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Téhéran et Washington contrarient les efforts français pour sauver l'accord de Vienne

Le président français Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (illustration).
Le président français Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (illustration). Ludovic Marin, AFP

Prise en étau dans le bras de fer que se livrent l’Iran et les États-Unis, la France se démène pour sauver l’accord de Vienne. Une initiative compromise par l’annonce de Téhéran, mercredi, d’une "accélération" de ses activités nucléaires.

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L'Iran va procéder, "aujourd'hui ou demain", à une "accélération" de ses activités nucléaires, dans le cadre de sa politique de désengagement de l'accord sur le nucléaire de 2015. C’est le président iranien qui l’a annoncé, mercredi 4 septembre, non sans prévenir que cette étape, la troisième dans ce sens depuis le 8 mai, sera "la plus importante et aura des effets extraordinaires" sur le programme nucléaire iranien.

Téhéran menace notamment de porter à 20 % le processus d’enrichissement de son stock d’uranium ou de redémarrer des centrifugeuses arrêtées en vertu de l’accord signé à Vienne par l’Iran et le groupe 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne).

Cette annonce jette un froid sur les efforts diplomatiques du président Emmanuel Macron qui, dans le prolongement de la visite surprise à Biarritz du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, en marge du sommet du G7, visent à sauver l’accord de 2015. Un pacte menacé depuis que les États-Unis s'en sont retirés unilatéralement en mai 2018, réimposant des sanctions financières contre la République islamique. Depuis, les tensions entre Téhéran et Washington sont vives dans le Golfe.

Téhéran et la stratégie de "pression maximale" de Trump

Les Iraniens ont adopté la politique de désengagement du pacte de 2015 afin de pousser les signataires européens à tenir leurs promesses de compensation des sanctions américaines. Une stratégie de "pression maximale", chère au président américain, qui semble payante, puisqu’en se libérant progressivement de certains points de l'accord, les Iraniens ont poussé les Européens, la France en tête, à revenir vers Téhéran pour sortir de l’impasse.

"Il ne faut pas oublier que les nations européennes, en particulier la France, font partie des grands perdants, en termes économiques, de la politique de sanctions américaines.Elle les a obligées à abandonner le marché iranien à des pays comme la Chine et l’Inde", rappelle à France 24 Said Lilaz, économiste et ancien conseiller économique de l’ex-président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Au fait de la stratégie iranienne, l’Élysée s’était préparé à l’annonce de Hassan Rohani, régulièrement en contact avec Emmanuel Macron ces derniers jours. "Nous avons essayé de persuader (les Iraniens) de ne pas aller plus loin, mais ce n'est pas la fin du mécanisme s'ils le font", a expliqué une source proche des négociateurs citée par Reuters, soulignant qu'aucune des mesures prises par Téhéran jusqu'à présent n'est irréversible. En clair, la démarche iranienne envoie "clairement un mauvais signal", mais elle ne condamne pas l’initiative française.

Mardi, le président iranien avait déclaré que l'Iran restait prêt à discuter avec ses partenaires même en cas de mise en œuvre de sa "troisième phase" de désengagement. Il a accordé un délai de deux mois supplémentaires aux Européens (le 7 juillet, Téhéran avait donné "60 jours" à ses partenaires, soit jusqu'au 5 septembre) "pour tenir leurs engagements".

Soufflant le chaud et le froid, le président iranien a même fait état de progrès dans ces négociations. "Si nous avions vingt points de contentieux par le passé, nous n'en avons plus que trois aujourd'hui", mais pas encore d'"accord définitif", a-t-il précisé en conseil des ministres.

>> À voir sur France 24 : "La pression américaine ne marchera pas sur les Iraniens', estime Mohammad Javad Zarif

Signe de l’intensification des initiatives diplomatiques françaises, une délégation iranienne, chapeautée par le vice-ministre des affaires étrangères Abbas Araghchi, a été reçue à Paris en début de semaine. "Il y a encore beaucoup de choses à régler, cela reste très fragile", "mais l'on se parle (...) avec une relative confiance", a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, devant l'Association de la presse diplomatique française, au lendemain de la réunion avec la délégation iranienne.

"La proposition française va être étudiée. Si elle est valable on pourra parler d’un bon début, même si cela n’est pas suffisant", a prévenu le député Heshmatollah Flahat Bishah, également membre du Comité de la sécurité nationale et de la politique étrangère du parlement iranien, interrogé par France 24.

Une ligne de crédit de 15 milliards de dollars

Ces derniers jours, le contenu des échanges a filtré, côté français et côté iranien. Cité par l’agence Irna, Abbas Araghchi a expliqué que les discussions portaient sur le possible déblocage d'une ligne de crédit "d'environ 15 milliards de dollars (13,6 milliards d'euros] sur quatre mois", correspondant à environ un tiers des exportations iraniennes d'hydrocarbure en 2017. L'Iran tire 80 % de ses ressources en devises de la vente de pétrole ou de produits pétroliers. Le retour des sanctions l'isole presque totalement du système financier international et lui fait perdre la quasi-totalité de ses acheteurs.

Abbas Araghchi a annoncé, mercredi, peu avant l’annonce de Hassan Rohani, que l’Iran "reviendra à l'application complète [de l'accord] seulement s'il est capable de vendre son pétrole et de profiter sans entrave de l'argent de ces ventes". Et d’ajouter : "la proposition de la France va dans ce sens".

Selon Jean-Yves Le Drian, cette ligne de crédit "garantie par du pétrole" serait accordée "contre un retour de l'Iran au JCPOA [accord de Vienne, NDLR], la sécurité dans le Golfe et l'ouverture de négociations approfondies à la fois sur la sécurité régionale et le post-2025", date à laquelle certaines restrictions de l'accord arrivent à échéance.

Reste à convaincre les États-Unis de donner leur feu vert à un tel scénario. Washington n’est pas parvenu à faire plier l’Iran malgré les sanctions économiques qui asphyxient son économie et les menaces répétées de Donald Trump. Conscient d’être dans une impasse sur le dossier iranien, le président américain s’était montré ouvert à l’idée d’une "lettre de crédit ou d’un prêt à court terme" lors d’un échange avec les journalistes pendant la réunion du G7 à Biarritz.

La mise en place de cette ligne de crédit garantie "suppose obligatoirement que le président américain pose des waivers [des dérogations, NDLR] sur tel ou tel point" des sanctions, a souligné Jean-Yves Le Drian. C’est-à-dire des exemptions de sanctions américaines accordées en faveur des principaux clients du brut iranien, en particulier la Chine, l’Inde et le Japon.

Une idée rejetée, mercredi, par l'administration américaine."On ne peut pas être plus clairs sur le fait que nous sommes déterminés à mettre en œuvre cette campagne de pression maximale et que nous n'entendons pas accorder d'exceptions ou de dérogations", a déclaré l'émissaire américain pour l'Iran, Brian Hook, devant la presse.

Prié de dire si Washington était prêt à étudier la possibilité d'un feu vert aux initiatives françaises, il a toutefois ensuite éludé la question, se bornant à dire qu'il n'avait pas encore vu de proposition "concrète".

Avec AFP et Reuters

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