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Le "Grenelle des violences conjugales" de Marlène Schiappa sous le feu des critiques

Présentation d'un "guide de l'action publique" contre les violences conjugales, en novembre 2004, à Troyes.
Présentation d'un "guide de l'action publique" contre les violences conjugales, en novembre 2004, à Troyes. Alain Julien, AFP

Aux 99 féminicides enregistrés depuis le 1er janvier en France, Marlène Schiappa répond par l’ouverture d’un Grenelle des violences conjugales mardi. Mais déjà les critiques s’abattent sur l’initiative gouvernementale.

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À peine évoqué et déjà critiqué. Marlène Schiappa a annoncé, jeudi 29 août, le lancement d’un Grenelle pour agir contre le fléau des violences faites aux femmes. Mais la mesure est déjà contestée au sein même des féministes.

Soucieuse de mettre fin à l’effrayant décompte de féminicides en France, la secrétaire d’État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes va en effet donner le coup d’envoi d’un "Grenelle des violences conjugales" mardi, à Matignon. Sur le papier, l’opération doit déboucher sur des mesures immédiates et des moyens accrus.

Plus largement, le gouvernement veut faire reculer les violences physiques ou sexuelles dont sont victimes quelque 220 000 femmes chaque année dans un cadre conjugal, selon les données officielles. Le ministère de l'Intérieur a recensé 121 féminicides en 2018, soit un assassinat tous les trois jours, selon l'association "Féminicides par compagnons ou ex".

L’équipe gouvernementale en renfort

Pour assurer la communication, toute l’équipe gouvernementale ou presque se mobilise. À commencer par le Premier ministre Édouard Philippe, Nicole Belloubet à la Justice, Christophe Castaner à l’Intérieur, Jean-Michel Blanquer à l’Éducation, Julien Denormandie au Logement, jusqu’à Adrien Taquet à la Protection de l'enfance. Le ministère de l’Égalité homme-femme promet même des "annonces fortes" dès le premier jour du Grenelle. Cette concertation sera aussi déclinée en 91 Grenelle "locaux" selon Marlène Schiappa.

Mais ce grand rendez-vous,auquel sont conviées de nombreuses associations, n’est pas du goût de tous. Ou de toutes. De nombreuses militantes féministes dénoncent un criant manque de moyens. Le collectif #NousToutes estime notamment qu’il faudrait un milliard d'euros pour mieux prévenir les violences faites aux femmes. Bien loin du "fonds spécial" d’un million d'euros d’ores et déjà annoncé jeudi par Marlène Schiappa à destination d'"associations de terrain". "Cela n'a pas grand sens de faire une grande réunion de trois mois pour parler de solutions qu'on a depuis dix ans", a taclé Caroline De Haas, membre du collectif #NousToutes qui, non-constitué en association, ne participera pas à l'événement.

"On fait des Grenelle pour tout, mais des Grenelle vides"

"On a l'impression qu'il y a une inflation de communication, une inflation de mots pour masquer la réalité qui est une pénurie totale de moyens pour faire face à ces défis" de la lutte contre les violences faites aux femmes, a critiqué Clémentine Autain, invitée du "8h30 franceinfo", jeudi 29 août. "Maintenant on fait des Grenelle pour tout, mais des Grenelle vides", estime la députée La France insoumise de Seine-Saint-Denis.

Et de poursuivre, "le budget consacré aujourd'hui aux violences est totalement ridicule : 0,01 % consacré aux droits des femmes en France. On ne peut rien faire avec ça, a critiqué Clémentine Autain. Et ce gouvernement, particulièrement Marlène Schiappa, est spécialiste de faire des grandes annonces, de nous raconter qu'elle comprend la situation, mais tant qu'on est dans les clous de l'austérité budgétaire, il n'y a pas de priorité digne de ce nom qui se dégage."

"Le Grenelle est une façon comme une autre de ne rien faire", a conclu, lapidaire, la comédienne Eva Darlan lors d'un rassemblement tenu mercredi, sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris.

"Beaucoup d’espoir dans ce Grenelle"

Heureusement pour Marlène Schiappa, certaines associations voient l’initiative d’un bon œil. "Toute instance de consultation est utile et nécessaire", a considéré Françoise Brié, directrice générale de la Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF), qui souligne que des financements supplémentaires ont été apportés début juillet au numéro d'écoute 3919 opéré par son organisation.

Marie Cervetti, de l'association "FIT, une femme, un toit", place elle aussi "beaucoup d'espoir en ce Grenelle", et appelle à un "socle stratégique pour combattre les violences sexistes et sexuelles".

Qu’elles défendent l’initiative ou qu’elles la conspuent, les militantes féministes comptent bien profiter de cette initiative pour faire avancer les choses. Le groupe "Féminicides par compagnon ou ex" a appelé mardi à une "marche vers le Grenelle" pour faire connaître leurs revendications. D’autres militantes plus hostiles au projet ont elles aussi déjà prévu de descendre en nombre dans la rue le samedi 23 novembre, soit deux jours avant la clôture du Grenelle, pour dénoncer les manquements de l’action publique.

Une chose est sûre, le "Grenelle des violences conjugales" de Marlène Schiappa a bien été entendu.

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