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Pourquoi le Japon veut s’imposer en Afrique

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, et le président de l'Union africaine et du président égyptien, Abdel Fattah al-Sisi, lors de la Conférence japonaise sur le développement de l'Afrique (TICAD), à Yokohama au Japon, le 28 août 2019.
Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, et le président de l'Union africaine et du président égyptien, Abdel Fattah al-Sisi, lors de la Conférence japonaise sur le développement de l'Afrique (TICAD), à Yokohama au Japon, le 28 août 2019. Toshifumi Kitamura, AFP

Le Japon ouvre, mercredi, la 7e édition de la Ticad, une conférence dédiée au développement du continent africain à Yokohama. L’occasion pour le pays de rappeler sa volonté de renforcer sa présence sur le sol africain, et d'y concurrencer la Chine.

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Le Japon à l’assaut de l’Afrique. L’archipel nippon accueille du 28 au 30 août la 7e édition de la Ticad (Tokyo International Conference on African Development), la conférence japonaise dédiée au développement du continent africain, dans la ville côtière de Yokohama. Organisée par l’ONU, la Banque mondiale et l’Union africaine, cette table ronde convie cette année le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, le Sénégalais Macky Sall mais aussi de personnalités du monde des affaires et de la société civile.

L’objectif ? "Faire progresser le développement de l’Afrique à travers les hommes, la technologie et l’innovation", selon le slogan affiché. Dans son discours d’ouverture, le Premier ministre Shinzo Abe a insisté, mercredi, sur l’urgence d’investir en Afrique, dont la croissance moyenne s’est élevée à 4,3 % par an entre 2000 et 2017. Tokyo devrait, entre autres, annoncer un prêt de 400 milliards de yens, soit 3,4 milliards d’euros, pour la construction d’éoliennes en Égypte et de centrales géothermiques au Kenya et à Djibouti.

Accès à l’électricité, aménagement des transports...

L’implantation nippone s’est confirmée ces dernières années, notamment en Afrique du Sud, au Kenya, en Égypte, au Ghana et au Nigeria. En 2018, l’archipel avait ainsi exporté 8,1 milliards de dollars de produits vers l’Afrique - contre 7,8 milliards en 2017 - et en a importé 8,9 milliards, portant principalement sur les matières premières (charbon, gaz du Mozambique, fer sud-africain…). Les investissements déployés par le Japon sur le continent africain ont d’abord visé à l’amélioration des services publics : accès à l’électricité, développement d’une couverture santé universelle, aménagement des transports urbains…

Mais pour consolider sa présence, Tokyo veut désormais développer une coopération dans le secteur privé, si possible avec l’aide d’industriels et d’investisseurs étrangers. Le développement des ressources humaines, la formation professionnelle et la croissance des petites et moyennes entreprises seront autant de sujets débattus durant la Ticad. "Le Japon peut nous aider à former nos jeunes, nous apporter des techniques, on peut travailler ensemble au moment où la Ticad est de plus en plus tournée vers le secteur privé", a souligné auprès de l’AFP, Amadou Hott, ministre de l’Économie du Sénégal.

"Un Graal diplomatique"

On dénombre aujourd’hui 796 entreprises japonaises en Afrique, à l’image du géant des transports Yamaha, ou celui de l’agroalimentaire Ajinomoto, contre 250 en 2010, selon Le Monde. Mais au-delà de l’intérêt économique évident, l’engagement du Japon sur le continent africain comporte également une visée géopolitique. "Tokyo cherche depuis des années le soutien des pays africains pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui constitue le Graal en termes de diplomatie", souligne auprès de France 24 Akiko Suwa-Eisenmann, directrice de recherches à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), spécialisée dans le commerce international.

Surtout, cet ambitieux plan d’investissement japonais montre une volonté de concurrencer l’éternel rival chinois. Même si l’enjeu reste de taille puisque depuis la première Ticad en 1993, le Japon a distribué 47 milliards de dollars sur le continent alors que la Chine y consacre 60 milliards... par an.

Une méfiance croissante envers la Chine

Difficile d’égaler la Chine sur le plan financier. Pour se démarquer, le Japon a choisi de mettre en avant la "qualité supérieure" de ses services. "Le Japon est dans une optique ‘low-profile’, moins intrusive que la Chine. Il ne cherche pas forcément à entreprendre de grands chantiers comme elle, mais mise sur des infrastructures de qualité, tout en formant et employant de la main d’œuvre locale, contrairement à son concurrent", précise encore la chercheuse.

Car pour rappel, l’ambitieux projet d'infrastructures "Nouvelles routes de la soie" lancé en 2013 par Pékin pour connecter l'Asie, l'Europe et l'Afrique à la Chine avait été accusé de favoriser les ouvriers chinois au détriment des économies locales et de ne pas tenir compte des droits humains et de l'environnement.

>> À lire aussi : La Chine à la croisée des "routes de la soie"

Ainsi, l’ambition japonaise en Afrique coïncide avec une méfiance croissante à l’égard de Pékin. Pour preuve, la Tanzanie a finalement refusé l’investissement chinois de 10 milliards de dollars proposé pour rénover un port dans la station touristique côtière de Bayamago. "Les projets développés avec des prêts chinois aux taux très avantageux sur le papier, peuvent aboutir à un endettement très lourd pour certains pays", pointe Akiko Suwa-Eisenmann. Djibouti, qui a massivement emprunté en 2015 auprès de la Chine pour financer des travaux de rénovation, a vu sa dette publique quasiment doubler en cinq ans pour atteindre 89% du PIB.

Un "pillage des ressources"

Enfin, les discours sur un partenariat "gagnant-gagnant" entre l’Afrique et la Chine ne rencontrent plus le même écho qu’autrefois. "L’avènement de Pékin sur le continent africain a participé à l'expropriation des richesses au détriment des populations. Certains parlent-mêmes de pillage des ressources naturelles, notamment du bois au Cameroun ou au Gabon", note la chercheuse. Autant d’éléments qui laissent à penser que le Japon pourrait à l’avenir s’imposer comme un redoutable concurrent face à la Chine sur le terrain africain.

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