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En perte de vitesse, le G5 Sahel s’invite au sommet du G7

Des soldats mauritaniens à un poste de commandement de la force opérationnelle du G5 Sahel, le 22 novembre 2018, dans le sud-est de la Mauritanie, près de la frontière avec le Mali.
Des soldats mauritaniens à un poste de commandement de la force opérationnelle du G5 Sahel, le 22 novembre 2018, dans le sud-est de la Mauritanie, près de la frontière avec le Mali. Thomas Samson, AFP

Alors que le terrorisme continue de sévir au Sahel, Emmanuel Macron veut mobiliser plus d’acteurs, samedi, lors du sommet du G7, afin de soutenir la coopération militaire dans la région et y financer des projets de développement.

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La menace terroriste progresse au Sahel et, lors du sommet du G7 qui s'ouvre samedi 24 août à Biarritz, il sera question de financement du G5 Sahel. Cet instrument de coopération militaire et de développement avait été mis en place par cinq pays de la région (la Mauritanie, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad) en 2014 pour lutter contre le terrorisme.

Le président français Emmanuel Macron veut convaincre le Japon et le Canada de rejoindre l’Alliance Sahel, créée par Paris et Berlin en 2017 pour financer les projets de développement et mieux coordonner les aides internationales dans cette partie de l’Afrique, minée par les conflits intercommunautaires et dont les populations dans des zones reculées sont abandonnées par les États. La plate-forme dite de coopération internationale regroupe déjà huit pays membres de l’Union européenne en plus des États-Unis.

À Biarritz sera présent le président burkinabè Roch Christian Kaboré, président par intérim du G5 Sahel. Son pays a été endeuillé le 19 août par l’une des pires attaques de groupes armés terroristes contre l’armée dans la province de Soum au Nord. L’acte non revendiqué a fait une vingtaine de morts dans le rang des militaires. Au lendemain de l'attentat, Roch Christian Kaboré avait alors déclaré sur Twitter : “J'appelle le peuple Burkinabè à rester toujours debout dans cette lutte de longue haleine contre le terrorisme. Le Burkina Faso ne cédera pas une partie de son territoire, dussions-nous tous y laisser notre vie”.

“Les attaques jihadistes contre les cibles militaires au Burkina Faso comme ailleurs dans le Sahel visent d’une part à montrer leur puissance de feu, mais c’est aussi une façon de se ravitailler en armes et en minutions. Ce type d’attaques intervient parfois en prélude à des attaques plus larges’’ a expliqué Lori-Anne Theroux-Bénoni, directrice de l’Institut d’études pour la sécurité (ISS), basé au Sénégal lors d'une interview à France 24.

Nouvelle provocation

Ces dernières attaques sont une provocation des groupes jihadistes à l’encontre de la force conjointe du G5 Sahel, qui peine à gagner en efficacité, bien qu'à terme, elle soit vouée à compter 5 000 militaires. L'attentat au Burkina Faso rappelle surtout la débacle de la force régionale, lorsque l’un de ses trois postes de commandement installé au centre du Mali, dans la région de Mopti, avait été détruit en juin 2018 par des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) du terroriste touareg Iyad ag-Ghali. 

Elle met surtout en lumière la difficulté à lutter contre les groupes jihadistes sur un territoire désertique cinq fois plus grand que la France. Et le G5 Sahel attend toujours les contributions financières  à son fonctionnement, évaluées à 400 millions d'euros, promises par la communauté internationale depuis sa création en 2014. 

En mars, le général mauritanien Ould Sidi, alors aux commandes de la force militaire, avait sonné l’alarme. Il déplorait le manque de moyens à l’issue d'une réunion ministérielle à huis clos organisée par la France avec les membres du Conseil de sécurité. “On est à plus de 4 000 hommes mais les équipements majeurs manquent encore et tardent à se mettre en place. On attend toujours des moyens qui tardent à venir.”

Il semble avoir été entendu. Bien que l’appui reste insuffisant, l’Union européenne a annoncé en juillet à Ouagadougou, une aide de 138 millions d’euros, qui doit permettre de renforcer les capacités militaires du G5. Un appui tout de même essentiel puisque, selon André Bourgeot, chercheur émérite au CNRS, contacté par France 24, “les armées nationales n’ont pas été particulièrement formées à ce type de conflits”. Mais, nuance-t-il, à leur décharge : “L’opération Barkhane pilotée par la France n’a pas non plus été un succès. Et les groupes jihadistes se disséminent vers les pays côtiers”.

>> À lire aussi : au Burkina Faso, "les jihadistes attaquent l’armée pour se ravitailler en armes et munitions"

“Les groupes jihadistes ont démontré leur capacité à s’adapter justement à la riposte des dispositifs qui sont mis en place et généralement à les contourner”, explique William Assanvo, chercheur à l’ISS, contacté par France 24. “Ils sont extrêmement mobiles et se déplacent dès lors que les dispositifs sécuritaires sont renforcés à un endroit donné” ajoute le chercheur. Au Burkina Faso, la menace terroriste s’est déplacée du nord vers l’est du pays. Alors qu’au Mali, elle s’est déplacée vers le centre. 

Nexus sécurité-développement

Lori-Anne Theroux-Benoni, directrice de l’ISS, fait le constat que le volet militaire du G5 Sahel a pris le dessus sur les autres axes de l’initiative régionale qui donnent la priorité au développement et la gouvernance. “Les armées sont impuissantes face à une menace asymétrique. Il ne faut donc pas chercher la solution uniquement dans l’action des forces de défense et de sécurité mais dans la façon dont on pense la gouvernance étatique de façon beaucoup plus large”, analyse-t-elle.

Dans une étude publiée, en mars 2019, par la Fondation pour la recherche stratégique, le chercheur Nicolas Desgrais expliquait que “contrairement à une idée répandue depuis le lancement médiatique de la Force conjointe du G5 Sahel, la priorité était mise sur le développement”. Et c’est normalement “sur sa capacité à opérationnaliser un nexus sécurité-développement, idolâtré par les bailleurs extérieurs, que le G5 devrait être jugé”. Le G5 Sahel doit donc engager ‘’urgemment les réformes qui lui permettront de consolider et de préserver sa légitimité en tant que cadre de coordination régionale interétatique” ajoute-t-il.

“Il faut remettre les choses dans leur contexte. Cette force fait face à des problèmes de financement qui limitent ces actions. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle règle seule le problème. L’outil militaire est juste censé apporter la sécurité dans les zones où le développement, la résilience, les infrastructures, la gouvernance doivent être renforcés” renchérit Lori-Anne Theroux-Bénoni.

Emmanuel Macron l’a-t-il compris en initiant avec Angela Merkel l’Alliance Sahel et en mobilisant plusieurs autres partenaires à Biarritz ? Selon une note du Quai d’Orsay, les bailleurs regroupés au sein de l’Alliance Sahel doivent financer plus de 600 projets dans les pays de la région, pour un montant total de neuf milliards d’euros.

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