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Homophobie dans les stades : "Il est plus facile de fustiger le football que la société"

Une banderole brandie lors du match Nice-Marseille sur laquelle il est inscrit "OM : supporter un club LGBT pour lutter l'homophobie".
Une banderole brandie lors du match Nice-Marseille sur laquelle il est inscrit "OM : supporter un club LGBT pour lutter l'homophobie". Valery Hache, AFP

Un nouveau match de Ligue 1 a été interrompu en raison de chants et de banderoles homophobes. Face à ces provocations, les instances vont devoir trouver des solutions, notamment en termes de prévention, pour sortir de cet engrenage.

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Depuis le début de la saison de Ligue 1, les incidents se sont multipliés dans les stades français. Plusieurs rencontres ont été interrompues en raison de chants injurieux ou homophobes. Le dernier épisode en date a eu lieu lors du match Nice-Marseille, mercredi 28 août, à l'Allianz Riviera.

Depuis le printemps dernier, la possibilité, inscrite dans le règlement de l'UEFA, d'interrompre un match pour rappeler à l'ordre et intimer le silence à des supporters insultants, est devenue un ordre de la ministre des Sports française Roxana Maracineanu. Pressée par le gouvernement et défiée par les aficionados, la Ligue de football professionnel se retrouve en première ligne, mais affiche une tolérance zéro. Pour Dominique Crochu, première directrice de la Fédération française de football, responsable des nouveaux médias et cofondatrice de la startup Mixity, ces avancées sont positives, mais il ne faut pas non plus stigmatiser le football.

France 24 : Les incidents se sont multipliés récemment dans les stades. L'homophobie est-elle plus inhérente au monde du football que dans d’autres sports ?

Dominique Crochu : Je ne crois pas. On fait toujours porter tous les maux au football, alors qu’il n’y a pas de raison. La seule différence, c’est la caisse de résonnance qu’il représente. L’énorme médiatisation fait que quand quelque chose ne va pas, cela est amplifié. Dans d’autres sports, si les mêmes choses se produisent, vous ne le saurez pas, car les matches ne sont pas forcément télévisés. Je ne crois pas qu’il y ait plus d’homophobie ou de racisme dans le football. On ne peut pas généraliser pour 15 personnes qui montrent une banderole. La plupart des gens qui sont dans le stade n’ont pas envie d’être assimilés à ce public discriminant. C’est globalement un problème sociétal et il est plus facile de fustiger le football que la société. Il y a un effet de loupe.

D’autre part, le football a toujours l’air d’avoir tous les défauts alors qu’il faut quand même rappeler que c’est l’un des sports les plus inclusifs qui soit. On y trouve des origines sociales différentes, du multiculturalisme, du multigénérationnel ou des personnes souffrant de handicap. On oublie toujours que le football brasse un nombre incroyable de gens.

Que pensez-vous de la fermeté affichée par la Ligue et de la décision d’interrompre les matches en cas de comportements injurieux ?

Je trouve cela très bien. C’est indispensable. C’est une façon de prendre conscience du problème. C’est un pas important car c’est la première fois que les matches sont arrêtés. On voit bien qu’il y a une volonté de la Ligue professionnelle et des instances de progresser sur ce terrain. Si on pense au racisme, on voit bien que les choses qui ont fonctionné ce sont les sanctions.

Ce qui m’étonne, en revanche, c’est de voir qu’à une époque où l’entrée des stades est vraiment contrôlée, où vous ne pouvez pas rentrer avec une bouteille fermée, de telles banderoles arrivent à y pénétrer ? Je trouve que c’est vraiment la base et que ce serait une chose simple à régler. C’est surprenant qu’on ne se pose pas plus la question.

Certains supporters affirment que leurs insultes ne sont pas spécialement homophobes et que cela fait partie de la tradition. Que leur répondez-vous ?

Je pense qu’ils n’ont pas conscience de ce que cela veut dire. La grossièreté n’est pas plus acceptable qu’autre chose. On a l’impression d’assister à une escalade, à celui qui va sortir la banderole la plus drôle, alors que cela ne l’est pas. Ce n’est pas une façon d’encourager son équipe que de lancer des injures. Les joueurs ont de toute façon besoin d’un message positif et d’être portés. Quand on soutient une équipe, on est là pour la pousser.

Il y a également une responsabilité des associations de supporters. Il faudrait faire plus de prévention contre les discriminations. Nathalie Boy de la Tour, la présidente de la Ligue de football professionnel, vient d’ailleurs d’annoncer une réunion, le 5 septembre, entre des associations de lutte contre l'homophobie et des associations de supporters. Il y a un travail de fond à faire. J’ai été ravie de voir le footballeur Antoine Griezmann faire la couverture de Têtu. C’est un geste fort. Il n’y a pas plus inclusif que de dire que les homosexuels sont des gens comme vous et moi et qu’il n’y a pas de problème. On doit tous faire quelque chose pour qu’il y ait plus d’inclusion. C’est une évolution générale de la société.

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