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Biodiversité, océan de verdure, "puits de CO2"... pourquoi il faut sauver l'Amazonie

Un troupeau pâture alors que la forêt amazonienne brûle en arrière-plan sur cette photo prise le 25 août près de Novo Progresso, au Brésil.
Un troupeau pâture alors que la forêt amazonienne brûle en arrière-plan sur cette photo prise le 25 août près de Novo Progresso, au Brésil. Joao Laet, AFP

La forêt amazonienne, en proie à de multiples incendies, permet de réguler les climats régionaux et mondiaux, en plus d'être un joyau de biodiversité. Sa destruction, même partielle, aurait de graves conséquences sur le réchauffement climatique.

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Depuis début août, l'Amazonie brûle sans discontinuer. Une catastrophe qui mobilise la communauté internationale, inquiète pour ce qui est souvent qualifié de "poumon vert" de la planète. La forêt amazonienne, ce joyau de diversité, permet en effet de réguler le climat et stocker le CO2. Si la déforestation avait été en partie contrôlée ces dernières années, l'arrivée au pouvoir du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, anti-écologiste notoire, a mis à mal des décennies d'efforts.

Que représente la forêt d'Amazonie ?

Le bassin amazonien abrite la plus grande forêt tropicale du monde, couvrant plus de cinq millions de kilomètres carrés. Mais environ 20 % a disparu au cours des 50 dernières années. Si 60 % de sa surface se trouve au brésil, l'Amazonie s'étend aussi en Bolivie, Colombie, Équateur, Guyane française, Guyana, au Pérou, au Suriname et au Venezuela.

En 2017, sur les quelque 160 000 km² de forêts tropicales perdus, 35 % se trouvaient en Amazonie et plus d'un quart au Brésil.

"Les forêts tropicales du monde sont en état d'urgence", déclarait récemment à l'AFP Frances Seymour, du World Resources Institute. "La santé de la planète est en jeu. Avec chaque hectare perdu, nous nous rapprochons du scénario effrayant d'un changement climatique galopant."

L'Amazonie compte également un nombre impressionnant d'espèces : 40 000 plantes différentes, 3 000 poissons d'eau douce, près de 1 300 oiseaux, 370 reptiles.

Elle est l'un des ultimes refuges du roi des forêts d'Amérique latine, le jaguar, mais aussi des dauphins roses, menacés d'extinction. Elle a encore bien des secrets à livrer puisque en 20 ans, 2 200 nouvelles espèces de plantes et de vertébrés y ont été découvertes.

Un régulateur climatique pour la planète

Les forêts du monde - et en particulier celles des tropiques - absorbent 25 à 30 % du dioxyde de carbone que l'humanité rejette dans l'atmosphère (les océans en absorbent 20 % de plus.) Sans ces "puits de CO2", la température à la surface de la Terre serait déjà beaucoup plus élevée et le risque d'un réchauffement planétaire rapide supérieur.

Par ailleurs lorsque la forêt est brûlée - généralement pour permettre la production de soja, d'huile de palme, de biocarburants ou l'élevage bovin - une partie du carbone qu'elle renferme est subitement libérée dans l'atmosphère et accélère le réchauffement planétaire.

En plus de capter et de stocker le carbone, les forêts influent également sur la vitesse du vent, les régimes pluviométriques et la composition chimique de l'atmosphère.

En revanche, il est inexact de dire que l'Amazonie est le "poumon de la planète", comme l'a fait Emmanuel Macron dans un tweet jeudi. Le président français écrivait également que cette forêt "produit 20 % de notre oxygène". Or, selon Jonathan Foley, directeur exécutif du projet Drawdown, ce serait plutôt de l'ordre "de 6 %, peut-être même moins".

"Il y a de nombreuses raisons de s'inquiéter des récents pics de déforestation en Amazonie - le carbone, le climat, l'eau, la biodiversité et les populations", a expliqué Jonathan Foley, directeur exécutif du projet Drawdown. "Mais l'oxygène, Dieu merci, n'est pas un problème dont nous devons nous inquiéter".

Des feux en nette augmentation ces dernières années

Quelque 150 000 incendies ont déjà ravagé l'Amazonie brésilienne cette année. C'est beaucoup mais c'est moins qu'en 2016. Entre 2002 et 2010, le nombre d'incendies en août a dépassé cinq fois les 200 000.  Mais la "saison des feux" n'atteint généralement son apogée qu'en septembre.

"Il semble qu'un grand nombre d'incendies en Amazonie se produisent sur des terres qui ont déjà été déboisées", notaient cette semaine Mikaela Weisse et Sarah Ruiz de Global Forest Watch, basé à Washington DC.

En Amazonie, quand une forêt est défrichée, les troncs sont emportés mais le reste de la végétation est brûlé sur place pendant la saison sèche, qui dure de juillet à novembre. Pour les terres agricoles, ou des prairies, la végétation et les mauvaises herbes sont également entassées, en attendant la saison sèche. C'est ce qui brûle en ce moment, expliquent les experts.

Selon des données de l'Institut national de recherche spatiale (Inpe), organisme brésilien qui observe par satellite l'évolution de la forêt tropicale, de 1988 à 2008 la déforestation a systématiquement dépassé les 11 000 km² par an, avec des pics supérieurs à 20 000 km2 à cinq reprises : en 1988, 1995, 2002, 2003 et 2004.

À partir de 2005, il apparaît toutefois une nette réduction des surfaces déboisées et, depuis 2008, la déforestation n'a jamais dépassé les 10 000 km², avec même un minimum historique de 4 600 km² en 2012. Une baisse notamment dûe à la mise en œuvre de politiques publiques volontaristes.

Paulo Moutinho, de l'Institut de recherche environnementale de l'Amazonie (Ipam), cite notamment "la création de zones protégées, les campagnes contre la déforestation illégale, avec la détention des responsables des déboisements, la création d'une liste noire des municipalités ayant le plus haut taux de déforestation (...) et le refus de crédits bancaires à ceux qui déforestent illégalement".

>> À voir aussi : La présidence Bolsonaro, une menace pour l'Amazonie ?

Il rappelle également que durant cette période, malgré le ralentissement de la déforestation, le Brésil a "accru sa production de viande et de céréales" sur des terres déjà utilisées par l'agriculture dans la région amazonienne.

Après une "augmentation progressive" de la déforestation constatée ces dernières années, l'arrivée au pouvoir en janvier du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, climato-sceptique assumé, a entraîné "un changement dans la vision du gouvernement", avec "un démantèlement des politiques publiques pour combattre la déforestation", souligne le chercheur.

Avec AFP

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