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Les cryptomonnaies, nouvelle arme des groupes terroristes ?

Des recrues des Brigades Izz al-Din al-Qassam s'entraînant à Gaza, le 20 juillet 2019.
Des recrues des Brigades Izz al-Din al-Qassam s'entraînant à Gaza, le 20 juillet 2019. Mahmud Hams, AFP

Selon une récente étude américaine, les groupes terroristes tentent désormais de se financer via les cryptomonnaies tel que le bitcoin. Cette technologie, présentée comme intraçable par les propagandistes, ne l'est pas totalement.

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Les organisations terroristes diversifient leurs financements. Un rapport à venir du groupe de réflexion américain Middle East Media Research Institute, que France 24 a pu consulter en avant-première, jeudi 22 août, suggère que différents groupes terroristes se sont tournés vers le bitcoin pour financer leurs activités. L'usage de cette technologie leur permet notamment de contourner les régulations mises en place par le secteur bancaire.

L'étude prend l’exemple des Brigades Izz al-Din al-Qassam, bras armé du Hamas palestinien, classées comme organisation terroriste par l'Union européenne et les États-Unis notamment. Sur leur site de propagande, il est proposé d'effectuer des dons en bitcoin.

"Le bitcoin est une crypto-monnaie intraçable, qui respecte votre désir d'anonymat et permet de réaliser des dons de manière sécurisée", vante une vidéo de propagande du site qui détaille par le menu la marche à suivre.

Un financement hors des contrôles traditionnels

"L'avantage de recourir aux cryptomonnaies, c'est qu'il n'y a pas besoin de passer par les banques. Celles-ci sont de plus en plus surveillées", détaille Éric Vernier, chercheur associé à l'Iris et spécialiste du blanchiment d'argent et du financement du terrorisme, interrogé par France 24. "L'autre avantage, c'est que ce circuit n'est pas contrôlé. Si une partie des cryptomonnaies restent traçables, il n'y a ni régulateur, ni intermédiaire."

"Si je fais un virement à un ami, cela passe par ma banque, par une chambre de compensation, puis par la banque de mon ami. Il y a donc trois niveaux de contrôle", détaille le spécialiste. "Si je passe par une cryptomonnaie, cela passe par des ordinateurs aux quatre coins du monde. Il n'y a qu'un autocontrôle via les systèmes de blockchain. Il y a une garantie des flux financiers mais pas d'organisme qui contrôle chacun de ces flux."

Les bitcoins ne sont pas l'apanage des organisations terroristes : certains États s’en servent même pour contourner les sanctions internationales comme l’Iran ou le Venezuela.

Une technique qui se perfectionne

Pourtant, les cryptomonnaies ne sont pas totalement intraçables : "On peut garder la trace de certaines monnaies, notamment le bitcoin. À partir du moment où on peut suivre un flux, on peut le remonter. La différence d'avec une banque, c'est que ce suivi ne se fait pas en permanence. Ici, on ne l'effectue qu'en cas d'enquêtes", explique Eric Vernier.

Selon le New York Times, les Brigades Izz al-Din al-Qassam ne mettaient à disposition au départ qu'une seule adresse bitcoin, facilitant la tâche aux autorités pour identifier la provenance de l'argent et en geler l'utilisation.

Le groupe palestinien a ensuite appris à se couvrir. Au lieu de passer par l'intermédiaire d'un portefeuille géré par une plateforme externe, ils ont créé des portefeuilles via une plateforme sous leur contrôle. Ils attribuent également une adresse bitcoin différente à chacun de leur donateur. Des pratiques qui compliquent la tâche des autorités. Selon le New York Times, ils se seraient inspirés du groupe État islamique pour mettre en place cette procédure.

Éric Vernier explique que ce nouveau filon s'ajoute au reste des financements des organisations terroristes.

"Les financements peuvent évidemment se faire beaucoup plus facilement via d'autres circuits. Il peut par exemple être plus simple de donner 1 000 euros directement à un imam radicalisé qui sert de relais local. Cependant, pour les moins de 30 ans qui touchent un peu en informatique, il est assez simple de passer par la cryptomonnaie. Et il lui paraîtra logique de passer par ce système plutôt que par un circuit traditionnel", détaille le chercheur-associé de l'Iris. "C'est une nouvelle possibilité dans leur éventail. D'autant que les contrôles ne sont pas au point."

"C'est comme avec le dopage, la technologie a un temps d'avance sur le contrôle", estime Éric Vernier. "Il y a une faille du législateur, il faudrait remédier à celle-ci en régulant de la même manière que les banques. Mais cela va à l'inverse de la philosophie open-source des cryptomonnaies et de leur vision libertaire."

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