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Les tensions montent entre Zagreb et Belgrade, gagnant les stades de foot

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Zagreb (AFP)

La police croate a annoncé mercredi avoir arrêté huit personnes soupçonnées d'avoir récemment agressé des Serbes dans un village, mais cet incident, le dernier de toute une série, a attisé les tensions entre Zagreb et Belgrade, gagnant les stades de foot.

Mercredi dernier, une dizaine de personnes encagoulées, armés de barres métalliques et de battes, sont apparues à la porte d'un café du village d'Uzdolje, près de Knin (centre).

Des clients de ce café, des Serbes comme son propriétaire, regardaient à la télé le match de la formation serbe l'Etoile rouge Belgrade contre l'équipe suisse des Young Boys. Elles s'affrontaient dans les barrages de la Ligue des champions.

"Vous regardez l'Etoile!", ont hurlé ces derniers, avant de semer le "chaos", a raconté le propriétaire du bar, Boris Petko, blessé ensuite à la tête et aux jambes.

Quatre autre personnes, dont son épouse, ont également été frappées. Les assaillants ont démoli l'intérieur du bar.

Une semaine après, la police croate a annoncé l'arrestation de huit suspects dans la région de Split (sud), sans davantage de détails.

Les représentants de la communauté serbe, qui compte pour environ 4% des 4,2 millions d'habitants de la Croatie, avaient aussitôt dénoncé "un crime haineux" et brandi une liste d'une douzaine d'agressions ayant visé leur communauté depuis le début de l'année.

- "pas une attaque spontanée" -

"Ca n'a pas été pas une attaque spontanée, mais bien organisée (...) Les attaquants savaient que surtout des Serbes s'y rassemblaient", a dénoncé le chef de la communauté serbe de Croatie et député au Parlement croate, Boris Milosevic.

Les élus de la minorité serbe font partie de la coalition au pouvoir dirigée par le HDZ (conservateurs).

Au lendemain de l'incident, le Premier ministre croate Andrej Plenkovic a demandé à la police de "tout faire pour retrouver et sanctionner les auteurs". "C'est évidemment un acte prémédité", a-t-il affirmé.

La présidente croate, Kolinda Grabar Kitarovic, en campagne pour les élections présidentielles d'automne et soutenue par le HDZ, a dit qu'elle se prononcerait après avoir reçu le rapport de la police. Un silence perçu par certains analystes comme un "message à ses électeurs de la droite".

A Belgrade, le président serbe Aleksandar Vucic a déclaré, après l'incident, qu'il était désormais "compréhensible" que "la majeure partie" des Serbes se soit "rebellée contre un tel régime", après la proclamation par la Croatie de son indépendance de la Yougoslavie en 1991. Le conflit (1991-95) qui a ensuite éclaté a fait quelque 20.000 morts.

Zagreb a qualifié ces déclarations d'"inacceptables" et accusé Belgrade de "relativiser la responsabilité serbe dans la provocation du conflit".

L'historien et analyste croate Dragan Markovina, déplore l'impossibilité de construire dans les Balkans "une vie civile normale et d'abandonner la rhétorique de guerre", et y voit une volonté "politique".

"Tant que les gens sont obsédés par le nationalisme et la guerre, vous pouvez adopter les lois que vous voulez, détruire l'industrie, usurper des zones publiques (...)", écrit-il dans une analyse des derniers développements, sur le site Telegram.fr.

- char et tracteur -

Les nouvelles tensions ont également gagné les stades de foot. Lundi, un groupe de supporteurs ultras de l'Etoile rouge ont exposé devant leur stade à Belgrade un char de combat hors usage et frappé de l'écusson du club. Il devait être "le point culminant de l'exaltation" avant le match retour contre les Young Boys.

La presse croate a crié contre une "provocation morbide de Belgrade". Dans le pays voisin, ce char a rappelé les bombardements par les forces serbes de la ville tristement célèbre de Vukovar (est) en 1991.

La réponse des supporteurs du Dinamo Zagreb ne s'est pas faite attendre longtemps: avant leur match retour contre Rosenborg, aussi dans les barrages de la Ligue des champions, ils ont garé un tracteur devant le stade.

Celui-ci devait symboliser la fuite de plus de 200.000 Serbes de Croatie, beaucoup d'entre eux sur des tracteurs, à la fin de la guerre.

"C'est le seul qui a survécu à 1995", s'est moqué un supporteur sur Facebook.

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