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L'ombre de Hong Kong plane sur la visite d'Angela Merkel à Pékin

La chancelière allemande Angela Merkel s'est déjà rendue onze fois en Chine.
La chancelière allemande Angela Merkel s'est déjà rendue onze fois en Chine. Jason Lee, Reuters

Dans une lettre adressée à Angela Merkel, l’activiste hongkongais Joshua Wong demande à la chancelière allemande de profiter de son déplacement en Chine, jeudi, pour faire pression sur Pékin. Il compare la situation à Hong Kong à celle dans l’ex-RDA.

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Elle est la première dirigeante d’une puissance occidentale à se rendre en Chine depuis le début du mouvement de protestation à Hong Kong. La chancelière allemande Angela Merkel débute, jeudi 5 septembre, un déplacement de deux jours pour rencontrer le Premier ministre chinois, Li Keqiang, et des représentants des milieux économiques. Un séjour que Berlin espère fructueux sur le plan commercial.

Mais le contexte a rattrapé la dirigeante allemande, qui se retrouve pressée de toutes parts d’aborder avec les autorités chinoises la question hongkongaise et de se faire la championne des intérêts européens, menacés par le durcissement de la guerre commerciale sino-américaine.

"Vous avez grandi en RDA"

Mercredi 4 septembre, le célèbre activiste hongkongais Joshua Wong a adressé une lettre ouverte à Angela Merkel. "Madame la chancelière. Vous avez grandi en RDA [ex-Allemagne de l’Est, NDLR]. Vous avez connu la vie sous le joug d’un régime autoritaire", écrit le jeune Hongkongais de 22 ans, exhortant la cheffe du gouvernement allemand à puiser dans son expérience personnelle pour comprendre les revendications des protestataires et faire pression sur le régime de Pékin. Et d’appeler la chancelière à rencontrer des représentants des manifestants.

Une missive qui a reçu un large écho outre-Rhin. Nils Schmidt, spécialiste des questions internationales pour le SPD (sociaux-démocrates, centre-gauche), a appelé Angela Merkel (CDU, centre-droit) à prévenir le dirigeant chinois qu’une répression des manifestations à Hong Kong ne serait pas "acceptable" pour l’Allemagne. Les Verts allemands ont même demandé à Berlin de menacer Pékin de sanctions commerciales. Pour les libéraux-démocrates du FDP, Berlin n’a pas choisi le meilleur moment pour aller décrocher des contrats en Chine alors que Pékin "continue à empiéter sur les libertés fondamentales des individus".

La pression est d’autant plus grande sur Angela Merkel que l’Allemagne a été le premier pays au monde à accorder l’asile politique à deux activistes hongkongais en 2018. Évoquer la crise qui secoue l’ancienne colonie britannique serait, à ce titre, une question de cohérence politique.

Plus largement, "Paris et Bruxelles vont suivre de très près ce déplacement pour savoir si Berlin se fera le champion de la nouvelle ligne européenne à l’égard de la Chine plutôt que de favoriser seulement les intérêts allemands", note dans un billet de blog Mikko Huotari, directeur adjoint du Mercator Institute for China Studies (Merics), l’un des principaux instituts de recherche allemand sur la Chine.

En mars dernier, l’Union européenne a durci le ton, qualifiant Pékin de "rival systémique" de l’Europe sur le plan économique. Si les autres membres de l'UE attendent que la chancelière allemande prêche la bonne parole européenne auprès de Pékin – en demandant notamment une plus grande ouverture du pays aux entreprises européennes –, c’est parce que l’Allemagne va prendre la présidence tournante du Conseil l’UE à partir de mi-2020.

Espoirs vs réalité économique

La chancellerie allemande s’est montrée très réticente à répondre à ces attentes. Pressé par la presse, Steffen Seibert, le porte-parole du gouvernement, n’a rien voulu ajouter au-delà de ce qui était inscrit au programme officiel d’Angela Merkel. Un document qui, mis à part une rencontre avec des étudiants dans la ville de Wuhan (à mi-chemin entre Pékin et Hong Kong), reste très discret sur les éventuels échanges avec la société civile sur place. Une rencontre avec des manifestants hongkongais semble, en tout cas, exclue.

L’Allemagne s’est pourtant montrée plus entreprenante par le passé sur le front des droits de l’Homme. Lors de son dernier déplacement à Pékin, en mai 2018, Angela Merkel avait ainsi obtenu que Pékin laisse la veuve du dissident Liu Xiaobo quitter le pays, rappelle la chaîne de télévision Deutsche Welle.

Mais les espoirs placés dans Angela Merkel risquent de se heurter à la réalité économique. À la tête d’une délégation de 25 grands patrons, la chancelière veut surtout jouer le rôle de VRP de son pays. L’importance du marché chinois pour une économie aussi axée sur l’exportation que l’Allemagne est connue depuis des années. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 199 milliards de dollars en 2018, et la Chine est le principal débouché pour les voitures, machines-outils et autres produits industriels allemands depuis trois ans.

Relation sino-allemande compliquée

Depuis un an, la donne économique et politique pousse Angela Merkel à montrer patte encore plus blanche que d’habitude dans ses relations avec Pékin. L’Allemagne est, en effet, la principale victime européenne du conflit commercial entre Washington et Pékin, qui a eu un effet négatif sur le commerce mondial. À tel point que la grande puissance exportatrice européenne ne devrait pas échapper à une récession cette année.

Décrocher quelques juteux contrats mettra du baume au cœur des milieux économiques allemands. Leurs espoirs sont renforcés par le fait qu’il y a "des signes d’une plus grande ouverture aux investisseurs étrangers dans des secteurs comme la finance et l’automobile", reconnaît Mikko Huotari. Des activités dans lesquelles l’Allemagne est traditionnellement très forte avec des champions comme Volkswagen ou Deutsche Bank.

Mais si la relation sino-allemande a longtemps été au beau fixe, "elle est devenue beaucoup plus compliquée ces derniers temps", note le spécialiste du Merics. Pékin a mal digéré un débat au Parlement allemand, en novembre 2018, sur la situation dans la province du Xinjiang où la Chine est accusée d’avoir instauré un État policier pour contrôler la minorité musulmane des Ouïghours. Les réticences allemandes à laisser l’équipementier chinois Huaweï participer au déploiement des réseaux d’Internet mobile 5G pour des raisons de sécurité nationale ont aussi froissé la superpuissance asiatique.

Aux yeux de Pékin, l’Allemagne a donc des choses à se faire pardonner si elle veut signer des nouveaux accords commerciaux. Pas sûr que les manifestants hongkongais pèsent très lourds dans la balance commerciale. Surtout, comme le souligne le quotidien financier allemand Handelsblatt, qu’aucun autre pays occidental n’a pris de position ferme pour condamner les violences policières à Hong Kong. En clair : l’Allemagne, de plus en plus consciente de sa fragilité économique, ne semble pas encline à jouer le rôle de locomotive diplomatique européenne pour faire pression sur Pékin.

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