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Il y a 80 ans, la "drôle de guerre" et ses 3 000 morts pour la France

Photo de la une du journal Paris-soir, annonçant la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, le 4 septembre 1939.
Photo de la une du journal Paris-soir, annonçant la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, le 4 septembre 1939. AFP

Il y a 80 ans, la France entrait en guerre contre l'Allemagne, deux jours après l'invasion de la Pologne. Une longue période d'attente allait débuter. Cette "drôle de guerre" a fait plus de 3 000 morts.

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Le 3 septembre 1939, deux jours après l’invasion de la Pologne, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne. Cette date marque le début de la "drôle de guerre". Jusqu’en mai 1940, l’armée française est dans l’attente. Au cours de cette période, plus de 3 000 soldats sont morts pour la France.

À l’occasion des 80 ans du début de la Seconde Guerre mondiale, l'association Le souvenir français organise un peu partout dans l'Hexagone des cérémonies pour rendre hommage à ces combattants devenus invisibles.

Pour France 24, l’historien militaire Michaël Bourlet, professeur d'histoire et de géographie, revient sur l’entrée en guerre de la France et sur la réécriture de cette période une fois la guerre terminée.

France 24 : Il y a beaucoup d'idées reçues concernant l'armée française de septembre 1939. On lui reproche un manque de préparation et de motivation. Dans quel état se trouvait-elle réellement ?

Michaël Bourlet : Dans la mémoire collective française, cette armée incarne l’une des plus grandes défaites militaires de la France. L’idée selon laquelle l’armée est mal préparée, peu motivée, mal équipée face à une Wehrmacht invincible, est une légende construite par Vichy. Il est plus facile d’avouer sa défaite face à une armée plus forte que plus faible ! Il est vrai que l’armée française connaît de nombreuses difficultés en 1939. Elle manque par exemple de réserves instruites à la déclaration de la guerre. Le rétablissement du service militaire à deux ans en 1935 n’a pas encore produit ses effets en 1939. Mais l’armée française a cependant des moyens et du matériel. Les budgets consacrés aux armées ne cessent d’augmenter depuis le milieu des années 1930, ce qui permet de rééquiper l’armée de l’air, de motoriser l’armée de terre et d’achever la ligne Maginot. En 1939, la flotte française est également la quatrième au monde. Elle s’est reconstruite au prix d’un effort considérable depuis le début des années 1930. En réalité, le problème est avant tout intellectuel. Le commandement ne parvient pas à adapter sa doctrine aux progrès techniques.

Comment se déroule la mobilisation à partir du début septembre 1939 ?

Les opérations de mobilisation et de concentration  de l’armée française se passent bien. Les Français répondent à l’ordre de mobilisation. L’idée selon laquelle les soldats mobilisés seraient partis à reculons, contrairement à ceux de 1914, est réductrice et simplificatrice. Les crises de la fin des années 1930 et l’attaque contre la Pologne ont fait évoluer l’opinion publique. Les Français sont déterminés à s’opposer aux exigences de l’Allemagne nazie. Les mobilisés sont dans ce même esprit en septembre 1939.

Le moral et l’état d’esprit sont donc plutôt bons à la mobilisation, mais dans les semaines qui suivent, la situation se dégrade en raison de la défaite polonaise et surtout de l’inaction à l’Ouest. La stratégie d’attente adoptée par le haut commandement est mal expliquée aux troupes et elle entraîne une fracture du moral. Cette "dépression d’hiver" touche de nombreuses unités et elle prend la forme d’indiscipline, d’alcoolisme et de vandalisme.  Seules les meilleures unités – régiments de forteresse de la ligne Maginot, troupes chargées d’opérer en Belgique, etc. – sont épargnées par cette dépression. Pour endiguer cette baisse du moral, les autorités militaires réagissent en organisant des conférences appelées "causeries", en augmentant l’offre de divertissement (sport, théâtre, etc.) et en remettant les hommes au travail à défaut de les faire combattre (construction de fortifications de campagne, détachements agricoles etc).

Des réservistes et leurs familles patientent avant d'être enregistrés lors de la mobilisation, le 2 septembre 1939, à Paris
Des réservistes et leurs familles patientent avant d'être enregistrés lors de la mobilisation, le 2 septembre 1939, à Paris. AFP

Pourquoi cette période s'appelle-t-elle "la drôle de guerre" ?

À la déclaration de la guerre en septembre 1939, les populations des pays en guerre s’attendent à de gigantesques batailles provoquant des hécatombes et des destructions considérables comme en 1914. Pourtant, à la surprise générale, il n’y a aucune grande offensive et dès l’automne 1939, les Français parlent de "drôle de guerre". L’expression serait de Roland Dorgelès [un écrivain et ancien poilu, NDLR]. Les Français ne sont pas les seuls à être surpris. Les Britanniques parlent de la "Bore War" [guerre de l’ennui, NDLR], alors que les Allemands qualifient cette période de "Sitzkrieg", littéralement "guerre assise". La ligne Siegfried fait face à la ligne Maginot, aucune armée n’a l’intention d’attaquer.

Pour l’Allemagne, avant d’attaquer à l’Ouest, il faut mettre un terme à la campagne de Pologne et réorganiser la Wehrmacht. Cette période permet aux Alliés de renforcer leurs moyens militaires. Les démocraties fondent leur action non pas sur un choc frontal mais sur une guerre longue et un épuisement économique de l’Allemagne. Cependant, dans l’immédiat, l’approvisionnement de l’Allemagne est assuré par l’Union Soviétique à la suite des dispositions du pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939. La "drôle de guerre" est donc une période d’attente rompue brutalement sur le front terrestre de l’Ouest, le 10 avril 1940 pour les uns avec le déclenchement de l’offensive alliée en Norvège, et le 10 mai 1940 quand les Allemands attaquent à l’Ouest pour les autres.

Cette période de guerre n’est pas drôle pour tout le monde. Les aviateurs livrent des combats acharnés dans le ciel européen. Les mers et les océans sont également le théâtre d’une lutte féroce comme le montrent plusieurs torpillages.  Enfin, sur terre, de petites escarmouches opposent armées allemande et française avant le lancement de l’offensive française dans la Sarre en septembre et octobre 1939.

En quoi cette action de l'armée française de la Sarre consistait-elle ?

Il est difficile de parler d’offensive pour cette action méconnue menée dans la Sarre du 7 septembre au 17 octobre 1939. Elle naît à la fin des années 1930, dans l’hypothèse d’une offensive allemande contre la Pologne. À l’été 1939, l’état-major français planifie une offensive qui doit se jouer dans un secteur compris entre le Rhin et la Moselle à partir du 12e jour de la mobilisation. Pourtant, le déclenchement de l’offensive est précipité en raison de la progression allemande en Pologne alors que l’armée française n’est pas prête. Entre le 7 et le 9 septembre, l’armée française pénètre en Allemagne. Cette progression est faite de reconnaissances et de coups de main mais aussi de bonds successifs qui permettent aux Français de progresser d’une dizaine de kilomètres en Allemagne. Globalement, la résistance allemande est faible, mais les Français se heurtent aux mines et aux pièges allemands.

Vers le 13 septembre, l’armée française cesse sa progression. À la fin du mois, le repli est décidé et commence au début du mois d’octobre pour s’achever le 17 octobre. Grâce à des renforts acheminés à l’Ouest, la Wehrmacht lance enfin une contre-attaque durant la deuxième quinzaine d’octobre, qui permet la réoccupation du territoire perdu et l’occupation de quelques villages français abandonnés.

Des soldats français durant l'hiver 1939 et la "drôle de guerre" à Sedan
Des soldats français durant l'hiver 1939 et la "drôle de guerre" à Sedan AFP

Est-il vrai que cette offensive de la Sarre a fait 2 000 victimes ?

Il est difficile d’établir un bilan des pertes humaines à propos de cette action dans la Sarre. Probablement plus de 400 soldats français ont été tués au cours de ces combats. Pour certains, les pertes s’élèvent à près de 2 000 morts. Pendant la "drôle de guerre", l’armée française a probablement perdu au total 3 000 hommes au combat et dans la zone des armées. Il s’agit des soldats tués dans la Sarre, de ceux tués en Norvège (500 soldats) et de ceux tués au cours des nombreuses escarmouches et coups de main le long des frontières. Les actions les mieux connues sont celles des corps francs, des petites unités chargées justement de mener cette guerre d’embuscades et de coups de main en avant de la ligne Maginot. Il faut ajouter les soldats morts des suites de maladie ou par accident dans le cadre du service.

Pourquoi ces morts sont-ils tombés dans l'oubli ?

Il y aurait des choses à dire sur ce point car il est vrai que la mémoire de ces soldats de la campagne 1939-1940 a été oubliée. À la Libération, en 1945, l’objectif des autorités françaises est de valoriser l’image d’une France qui a résisté et qui a combattu. Ces hommes appartenaient à une armée vaincue en quelques semaines et devenue captive.

Les premiers soldats morts pour la France le 8 septembre 1939 lors de la "drôle de guerre"
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