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Brexit : défié au Parlement, Boris Johnson dépose une motion pour des élections anticipées

Le Premier ministre britannique Boris Johnson au Parlement le 3 septembre 2019.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson au Parlement le 3 septembre 2019. AFP

Les députés britanniques ont adopté, mardi soir, une motion pour obtenir un report du Brexit, prévu le 31 octobre. Un revers pour le Premier ministre Boris Johnson qui a répliqué en annonçant le dépôt d'une motion pour des élections anticipées.

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En cette rentrée parlementaire, le Premier ministre britannique Boris Johnson a perdu la main au Parlement, qui lui a infligé un cinglant revers. Les députés hostiles à un Brexit sans accord ont remporté un vote crucial leur permettant de prendre le contrôle de l'agenda parlementaire, normalement détenu par le gouvernement. Ils pourront ainsi présenter dès mercredi un texte de loi contraignant le Premier ministre conservateur à demander un report du Brexit au 31 janvier 2020 au cas où aucun accord de retrait ne serait trouvé avec Bruxelles.

"C'est la dernière chance pour le Parlement d'empêcher une sortie sans accord le 31 octobre", a souligné le député Oliver Letwin, à l'origine de ce bras de fer sans précédent avec l'exécutif.

Le texte a été adopté par 328 voix pour (301 contre). Les élus de l'opposition ont été rejoints par 21 Tories opposés à un "no deal" – dont Nicholas Soames, le petit-fils de Winston Churchill, ou l'ex-ministre des Finances Philip Hammond – qui ont soutenu la motion. Les rebelles seront expulsés du parti comme l'avait promis Boris Johnson.

Boris Johnson, qui est résolument opposé à un report, a aussitôt répliqué en annonçant le dépôt d’une motion pour des élections anticipées. "Je ne veux pas d'une élection, mais si les députés votent demain pour arrêter les négociations et appeler à un autre délai inutile du Brexit, qui pourrait durer des années, dans ce cas [une élection] sera le seul moyen de résoudre" la situation, a menacé Boris Johnson après le vote.

Journée noire pour Boris Johnson

"C’est une journée noire pour Boris Johnson qui perd son premier vote comme Premier ministre", analyse Hervé Amoric, correspondant de France 24 à Londres. "Boris Johnson souhaite convoquer des élections anticipées mais même cela, il n’a plus le pouvoir de le faire sans l’accord du Parlement, qui désormais a pris la main sur l’exécutif, ajoute le journaliste. Pour que Boris Johnson obtienne des élections, il faut que deux tiers des élus de la Chambre des communes votent en faveur de cette décision. Et pour l’instant, les membres de l’opposition ne sont pas prêts à rendre la main à Boris Johnson. D’abord, ils veulent aller au bout de leur loi qui va contraindre Boris Johnson à demander un report du Brexit au début de l’année prochaine s’il n’obtient pas d’ici le 19 octobre un nouvel accord avec l’Union européenne."

"C'est une journée noire pour Boris Johnson"

La semaine dernière, Boris Johnson avait décidé de suspendre pendant cinq semaines le Parlement, jusqu'au 14 octobre, déclenchant la fureur de nombreux députés qui y voyaient une manœuvre pour les "bâillonner".

Au moment même où Boris Johnson s'adressait aux députés, un élu de son parti, Phillip Lee, quittait les rangs conservateurs pour aller rejoindre les bancs des Libéraux démocrates, une formation europhile de l'opposition, lui faisant ainsi perdre sa majorité absolue d'une voix. Cela n'entraîne toutefois pas la chute du gouvernement qui ne peut être actée que par une motion de défiance.

Selon l'ONU, un "no deal" ferait perdre aux Britanniques 14,6 milliards d'euros d'exportations vers l'UE. Ce scénario est le cauchemar des milieux économiques, qui redoutent aussi une envolée de l'inflation, une chute de la livre, voire une récession.

Deux milliards de livres supplémentaires pour le Brexit

Près de Westminster, plusieurs centaines d'opposants au Brexit ont manifesté jusque tard dans la soirée pour "stopper le coup d’État". Ils dénonçaient la décision de Boris Johnson de suspendre le Parlement pendant cinq semaines, jusqu'au 14 octobre, et donc d'y réduire le temps des débats, y voyant une manoeuvre pour imposer sa vision du Brexit.

Jeremy Corbyn, le chef du Labour, la principale formation d'opposition, a fustigé devant les députés "un gouvernement sans mandat, sans morale et, à partir d'aujourd'hui, sans majorité". Il s'est dit prêt à des élections législatives.

Le gouvernement a dit souhaiter que le scrutin ait lieu mi-octobre, avant un sommet européen les 17 et 18 octobre à Bruxelles.

De son côté, le Trésor britannique a décidé de consacrer deux milliards de livres supplémentaires aux préparatifs du Brexit pour la période 2020-2021. Mais selon une porte-parole de la Commission européenne, Bruxelles attend toujours de recevoir des "propositions concrètes" de Londres.

Avec AFP et Reuters

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