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Féminicides : quelles solutions à travers le monde ?

Une miliante présente à une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 6 juillet à Paris.
Une miliante présente à une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 6 juillet à Paris. Martin Bureau, AFP (archives)

En France, le gouvernement a lancé mardi un "Grenelle contre les violences conjugales", alors que 101 femmes sont mortes depuis janvier des mains de leur conjoint. Tour du monde des moyens mis en œuvre pour lutter contre ce fléau.

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Alors que 101 Françaises ont été victimes d'un féminicide depuis le 1er janvier 2019, les associations féministes espèrent que le "Grenelle des violences conjugales", lancé mardi 3 septembre à Matignon, débouchera sur un "plan Marshall". Elles demandent notamment un fonds d'"au moins 500 millions, voire un milliard d'euros", soit bien plus que le budget actuel alloué à la lutte contre les violences conjugales s'élevant à 79 millions d'euros.

À l'occasion de cet événement, au cours duquel le gouvernement doit annoncer des mesures d'urgence visant à renforcer la protection des victimes, France 24 fait le point, en reportages, sur la situation de plusieurs États dans la lutte contre les féminicides.

Italie : la défiguration reconnue comme crime machiste

En 2018, 120 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint en Italie. Du 1er juillet au 30 juin 2019, elles étaient déjà 39 victimes de féminicide.

Gessica Notaro est une rescapée. Depuis l'attaque à l'acide qu'elle a subie de la part de son ex-compagnon, en janvier 2017, la jeune femme a décidé de se mobiliser contre les violences faites aux femmes.

Aujourd'hui, la défiguration est reconnue comme un crime machiste. Une mesure, parmi d'autres, d'une nouvelle loi anti-violences votée début août par le parlement italien, qui prévoit des peines doublées pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison.

"Nous avons prévu des peines lourdes, et nous avons aussi éliminé la possibilité des remises de peine pour les féminicides", explique le ministre de la Justice, Alfonso Bonafede.

Brésil : armes à feu et légitime défense

Au Brésil, le taux de féminicides est l'un des plus élevés au monde, avec en moyenne quatre femmes tuées chaque jour. Des crimes commis, la plupart du temps, au domicile des victimes, par leur compagnon ou ex-compagnon.

Triste record à Duque de Caixas, ville voisine de Rio de Janeiro. Près de 4 000 femmes y ont été agressées en 2018. Une brigade spéciale a donc été constituée, chargée de visiter chaque jour des femmes menacées, violentées par leurs proches, spécifiquement leur conjoint.

Pour lutter contre ce fléau, le gouvernement du président brésilien Jair Bolsonaro a décidé de rendre plus facile la possession d'armes à feu au sein des foyers. "En tant que femme, je défends la légitime défense par les armes", explique Leticia Aguiar, députée du Parti social-libéral (PSL) de Jair Bolsonaro.

Mais cette mesure, présentée comme un moyen d'autodéfense pour les femmes, inquiète fortement celles et ceux qui luttent contre les violences. À l'instar de Cristiane Machado, 35 ans, elle-même victime, par le passé, de violences conjugales. "S'il y avait eu une arme dans cette maison, ce jour-là, je suis certaine que je ne serais plus en vie", déclare-t-elle.

La possession d'armes à domicile a déjà été largement simplifiée, mais malgré les oppositions, le président brésilien souhaite aller encore plus loin, son pays occupant toujours le cinquième rang mondial pour le nombre de féminicides.

Afrique du Sud : chercher des solutions par la parole

Le pays connaît un taux de féminicides cinq fois plus élevé qu'en Europe. Trois femmes y meurent chaque jour sous les coups de leur conjoint, selon de récentes statistiques. Un fléau que le président sud-africain Cyril Ramaphosa entend éradiquer en organisant des consultations publiques. Des ONG, comme Sonke Gender Justice, sont invitées à chercher des solutions, afin de pallier les lacunes d'un arsenal législatif prévu pour protéger les femmes en Afrique du Sud, mais ne permettant pas d'endiguer la violence.

Nosisi Gazi et Nosiphiwo Gcwabe, rencontrées par France 24, sont deux survivantes. La première a été violée par son oncle maternel mais a dû garder le silence. La seconde et deux de ses amies ont été violées par des proches. Ses amies ont été abattues. Nosiphiwo a survécu mais n'a pas porté plainte.

Avec l'ONG Sonke Gender Justice, Siphokazi Sikawuti a ouvert un espace de parole où chaque femme peut, lors de séances de soutien, raconter le drame qu'elle a vécu. Elle, a vu son beau-père battre sa mère. "J'ai essayé de sortir ma mère de la marre de sang. Je n'arrivais pas à la reconnaître. La police est venue sept heures plus tard", confie-t-elle à France 24.

Espagne : pionnière de la lutte contre la violence de genre

Depuis 2003, les "violences machistes" ont été érigées comme grande cause nationale. Face à la recrudescence de ces violences en Espagne, le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero a souhaité frapper fort, et mettre en place des mesures qui, aujourd'hui encore, demeurent pionnières dans le monde.

Le pays s'est alors doté d'un système judiciaire inédit en Europe, s'armant de bureaux d'aide aux victimes, d'une assistance juridique et psychologique gratuites et de tribunaux spécialisés dotés de compétences civiles et pénales.

L'atout de la lutte contre les violences sexistes en Espagne ? Un budget XXL. En 2017 par exemple, les mobilisations ont permis la création d'un pacte national sur la violence conjugale au budget de 200 millions d'euros à répartir entre les différents ministères, régions et villes.

Dans ce pays peuplé de 46 millions d'habitants, les féminicides reculent. En 2018, 47 femmes sont mortes des mains de leur conjoint, contre 71 en 2003.

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