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Cédric Villani, le caillou dans la chaussure d'Emmanuel Macron

Cédric Villani doit annoncer ses intentions pour les municipales 2020 le 4 septembre à Paris.
Cédric Villani doit annoncer ses intentions pour les municipales 2020 le 4 septembre à Paris. Joël Saget, AFP

Plus d'une centaine de personnes, dont des proches d'Emmanuel Macron, appellent Cédric Villani à maintenir sa candidature à la mairie de Paris. Celle-ci mettrait à mal la stratégie du président et de La République en marche pour les municipales 2020.

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Ira ? Ira pas ? Le célèbre mathématicien et député de l’Essonne, Cédric Villani, doit s’exprimer le 4 septembre au sujet de son éventuelle candidature à la mairie de Paris. Alors que l’ancien porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a été officiellement investi par La République en marche (LREM) contre Cédric Villani, l’entourage de celui-ci laisse entendre qu’une candidature dissidente est sur les rails. Et samedi 31 août, dans la soirée, ce sont de nombreuses personnalités, dont les économistes proches du président de la République Philippe Aghion et Elie Cohen, qui l'ont appelé dans une tribune publiée dans Le Parisien à maintenir sa candidature. Une situation qui risque de mettre en difficulté Emmanuel Macron et son mouvement.

En annonçant, quelques heures avant la Commission nationale d’investiture (CNI) de LREM, le 10 juillet, que Benjamin Griveaux lui avait été préféré pour mener la bataille des municipales à Paris, Cédric Villani avait vivement critiqué la méthode de sélection du candidat, estimant que "l’appareil de LREM" s’était éloigné de "l’esprit et [des] valeurs du mouvement imaginé par Emmanuel Macron". Puis, dans une interview donnée à Paris Match, le 21 août, il avait qualifié de "procédure viciée" la sélection opérée par la CNI.

Le choix des mots n’est pas neutre. En présentant comme antidémocratique le processus de sélection des candidats aux municipales, celui qui fut l’un des premiers soutiens médiatiques du candidat Emmanuel Macron rappelle l’un des fondements d’En marche ! en 2016 : faire de la politique autrement en partant de la base pour porter la société civile vers des mandats électoraux. Par ailleurs, comme l’ancien ministre de l’Économie, qui avait quitté le gouvernement de François Hollande pour se lancer dans la course présidentielle en revendiquant sa liberté et une prise de risque personnelle, le story-telling mis en place par l’équipe de campagne du vainqueur de la médaille Fields en 2010 est similaire.

"Cédric Villani, c’est ce qui fait l’ADN d’En marche, affirme un membre de son entourage, contacté par France 24. C’est une personnalité de la société civile, un homme libre qui n’avait jamais fait de politique auparavant, et qui a répondu à l’appel d’Emmanuel Macron pour les législatives 2017, justement pour tirer un trait sur les vieilles pratiques politiciennes. Or, là on se retrouve à Paris avec un candidat dont la désignation a été décidée à l’avance."

Une version contestée par la direction de La République en marche qui rappelle que tous les candidats ont été longuement auditionnés par la CNI et que le meilleur dossier l’a emporté. "Je peux témoigner qu’il n’y a pas eu d’entourloupe. La procédure et ses règles étaient connues à l’avance. Et ce qui est ressorti des auditions, c’est que Benjamin Griveaux était nettement mieux préparé que les autres", assure un membre du bureau exécutif de LREM, contacté par France 24.

Cédric Villani, par ailleurs, n'était pas totalement étranger à la politique lorsqu'il s'est présenté aux législatives en 2017 puisqu'il était à la tête du comité de soutien d'Anne Hidalgo en 2014.

La campagne de Benjamin Griveaux patine

Une candidature dissidente du député de l’Essonne mettrait un peu plus à mal la position de Benjamin Griveaux. Déjà en difficulté en raison de propos déplacés tenus à l’égard de ses rivaux sortis dans la presse en juillet, l’ancien porte-parole du gouvernement peine à faire décoller sa campagne, en dépit des récents soutiens de l’ancien candidat et ex-secrétaire d’État Mounir Mahjoubi et de la maire ex-LR du IXe arrondissement Delphine Bürkli. Or, le résultat à Paris déterminera en partie si les élections municipales de mars 2020 sont un succès ou un échec pour Emmanuel Macron et La République en marche.

Enfin, sur le terrain, les militants s’opposent entre pro-Villani et pro-Griveaux, les uns accusant le candidat officiel d’arrogance quand les autres jugent que le mathématicien manque de loyauté. Pour éteindre l’incendie, Benjamin Griveaux a proposé à Cédric Villani, le 23 août, de "copiloter" la campagne à ses côtés. En vain.

>> À lire : Municipales à Paris : un début de campagne en eaux troubles pour le candidat Griveaux

Dès lors, la question des conséquences pour LREM d’une candidature dissidente se pose. Beaucoup estiment que la présence de deux candidats se revendiquant du parti présidentiel offrirait un boulevard à la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo, pour sa réélection.

"Cédric est mathématicien, mais il faudrait qu'il soit bon calculateur. La division, c'est l'échec. Le rassemblement, c'est la victoire", a prévenu, le 26 août sur Europe 1, le président de l'Assemblée nationale et "marcheur" de la première heure, Richard Ferrand.

La gestion de l’affaire Griveaux-Villani, "un enjeu important" pour LREM

Au-delà du scrutin, c’est la gestion même du dossier Villani qui est explosive pour le président de la République. "Le vrai sujet qui nous préoccupe, c’est quelle réaction devons-nous avoir s’il se lance dans la campagne ?", reconnaît le membre du bureau exécutif de LREM interrogé par France 24. "Cette situation représente un enjeu important pour nous car si on ne fait rien, cela créerait un fâcheux précédent."

L’article 33 des statuts de La République en marche stipule qu’une candidature dissidente vaut exclusion du mouvement. Mais le chef de l’État peut-il se permettre d’exclure de son parti une personnalité internationalement reconnue comme Cédric Villani, qui bénéficie en outre, selon son entourage, de nombreux soutiens en interne et chez les militants ?

>> À lire : Au sein de LREM, la bataille Griveaux-Villani pour Paris fait rage

"On peut aussi penser qu’Emmanuel Macron attendra un peu avant de prendre une décision, qu’il regardera les sondages et qu’il finira par 'débrancher' Benjamin Griveaux", veut croire un proche du député de l’Essonne, pour qui tout est possible.

Seule certitude : Emmanuel Macron et La République en marche n’auront sur la table que des choix délicats en cas de candidature de Cédric Villani. D’autant que le président sera contraint de veiller à ne pas apparaître en première ligne, auquel cas l’opposition ne manquera pas de lui tomber dessus en l’accusant de se comporter en chef de parti.

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