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À la veille du G7 à Biarritz, Oxfam dénonce le "cynisme" des pays les plus riches

Photographie prise au Poste de commandement interministériel à Biarritz où aura lieu, du 24 au 26 août, le sommet du G7.
Photographie prise au Poste de commandement interministériel à Biarritz où aura lieu, du 24 au 26 août, le sommet du G7. Iroz Gaizka, AFP

Le sommet du G7 se tiendra à partir de samedi à Biarritz sur le thème de "la lutte contre les inégalités". Un choix "cynique" selon l’ONG Oxfam, qui reproche aux puissances d’être les "champions de l'aggravation des inégalités".

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Selon Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, Emmanuel Macron a fait preuve d’un "cynisme à toute épreuve" en plaçant le G7 sous le signe de la lutte contre les inégalités. "Dans la tendance  à l’accumulation extrême des richesses, les pays du G7 sont les rois" accuse-t-elle.

C'est la France qui a choisi le thème de la lutte contre les inégalités comme priorité pour le prochain sommet du G7, qui aura lieu du 24 au 26 août à Biarritz.

Pourtant, Oxfam estime que les pays du G7 – les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon – qui concentrent 45 % des richesses du globe, tout en ne représentant que 10% de la population mondiale, ont davantage "encouragé le développement d’un système inégalitaire qui permet aux multinationales et aux ultra-riches de contrôler les décisions politiques en leur faveur".

Fossé entre riches et pauvres

"Les inégalités de revenus se sont aggravées dans tous les pays du G7 depuis les années 1980", affirme Oxfam, expliquant que "les 20 % les plus pauvres de la population des pays du G7 ne touchent, en moyenne, que 5% du total des rémunérations, tandis que les 20 % les plus riches en perçoivent environ 45 %."

Des inégalités au sein de chacun des États qui, selon Bertrand Badie, professeur émérite des Universités de Sciences Po Paris et politiste spécialiste des relations internationales interrogé par France 24, sont directement liées à une économie néolibérale et de marché qui, par sa dynamique, crée et aggrave les inégalités. "À partir du moment où cette politique de redistribution ne se fait pas, les inégalités se mettent à augmenter à grande vitesse", affirme-t-il.

Celui-ci explique également que la mondialisation s’est traduite par "un appauvrissement des classes moyennes au sein des anciennes grandes puissances", et singulièrement des puissances occidentales, "d’où ce réflexe anti-mondialisation, sur lequel surfe notamment Donald Trump pour imposer sa vision critique de l’ordre mondial tel qu’il est".

Il y a deux ans, lors du sommet du G7, organisé en Italie en 2017, une déclaration appuyant la nécessité de réduire ces écarts avait déjà été faite, débouchant sur le programme politique de Bari sur la croissance et les inégalités. Aucune mesure concrète, aucun engagement, aucun plan visant à apporter de véritables changements n’ont pourtant été pris depuis, déplore Oxfam, qui ajoute que du fait de la stagnation et de la baisse des salaires, "la part de travailleurs et travailleuses des pays du G7 qui pourraient se retrouver pris au piège de la pauvreté n’a fait qu’augmenter ces dix dernières années".

La direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique à l’échelle communautaire, Eurostat, révèle en effet que ceux-ci représentent 9 % de la population en Allemagne, plus de 7 % en France, 12 % en Italie et près de 9 % au Royaume-Uni.

"Malgré cela, (…) ce groupement des économies les plus avancées de la planète ne parvient pas à prendre des mesures concluantes pour combler le fossé entre riches et pauvres", regrette Oxfam, qui affirme par ailleurs que la fortune des plus aisés joue un rôle d’influence sur l’élaboration des politiques au niveau national voire international.

Inégalités mondiales

Selon ses calculs, fondés sur le classement The World’s Billionaires de Forbes (2018), 926 milliardaires vivaient dans les pays du G7 en 2018, soit 40 % du total mondial.

"La mondialisation est en train de mettre à jour un système social mondial qui n’existait pas préalablement et qui, parce que le monde est globalisé, met en évidence des écarts énormes", explique Bertrand Badie. "Il y a la question des inégalités au sein de chacun des États du monde, mais ce dont le G7 doit se saisir, c’est la question des inégalités à l’échelle mondiale", poursuit-il, affirmant que ces inégalités mondiales constituent le principal enjeu contemporain des relations internationales.

"C’est la raison pour laquelle, de manière fragile et contestable, la présidence française a invité un certain nombre de pays en développement à être présent à ce sommet du G7", ajoute-t-il, en référence aux huit États non membres du G7 invités, de manière inédite, au sommet de Biarritz.

Huit États, dont cinq pays africains. L’Afrique du Sud, l’Australie, le Burkina Faso, le Chili, l’Égypte, l’Inde, le Sénégal et le Rwanda ont été invités par la France à participer au G7. "C’est en travaillant avec tous que le G7 luttera contre les inégalités !", a tweeté France G7 sur son compte officiel.

Abolir les mesures discriminatoires contre les femmes

Parmi les inégalités dont il est question, outre celles entre les plus riches et les plus pauvres, demeurent les inégalités entre les sexes. À la lecture des chiffres du McKinsey Global Institute (2019), utilisés dans le document publié par Oxfam, il apparaît que, bien que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes se soit comblé depuis l’an 2000, en 2017, les femmes des pays du G7 gagnaient encore en moyenne 14 % de moins que les hommes.

Reprenant les études effectuées par Living Wage Foundation, mais aussi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Oxfam rappelle dans son document "Les sept péchés capitaux du G7", qu’au Royaume-Uni, près du tiers des femmes exerçant une activité professionnelle perçoivent un salaire ne leur permettant pas d'avoir un niveau de vie décent.

En France également, les femmes sont surreprésentées dans les métiers les plus précaires et les moins bien payés, et occupent les trois quarts des postes à temps partiel. En Italie, 33 % des femmes occupent ce type de postes, contre seulement 9 % des hommes.

Au Japon, plus d'un million de femmes ont quitté leur travail pour se consacrer à l'éducation des enfants en 2017, pour seulement 13 000 hommes, et aux États-Unis, du fait de l'absence de législation régissant ce domaine, il est particulièrement difficile pour les deux parents de mener de front grossesse et activité professionnelle puisqu’il s'agit de l'un des seuls pays au monde ne disposant d'aucun congé parental payé pour les employé(e)s.

Aussi, dans son rapport, publié en amont du sommet du G7, le Conseil consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes, établi sous la présidence canadienne, demande aux États de "garantir le financement nécessaire à la mise en œuvre des lois et d’en faire un suivi à échéances régulières, ainsi que d’abolir les mesures discriminatoires contre les femmes qui persisteraient."

Justice climatique

Si la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique sont devenus des sujets inévitables, la France ne prévoit pas de grandes déclarations sur le climat. Emmanuel Macron a lancé un appel sur son compte Twitter pour que soit évoqués les incendies qui ravagent la forêt amazonienne. "Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence", a-t-il lancé.

Les pays présents devraient également signer la charte en faveur de la biodiversité, dévoilée lors du G7 des ministres de l’Environnement, début mai. Charte qui ne contient aucun engagement contraignant.

La crise climatique a pourtant une place de choix dans la problématique des inégalités mondiales. En effet, six des sept pays qui seront représentés à Biarritz (à l’exception de l’Italie) font partie, selon le site Internet Carbon Brief, conçu pour améliorer la compréhension du changement climatique, des dix pays émettant le plus de CO².

"Il est évident que les principales victimes de la crise climatique et des gaz à effet de serre sont les pays les plus pauvres", affirme Bertrand Badie, pour qui celle-ci représente une face réelle et importante des inégalités. "D’autant plus importante qu’évidemment, le moment où ces émissions coupables se produisent en plus forte quantité, c’est dans les phases actives de développement et d’industrialisation", ajoute-t-il. "Les pays les plus riches sont sortis de cette phase, les autres n’y sont pas entrés. On peut donc considérer qu’ils ont déjà un handicap par rapport aux pays riches et qu’ils paient ce handicap en ayant à supporter, par ailleurs, la surconsommation en énergies fossiles telle qu’elle se fait dans les pays les plus riches."

En 2015, un rapport d’Oxfam, sur les inégalités extrêmes et les émissions de CO², affirmait déjà que près de la moitié des émissions mondiales provenant de la consommation peuvent être attribuées aux 10 % de personnes les plus riches du globe. De ces émissions, 77 % sont générées par les 10 % les plus riches des pays du G7, la moitié la plus pauvre de l'humanité n’étant, quant à elle, responsable que de 10 % des émissions à l'échelle mondiale.

"Même si ce sont elles qui contribuent le moins au changement climatique, les personnes les plus pauvres sont les plus exposées à des événements climatiques extrêmes et imprévisibles", regrette Ofxam.

Avec AFP

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