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Le "Fashion Pact", avancée environnementale ou opération de communication ?

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Photo d'illustration ANGELA WEISS / AFP

Lancé lundi au sommet du G7 à Biarritz, le "pacte de la mode" réunit 30 acteurs du secteur qui se fixent des objectifs écoresponsables. Toutefois, aucune obligation de résultat n'est imposée et les ONG dénoncent un "écran de fumée".

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Pour Emmanuel Macron, c'est la première "coalition d'actions pour le textile". Lancé lundi 26 août au dernier jour du sommet du G7 à Biarritz, le "Fashion Pact", ou pacte de la mode en français, réunit 30 grands groupes du secteur qui promettent de s'engager dans une démarche durable.

En réalité, l'origine du "Fashion Pact" remonte au mois d’avril. À l’occasion du Fashion Summit de Copenhague, le président français avait demandé à François-Henri Pinault, patron du groupe de luxe Kering, de créer cette coalition "responsable". Depuis, 147 marques détenues par 30 grands groupes ont rejoint l'initiative. Parmi les signataires, on retrouve de célèbres enseignes de luxe – Kering, Burberry, Chanel, Hermès –, mais également des marques grand public, comme Gap, H&M, Carrefour, La Redoute ou encore Galeries Lafayette.

L’un des secteurs les plus polluants au monde

Principaux objectifs du "Fashion Pact" : atteindre zéro émission nette de CO2 d’ici 2050, et passer à 100 % d’énergies renouvelables sur la chaîne d’approvisionnement d’ici 2030. Car si le marché de la mode est l’une des industries les plus lucratives – avec un chiffre d'affaire de près de 1 500 milliards d'euros annuel mondial –, il est également l’une des plus polluantes. Selon un rapport de la Fondation Ellen MacArthur paru en 2017, la production mondiale de textiles serait responsable de l’émission de 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit davantage que les transports aériens et maritimes réunis. Mais la mode est aussi à l’origine de 20 % de la pollution de l’eau d’origine industrielle, 35 % des rejets de microplastiques dans les océans et 22,5 % de l’utilisation des pesticides dans le monde.

La coalition du "Fashion Pact" repose sur 16 axes stratégiques, inscrits dans trois champs d’action prioritaires : le respect de la biodiversité, la protection des océans et la limitation de l’impact climatique. Chaque marque impliquée sera cependant libre de choisir sa stratégie d’action. Elle pourra par exemple décider d’éliminer le plastique à usage unique, ou bien de ne plus s’approvisionner auprès de fermes pratiquant l’élevage intensif.

Si les groupes devront rendre des comptes chaque année au sujet de leurs avancées, aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect du pacte. Le ministère français de la Transition écologique espère que "les influenceurs sur les réseaux sociaux et les ONG très vigilantes sur le décalage possible entre les discours et les actes" pousseront les marques à honorer leur engagement.

"Un écran de fumée" selon les ONG

Un projet loin de convaincre les ONG, grandes absentes de l'initiative. "Ce n’est pas étonnant que nous n’ayons pas été consultées, car c’est un écran de fumée de la part du secteur qui est la source même du problème", explique à France 24 Clément Sénéchal, porte-parole politique climatique de Greenpeace : "Ces entreprises privées n’ont rien à faire dans un sommet mondial, c’est à la puissance publique de prendre des décisions et d’imposer les lois". Pour lui, le "Fashion Pact" est un "projet flou, sans aucune lisibilité ni redevabilité"de la part des signataires. "C’est de la diplomatie à la carte, où les acteurs n’ont pas besoin de rendre des comptes."

Du côté du Fonds mondial pour la nature (WWF), même son de cloche : "S'il s'agit de vendre toujours plus en mettant des énergies renouvelables, ça ne suffira pas", explique à l'AFP Pierre Cannet, codirecteur des programmes de WWF France. "Il faut revoir le modèle, réduire la production, faire des vêtements utilisables plus longtemps, qui n'émettent plus de microplastiques quand on les lave."

De son côté, Thomas Ebélé, cofondateur de la plateforme d’information sur la mode écoresponsable SloWeAre, pointe du doigt d’autres manquements du pacte. "Le projet est très orienté vers le climat, alors qu’il est également indispensable de considérer l’humain", affirme-t-il à France 24. "On aimerait qu’il y ait une identification claire et obligatoire de la composition des vêtements, mais aussi que la transparence soit faite autour des conditions de travail et de rémunération de la main d’œuvre". Pour lui, "ce n’est pas un projet négatif, mais il n’est pas suffisamment positif".

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