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Les "thérapies de réorientation sexuelle" dans le viseur de l’Assemblée nationale

Les "thérapies de réorientation sexuelle" restent difficilement quantifiable en France.
Les "thérapies de réorientation sexuelle" restent difficilement quantifiable en France. Curto de la Torre, AFP

En cette nouvelle rentrée, deux députés planchent sur un texte visant à interdire les pratiques prétendant “guérir” l’homosexualité. Un phénomène difficilement quantifiable en France mais qui persiste, discrètement, à travers des "stages" religieux.

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Les "thérapies de conversion", bientôt interdites en France ? Aussi appelées "thérapies de réorientation sexuelle", ces pratiques qui prétendent changer l’orientation sexuelle de jeunes gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels pour les “réorienter” vers l’hétérosexualité font depuis cet été l’objet d’une mission d’information parlementaire.

À sa tête, Bastien Lachaud, élu de la France insoumise de Seine-Saint-Denis et Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée LREM de l’Allier. Les deux élus entendent déposer une proposition de loi d’ici début 2020, en vue de leur interdiction. Ce texte amené à évoluer au cours des prochains mois punirait toute pratique qui altère la santé physique ou mentale d’une personne de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, selon France Inter.

Pour l’heure, le projet est encore dans les cartons. La mission portant "sur les pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne" débute en cette première semaine de septembre un travail d’auditions à l’Assemblée, comprenant des associations LGBT, le CNEF (Conseil national des évangéliques de France) mais aussi des victimes de ces pratiques controversées.

"On prend la Bible au pied de la lettre"

Plus répandues aux États-Unis - 700 000 personnes de 18 à 59 ans auraient déjà été touchées, selon une étude du Williams Institute, un organisme de recherches américain - , ces "thérapies" restent difficilement quantifiables en France. Et même si elles ne mettent pas en œuvre des moyens médicaux (électrochocs, injections d’hormones…) comme c’est le cas outre-Atlantique, des militants LGBT tirent la sonnette d’alarme depuis des années sur les séquelles psychologiques que peuvent entraîner ces méthodes. Déjà en 2017, une pétition avait été lancée, réclamant l’interdiction de telles pratiques en France. Elle compte à ce jour plus de 92 000 signatures.

Vantées notamment en France par des groupes chrétiens et protestants évangélistes, ces "thérapies" reposent sur d’obscurs "stages" ou "séminaires" s’étalant sur plusieurs jours, mêlant groupes de paroles, lectures, prières et conduisant parfois jusqu’à l’isolement total de l’individu. Selon Anthony Favier, président de l’association LGBT catholique, David & Jonathan interrogé par France 24, ce phénomène s’est accru avec l’explosion du mouvement évangélique en France depuis quelques années. "C’est un mouvement moderne sur la forme mais très conservateur sur le fond, il n’y a pas d’interprétation des textes religieux, on prend la Bible au pied de la lettre, notamment en ce qui concerne la condamnation de l’homosexualité".

"Aucune démarche de manipulation"

Deux associations chrétiennes se trouvent notamment dans le viseur des députés : les mouvements “Courage” et “Torrents de vie”, dont la “dissolution” pourrait être envisagée, selon Laurence Vanceunebrock-Mialon. Sur leurs brochures, aucun travail thérapeutique n’est explicitement mentionné. “Torrents de vie” explique toutefois sur son site que “les confusions et les cassures de notre identité relationnelle et sexuelle nous conduisent dans le péché et nous rendent incapables d’aimer”.

Son "programme" vise ainsi à "aider les personnes chrétiennes à tendance homosexuelle, qui se sentent mal à l’aise dans leur identité, à trouver des ressources en Jésus". Moyennant 300 euros, la personne pourra suivre une semaine “de restauration” à la campagne, comme l’indique un de ses prospectus. Des "séminaires qui ne disent plus leurs noms, mais qui, sous le manteau, sont bien connus pour être liés aux ‘thérapies de conversion’", explique l’élue LREM, auprès de Têtu.

"Ces séjours sont proposés aux croyants adultes et volontaires afin d’entamer une réflexion sur leur identité sexuelle. Il n’y a aucune démarche de manipulation", défend auprès de France 24, le Conseil national des évangéliques de France (CNEF), qui compte parmi ses membres, l’association “Torrents de vie”. Et d’assurer : “On ne peut pas empêcher quelqu’un de réfléchir sur son identité, s’il souhaite le faire”.

Des "thérapies meurtrières"

Mais derrière le vernis bienveillant, ces séminaires seraient le théâtre d’une “propagande religieuse destructrice”, estime de son côté l’association de professionnels de la psychothérapie, PsyGay. “Ces mouvements considèrent que l’homosexualité conduirait vers la mort et serait synonyme de vice, de perversion. Or ce n’est pas le fait d’être homo qui tue, mais bien l’homophobie. Ces ‘thérapies’ sont alors tout aussi meurtrières. D’autant plus que beaucoup de jeunes homosexuels sont déjà dans une souffrance morale énorme”, explique Joseph Agostini, secrétaire de l’association à France 24.

Si un tel projet visant à pénaliser ces stages rencontre déjà un certain enthousiasme auprès des associations LGBT, certains avancent que le droit français, contrairement à celui d’autres pays, serait déjà suffisamment protecteur. Dans une tribune publiée dans Libération, Jimmy Charruau, docteur en droit public, précise que l’arsenal législatif français est déjà “riche d’incriminations susceptibles de condamner ces traitements (actes de barbarie, violences, harcèlement moral…)”, et peut “protéger les victimes de dérives provenant de groupes (sectaires, religieux)”.

>> À lire aussi : Thérapies pour "guérir" l'homosexualité : un inquiétant vide juridique en France

Reste l’importance de conscientiser le plus possible “des jeunes possiblement fragiles” sur les “dangers” de mesures prétendant "guérir" l’homosexualité, souligne encore l’association PsyGay. Si le projet de loi aboutit, la France rejoindrait les dix-huit États américains (Maine, New York…), qui ont déjà condamné ces pratiques, tout comme l’île de Malte en 2016. Signe que d’autres pays pourraient, à leur tour, aligner leur législation : le Parlement européen avait voté, en 2018, un texte appelant chaque État membre à interdire ces pratiques controversées.

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