possible par la fonte des glaces.

Selon le conglomérat fédéral, l’Akademik Lomonossov, qui a subi une batterie de tests, est "invincible". Elle "dispose des systèmes (…) de sécurité les plus modernes et devrait être l’une des installations nucléaires les plus sûres au monde", à même de résister aux tsunamis et autres catastrophes naturelles.

Un projet phare ou un "Titanic nucléaire" ?

L’Akademik Lomonossov est un projet phare à grands enjeux. Il offre une vitrine mondiale pour Rosatom, principal rival du groupe multinational français Areva, ce nouveau type de centrale étant potentiellement susceptible d’intéresser de nombreux pays.

Le conglomérat exporte déjà sa technologie dans plus d’une trentaine de nations, de la Chine à l’Égypte, en passant par la Hongrie ou la Turquie. "La centrale peut être livrée à n'importe quel endroit, le long d'une côte, et connectée aux réseaux électriques existants", soutient Rosatom, alors que le Soudan a signé en 2018 un plan d'action prévoyant la préparation d'une étude préliminaire de faisabilité pour un projet de centrale nucléaire flottante.

Toutefois, malgré les assurances russes, des ONG de défense de l’environnement mettent en garde contre un "Titanic nucléaire".

"Une centrale flottante sera particulièrement exposée aux phénomènes météorologiques [la barge ayant un fond plat et n'ayant pas de propulsion interne, NDLR] et aux menaces telles que le terrorisme. Imaginez que la barge se détache des vaisseaux de remorquage, les conséquences peuvent être graves", a récemment prévenu Rashid Alimov, du département de l’énergie de Greenpeace.

L’ONG explique que l’installation de la centrale flottante dans l’environnement rude de l’Arctique russe constituera une menace constante pour les habitants du Nord et la nature vierge de la région.

Le pire accident nucléaire de l'histoire a eu lieu en 1986 en URSS, lors d'un test de sécurité dans la centrale ukrainienne de Tchernobyl. Les autorités soviétiques avaient alors été accusées d'avoir cherché à cacher l'ampleur du désastre pendant plusieurs semaines, alors qu'un nuage radioactif avait traversé l'Europe.

Plus récemment, une explosion meurtrière est survenue le 8 août sur une base de lancement de missiles russe dans le Grand Nord. Après quelques jours de silence, Moscou a fini par admettre que l’accident lié aux tests de "nouveaux armements" avait un caractère nucléaire, après que le niveau de radiation eut augmenté brièvement à la suite de l'accident.

Rosatom, qui compte une douzaine de réacteurs en chantier dans le monde, a annoncé via un communiqué que cinq membres de son personnel avaient été tués dans cette explosion, ajoutant que trois autres personnes, victimes de brûlures, avaient été blessées.

Avec AFP

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