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Deux ans après leur exode massif au Bangladesh, les Rohingya sont “dans une impasse”

Vue générale du camp de Kutupalong, désigné "camp de réfugiés le plus vaste au monde" par l'UNHCR, à Ukhia, le 24 juillet 2019.
Vue générale du camp de Kutupalong, désigné "camp de réfugiés le plus vaste au monde" par l'UNHCR, à Ukhia, le 24 juillet 2019. Munir Uz Zaman, AFP

Deux ans après que des centaines de milliers de Rohingya ont fui la Birmanie pour le Bangladesh, leurs conditions de vie restent extrêmement difficiles. Ils s'entassent dans des camps de réfugiés et refusent de rentrer sans garanties de sécurité.

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À partir d’août 2017, ils ont fui ce qui fut apparenté à un “exemple classique de nettoyage ethnique” en Birmanie. Deux ans plus tard, une partie d'entre eux pourrait être logée sur une île inondable que le gouvernement prévoit d'aménager au large du Bangladesh. Ayant fui par centaines de milliers les persécutions au Myanmar, une bonne partie des Rohingya n'a, depuis, pas retrouvé une vie normale.

“Même si leur situation sécuritaire s’est améliorée, le temps passe et les conditions de vie – voire de survie – demeurent toujours difficiles pour les Rohingya”, explique Frédéric Joli, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge à Paris, contacté par France 24.

Selon l’ONU, ils sont aujourd’hui près d’un million de réfugiés dans la région de Cox’s Bazar, au Bangladesh, dont 741 000 qui sont arrivés de Birmanie en 2017. Tous vivent dans des camps dans le sud-est du pays, dont celui de Kutupalong, désigné “camp de réfugiés le plus vaste au monde” par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.

Cette forte concentration de réfugiés pose des problèmes de surpeuplement aux autorités bangladaises, comme l’explique Sophie Brondel, coordinatrice de l’association Info Birmanie, contactée par France 24 : “ Les camps à la frontière avec la Birmanie sont évidemment surpeuplés, donc il faut leur trouver des solutions de relocalisation.”

Dacca pense donc déplacer 100 000 réfugiés sur l’île de Bhasan Char, où elle construit des bâtiments pour désengorger les camps du sud-est. Avec un bémol : l’île en question est exposée aux aléas climatiques. “C’est un îlot en plein golfe du Bengale exposé aux intempéries et inondable, donc qui n’est pas viable à la base pour les réfugiés”, explique Sophie Brondel. "Cela montre qu’on est dans une impasse en matière de prise en charge : il faut trouver des solutions de relocalisation viables mais sur le territoire bangladais, pas en pleine mer.”

“Les dangers de la promiscuité”

Sur terre, le sort des réfugiés rohingya ne semble cependant pas placé sous une bonne étoile. “Il y a des camps, notamment dans la région de Cox’s Bazar, avec tous les dangers que revêt la promiscuité”, explique Frédéric Joli. “Cela va des maladies hydriques – comme le risque de choléra – aux risques d’épidémies et d’infections, tout cela parce que les Rohingya vivent dans des conditions de salubrité, d’alimentation et d’accès aux soins rendues très difficiles.”

Ces conditions précaires rendent aussi l’accès à l’éducation compliqué pour les enfants, comme s’en inquiète l’Unicef. “Deux ans après avoir fui en masse le Myanmar, l’acquisition de connaissances et de compétences de la vie courante est cruciale pour les 500 000 enfants et plus qui ont trouvé refuge au Bangladesh”, estime l’organisation pour l’aide à l’enfance des Nations unies. Et elle précise que, malgré “l’enseignement non formel apporté à 280 000 enfants âgés de 4 à 14 ans (...), plus de 25 000 enfants sont sans aucun programme d’apprentissage.”

À ces conditions de vie difficiles s’ajoutent les périls climatiques qu’endurent les populations locales, comme en atteste la mousson en Asie du Sud-Est en juillet dernier. Celle-ci a notamment touché le Bangladesh ainsi que les camps de réfugiés, où des morts ont été déplorés et 3 000 familles rohingya affectées par les inondations.

Par ailleurs, la cohabitation avec la population bangladaise est un autre élément préoccupant. Selon Frédéric Joli, “les conséquences humanitaires des violences d’il y a deux ans perdurent et s’installent véritablement dans le temps”, tant pour les Rohingya que pour les populations hôtes. “Ces dernières, poursuit-il, sont pour certaines des cultivateurs qui ont perdu un bout de leurs terres pour l’implantation des camps, et pour qui le temps commence à être long.”

“Couper tout soutien financier à l’armée du Myanmar”

Face à cette situation, les autorités birmanes ont proposé des rapatriements de Rohingya vers le Myanmar. Les réfugiés qui le souhaitaient étaient autorisés à rentrer en Birmanie le 22 août, mais aucun candidat au retour ne s’est présenté jusqu’à présent. Le lendemain, le Myanmar a accusé Dacca d’être responsable de l’échec de la dernière tentative de faire revenir 3 500 réfugiés rohingya en Birmanie.

La situation était déjà la même en novembre 2018 : aucun Rohingya n’est rentré en Birmanie malgré les 2 251 noms de réfugiés inscrits sur la liste de rapatriement. “Ces échecs sont liés au fait que ces annonces de rapatriement sont en réalité des effets d’annonce par les autorités birmanes”, affirme Sophie Brondel. “En Birmanie, les conditions d’un retour ne sont pas du tout réunies et la volonté politique d’accueillir ces Rohingya n’existe pas. Les autorités les considèrent comme des étrangers, comme des migrants venus du Bangladesh.”

Pour les Rohingya, les conditions de sécurité pour un retour en Birmanie ne sont pas réunies. Ils redoutent d'être envoyés dans des camps d'internement pour déplacés. Et en cas de retour, ils souhaitent être considérés comme des citoyens à part entière – là où les autorités birmanes ne leur reconnaissent pas ce statut, même pour les familles étant présentes sur le territoire national depuis plusieurs générations.

L’avenir de ces centaines de milliers de réfugiés semble pour le moins flou à court et moyen terme. “Il faut permettre aux Rohingya de vivre dans la dignité avec un minimum de perspectives”, estime Frédéric Joli, pour qui “les solutions passeront par des garanties politiques données à cette population.”

Voyant que la situation est “au point mort” avec les autorités birmanes, la Mission indépendante d’établissement des faits sur les violences contre les Rohingya (ONU) exhorte la communauté internationale à “couper tout soutien financier à l’armée du Myanmar” afin d’accentuer la pression sur la Birmanie. “Le gouvernement (birman) n’a pas fait suffisamment pour protéger la population (...), il n’y a eu aucun mouvement vers une résolution de la crise”, a déploré en mai le président de la Mission, Marzuki Darusman.

Cette même Mission affirme que les commandants de l’armée birmane doivent être “isolés et traduits devant un tribunal crédible afin de répondre aux accusations de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.” Des poursuites judiciaires qui pourraient être le préalable à une amélioration future du sort des Rohingya.

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