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Élections en Allemagne : l’AfD victorieuse dans la défaite

Un supporter du mouvement populiste allemand Alternative für Deutschland (AfD) lors d'un rassemblement à Dresde, en Saxe, avant un scrutin test dans ce Land.
Un supporter du mouvement populiste allemand Alternative für Deutschland (AfD) lors d'un rassemblement à Dresde, en Saxe, avant un scrutin test dans ce Land. Hannibal Hanschke, Reuters

Le parti populiste allemand Alternative für Deutschland (AfD) n’a pas réussi à arriver en tête lors de deux élections régionales très suivies dimanche. Mais leur percée électorale bouscule encore un peu plus le paysage politique allemand.

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On pourrait appeler ça une défaite à la Pyrrhus. Le parti populiste allemand de droite radicale Alternative für Deutschland (AfD) reste aux portes du pouvoir dans les deux Länder de Brandebourg et Saxe après les élections régionales dimanche 1er septembre. Mais leur très bon score – plus de 20 % des suffrages dans les deux régions – brouille profondément les cartes du jeu politique allemand.

Coalitions bancales. Premier problème : comment diriger ces deux Länder ? Les deux partis victorieux – la CDU (chrétiens-démocrates) en Saxe, et le SPD (sociaux-démocrates) dans le Brandebourg – ont toujours exclu de former des alliances avec l’AfD. Mais il va être difficile de mettre en place un cordon sanitaire démocratique autour d’une formation arrivée en deuxième place avec plus de dix points d’avance sur le troisième.

La tâche devrait être particulièrement ardue en Saxe. Le ministre-président sortant du Land, Michael Kretschmer a deux ennemis politiques : l’AfD et les Verts, qu’il qualifie de “parti du non” pour leur supposée propension à s’opposer à tout. Mais ces derniers vont se révéler essentiels si la CDU veut éviter de gouverner avec les populistes.

Pour dégager une majorité au Parlement régional, le scénario le plus probable reste une alliance entre la CDU, le SPD et les Verts. Même si ces trois formations trouvent un accord pour éviter une crise institutionnelle, la cohabitation s’annonce explosive. Surtout que l’AfD, confortablement installée dans l’opposition, ne devrait pas hésiter à exploiter les moindres couacs d’une telle alliance.

Dans le Brandebourg, la situation est politiquement plus simple pour le ministre-président sortant Dietmar Woidke (SPD). Il peut arithmétiquement constituer un gouvernement régional à gauche toute, avec Die Linke (gauche radicale) et les Verts. Une configuration à trois qui a déjà fait ses preuves dans trois autres Länder allemands. Mais cette solution pose un problème démocratique : une telle alliance n’ignore pas seulement le deuxième de l’élection (l’AfD), mais également le troisième, la CDU.

L’AfD a d’ailleurs prévenu que le “combat ne faisait que commencer” pour que les voix des électeurs de l’AfD ne soient pas ignorées.

L’AfD la plus radicale ne fait plus peur. Ces scrutins régionaux ont aussi démontré que les électeurs en ex-Allemagne de l’Est n’hésitent pas à voter AfD, même si la tête de liste cache à peine ses sympathies pour une extrême-droite aux relents néonazis assumée. Andreas Kalbitz, qui a porté les couleurs de l’AfD dans le Brandebourg, a reconnu peu avant le vote s’être rendu en 2007 à un rassemblement de sympathisants néonazis à Athènes et avoir frayé, à la même époque, avec une organisation de jeunesse qui se plaisait à défiler en uniforme paramilitaire, tout en chantant les louanges des “jeunesses hitlériennes”.

Jörg Urban, tête de liste de l’AfD en Saxe, se revendique, quant à lui, ouvertement comme membre du “Flügel” (l’aile) qui est considéré comme le courant le plus extrémiste au sein de l’AfD, et se qualifie de “populaire et nationaliste”.

À ce stade, il est “difficile de dire si les électeurs ont voté pour ce parti en dépit de sa radicalité ou à cause d’elle”, résume le magazine Spiegel. Seule bonne nouvelle pour les opposants à l’AfD : ce succès risque de relancer la guerre des clans au sein de l’AfD entre les partisans d’une ligne plus politiquement correct et ceux qui veulent que le mouvement assume sa radicalité, explique la Süddeutsche Zeitung.

Berlin dans l’embarras. "La Grande coalition n’a plus d’avenir", le gouvernement "coincé au centre". Pour les principaux éditorialistes allemands, ces élections régionales risquent d’avoir de lourdes conséquences au niveau national.

La CDU se retrouve face à un dilemme idéologique : pendant plus d’une dizaine d’année, le parti d’Angela Merkel a bâti sa bonne fortune électorale en menant une politique qui oscillait entre le centre-droit et le centre-gauche. Le résultat en Saxe et dans le Brandebourg indique, qu’à l’est au moins, ce consensus centriste ne fait plus recette. De quoi donner des ailes à ceux qui, dans l’ombre de la nouvelle chef du parti Annegret Kramp-Karrenbauer, milite pour un durcissement à droite du discours de la CDU, estime la Süddeutsche Zeitung.

Les deux grandes formations historiques du pays – la CDU et le SPD – peuvent aussi se demander où se trouve leur avenir. Ils ne doivent leur salut électoral dans les deux Länder qu’au “vote de la vieille génération”, souligne le quotidien Die Welt. Les plus jeunes électeurs ont largement ignoré l’ancien clivage droite-gauche et leur vote s’est davantage porté sur l’AfD.

Une tendance qui risque de ne pas rester cantonnée aux Länder de l’Est. Pour Die Welt, les partis de la grande coalition ont intérêt à rapidement trouver un moyen de séduire les plus jeunes, sous peine de multiplier les déconvenues électorales et d’apparaître de plus en plus comme les partis des retraités.

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