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Amazonie : le Brésil n'acceptera l'aide du G7 que si Macron "retire ses insultes"

Le président français Emmanuel Macron à Bruxelles le 30 juin 2019, et son homologue brésilien Jair Bolsonaro à Brasilia le 16 janvier 2019.
Le président français Emmanuel Macron à Bruxelles le 30 juin 2019, et son homologue brésilien Jair Bolsonaro à Brasilia le 16 janvier 2019. Evaristo Sa, John Thys, AFP

Après avoir rejeté 20 millions de dollars offerts par les pays du G7 pour lutter contre les incendies en Amazonie, le président Bolsonaro a conditionné mardi cette aide au "retrait des insultes" d'Emmanuel Macron, alors que les feux continuent.

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Le président brésilien Jair Bolsonaro a dit accepter l'aide du G7 contre les incendies en Amazonie si son homologue français Emmanuel Macron, "retir[ait] [s]es insultes". La veille, lundi 26 août, Brasilia avait refusé ces quelque 20 millions de dollars, alors que les feux avançaient toujours dans la forêt tropicale, en dépit de l'intervention de l'armée.

"Monsieur Macron doit retirer les insultes qu'il a proférées contre ma personne", a déclaré à quelques journalistes le président brésilien, évoquant les accusations de son homologue selon lesquelles il avait "menti" sur ses engagements environnementaux.

"D'abord il m'a traité de menteur et ensuite, d'après mes informations, il a dit que notre souveraineté sur l'Amazonie était une question ouverte", a dit Jair Bolsonaro avant de rencontrer les neuf gouverneurs d'États d'Amazonie. L'ex-capitaine de l'armée et climatosceptique assumé évoque souvent "notre Amazonie" et a accusé le président Macron d'avoir une "mentalité colonialiste".

Lundi, son chef de cabinet avait déjà refusé l'aide du G7. "Nous remercions (le G7 pour son offre d'aide, NDLR), mais ces moyens seront peut-être plus pertinents pour la reforestation de l'Europe", a ironisé le chef de cabinet, Onyx Lorenzoni, sur un blog du portail d'information G1, une déclaration confirmée à l'AFP par la présidence brésilienne.

Escalade dans la polémique agressive

Emmanuel Macron avait annoncé une aide de 20 millions de dollars du G7 aux pays d'Amazonie. Elle devait servir notamment à envoyer des avions bombardiers d'eau et devait être allouée "immédiatement", selon le président français.

Loin de baisser le ton, le chef d'État brésilien a pris le parti de l'escalade dans la polémique agressive qui enfle de jour en jour entre le Brésil et la France, alors que les incendies en Amazonie ont provoqué une indignation internationale, mis son pays en difficulté et menacent un accord de libre-échange UE-Mercosur négocié depuis 20 ans.

"Avant de discuter et d'accepter quoi que ce soit de la France" Emmanuel Macron "doit retirer ses paroles et à partir de là, nous pourrons parler", a insisté le président brésilien. Interrogé sur ces déclarations, la présidence française n'a pas souhaité commenter.

Jair Bolsonaro a toutefois reçu le "soutien sans réserve" du président américain Donald Trump. "Il travaille très dur sur les feux en Amazonie et, à tous égards, fait un très bon boulot pour le peuple brésilien. Pas facile", a tweeté le locataire de la Maison Blanche.

Soudain changement de ton

Onyx Lorenzoni avait raillé Paris pour ne pas avoir pu empêcher, en avril, l'"incendie prévisible" de la cathédrale Notre-Dame, "patrimoine de l'humanité", "et il veut nous donner des leçons pour notre pays ?".

"Le Brésil est une nation démocratique, libre et n'a jamais eu de comportements colonialistes et impérialistes comme c'est peut-être l'objectif du Français Macron. D'ailleurs, avec un fort taux interne de rejet", a aussi affirmé Onyx Lorenzoni.

Avant ces déclarations, le ministre de l'Environnement, Ricardo Salles, avait pourtant estimé que l'aide proposée par le G7 était "bienvenue". Mais Jair Bolsonaro s'est ensuite réuni avec quelques ministres et son chef de cabinet a changé de ton.

"La situation est sous contrôle en Amazonie", selon Luis Fernando Serra, ambassadeur du Brésil en France

La situation serait "sous contrôle" et aurait "a été un peu exagérée", selon Brasilia

Le ministre brésilien de la Défense avait affirmé un peu plus tôt que les incendies étaient "sous contrôle". La situation "a été un peu exagérée", a ajouté Fernando Azevedo e Silva, qui a affirmé devant des journalistes à la sortie d'une réunion avec le président Jair Bolsonaro que le Brésil avait connu certaines années des "pics d'incendies beaucoup plus graves". Il a cependant pointé une situation "un peu préoccupante" dans trois États du pays, dont celui de Rondônia, frontalier de la Bolivie.

Emmanuel Macron a de son côté rencontré, lundi soir, le cacique Raoni, figure de la lutte contre la déforestation en Amazonie. Ce dernier l'a annoncé lors d'une conférence de presse à Bidart, près de Biarritz. "J'ai demandé au président Macron qu'il nous aide à préserver nos terres", a-t-il affirmé. "Il va convaincre les chefs d'État d'aider l'Amazonie avec les incendies et l'état critique de la forêt", a-t-il ajouté.

Difficultés respiratoires sur place

Sur le terrain, les nouveaux départs de feu ont encore progressé lundi, apportant un démenti à l'affirmation la veille du ministre de la Défense. Quelque 1 659 nouveaux départs de feu ont été recensés au Brésil par l'Institut national de recherche spatiale (INPE) en 24 heures. Au total, 82 285 feux de forêt ont été répertoriés au Brésil depuis le début de l'année, dont plus de la moitié en Amazonie.

À Porto Velho, capitale de l'État amazonien de Rondônia, un peu de pluie a allégé l'atmosphère très lourde ces derniers jours des fumées, qui ont conduit de nombreux habitants à consulter pour difficultés respiratoires.

Près de 2 500 hommes et une quinzaine d'avions, dont deux bombardiers d'eau C-130 Hercules étaient mobilisés en Amazonie contre ces feux touchant aussi gravement la Bolivie frontalière du président Evo Morales, qui a accepté l'aide internationale.

Avec Reuters et AFP

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