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Hezbollah et Israël : la confrontation sert-elle l’agenda politique de Netanyahu ?

L'image d'un Benjamin Netanyahu comme garant de la sécurité d'Israël est de plus en plus constestée par ses rivaux politiques.
L'image d'un Benjamin Netanyahu comme garant de la sécurité d'Israël est de plus en plus constestée par ses rivaux politiques. Menahem Kahana, AFP

La confrontation entre le Hezbollah et l’armée israélienne, voire les tensions avec l’Iran, servent-elles les intérêts de Benjamin Netanyahu, en pleine campagne pour les législatives du 17 septembre ? La question se pose en Israël.

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La tension est retombée, lundi 2 septembre, entre le Hezbollah et Israël, après la violente confrontation de dimanche à la frontière israélo-libanaise, une semaine après une frappe revendiquée par le gouvernement israélien en Syrie, qui a tué deux membres du parti de Hassan Nasrallah. Le Hezbollah a également imputé à l'État hébreu une attaque de drones contre son bastion de la banlieue sud de Beyrouth, le 25 août, puis une nouvelle frappe le lendemain dans l'est du Liban.

Le spectre d’une nouvelle guerre, après celle de 2006, entre le mouvement chiite pro-iranien et l'armée israélienne, qui a répliqué dimanche à plusieurs tirs de missiles antichar du Hezbollah sur le nord d'Israël, s’est temporairement éloigné.

Toujours est-il que de plus en plus de voix s’élèvent en Israël pour reprocher au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui détient également le portefeuille de la Défense, d’instrumentaliser les tensions en cours au Moyen-Orient avec l’Iran et ses alliés régionaux à des fins électorales.

En pleine campagne pour les législatives du 17 septembre, le Premier ministre espère être reconduit à son poste, alors qu’il doit être entendu en octobre par le procureur général qui décidera de son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires. Or l’un des principaux axes de sa campagne consiste à le présenter comme l’homme fort qui garantit la sécurité à l’intérieur du pays et aux frontières, un thème cher à l'électorat de droite, qu’il courtise ardemment.

"Voilà ce qui arrive lorsque le Premier ministre fait de la politique aux dépens de la sécurité"

"De nombreux critiques affirment que toute cette campagne sécuritaire joue en faveur du Premier ministre, et lui permet d’éviter que les projecteurs soient braqués sur les affaires de corruption qui planent au-dessus de lui", rapporte Sami Sockol, correspondant de France 24 à Jérusalem.

Selon le quotidien Haaretz, il y a bien un consensus au sein des cercles de l’establishment sécuritaire israélien : Benjamin Netanyahu fait bien de prendre au sérieux la menace iranienne, et les mesures adéquates. Une menace qu’ils considèrent réelle à mesure que Téhéran avance ses pions au Moyen-Orient. Toutefois, ces cercles sont moins certains qu’il faille en faire la publicité, comme le fît le Premier ministre autour de la frappe menée en Syrie dans la nuit du 24 au 25 août. C’est cette transparence inhabituelle et cette profusion de détails sur l’opération qui ont fait apparaître les suspicions sur des considérations politiciennes et électoralistes de la part du Premier ministre.

Dimanche, un poids lourd de la scène politique israélienne, l'ancien ministre des Finances Yaïr Lapid, a directement accusé Benjamin Netanyahu de s’être écarté, à des fins électorales, de la politique d’ambiguïté de l’État hébreu qui, traditionnellement, ne communique que très rarement sur les opérations militaires dans les pays voisins.

"Les enfants du Nord [d’Israël] se retrouvent dans des abris à cause d’une seule raison : parce que Bibi [Netanyahu] a violé la politique d'ambiguïté, qui a été couronnée de succès, à cause des élections, a écrit sur son compte Twitter le député, également numéro 2 du parti d’opposition de Benny Gantz. Voilà ce qui arrive lorsque le Premier ministre fait de la politique aux dépens de la sécurité".

Interrogé par France 24, Kidrar Mordechai, spécialiste de la culture islamique à l’université Bar-Ilan et ancien membre des services de renseignement de l’armée israélienne, ne partage pas cet avis. "Si une guerre éclate, les élections seront reportées, et de nombreux Israéliens accuseront Benjamin Netanyahu d’en être le responsable, indique-t-il. Donc je ne pense pas qu’il y ait un rapport entre ces développements sécuritaires avec le Hezbollah et de quelconques calculs politiciens, car la situation actuelle, même si la confrontation avec l’Iran et ses affidés n’est pas nouvelle, est au-dessus de toute considération politique".

"Benjamin Netanyahu envoie des messages à l’opinion publique, tendant à démontrer que la situation est sous contrôle, sachant que ses principaux adversaires aux élections du 17 septembre font partie d’une liste de candidats composée de plusieurs anciens chefs d’état-major, avec à leur tête l’ex-général Benny Gantz, explique notre correspondant Sami Sockol. Alors pour ce scrutin, il doit se dépeindre comme un chef qui peut faire face à cette situation sécuritaire, et jusqu’ici les évènements jouent en sa faveur".

Nouvelle guerre ou représailles limitées ?

De l’avis des experts, malgré cette poussée de fièvre, aucune des deux parties ne souhaite s’engager dans un conflit de grande ampleur, se contentant de représailles limitées et bien calculées. Aucun conflit majeur n’a opposé Israël au Hezbollah sous les différents mandats de Benjamin Netanyahu qui, sur les 71 ans d'existence de l'État hébreu, a occupé le pouvoir un peu plus de 13 ans (de 1996 -1999, et sans discontinuer depuis de 2009).

"Si le Hezbollah en reste là, Benjamin Netanyahu pourra marquer des points supplémentaires en vue de l’élection", explique Sami Sockol. Une confrontation, deux gagnants ? Alors que le Premier ministre s’est félicité qu'Israël n'ait "même pas une égratignure" après l’attaque lancée par lemouvement de Hassan Nasrallah, ce dernier peut également se satisfaire, auprès de sa base, d’avoir tenu sa promesse de riposter sur le territoire israélien.

Selon le correspondant de France 24, le Premier ministre israélien pourra se targuer d'avoir répliqué durement à l’attaque du Hezbollah, puisqu’il a annoncé devant les médias que l’armée avait riposté avec 100 obus et des tirs aériens sur le Sud Liban, autre fief du parti chiite libanais.

De quoi redorer l’image d’un Benjamin Netanyahu garant de la sécurité, mise à mal depuis la reprise, mi-août, de tentatives d’infiltrations en Israël et de tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, un autre front. Ce qui lui vaut des attaques de la part de ses rivaux, comme Benny Gantz. "Un Premier ministre qui est sous le coup d’une enquête n’est pas en mesure de faire face au Hamas", a-t-il récemment tweeté.

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