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Emmanuel Macron courtise la diaspora pour renouveler les relations avec l’Afrique

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo et le président français Emmanuel Macron lors de la rencontre avec la diaspora africaine, le 11 juillet à l'Élysée.
Le président ghanéen Nana Akufo-Addo et le président français Emmanuel Macron lors de la rencontre avec la diaspora africaine, le 11 juillet à l'Élysée. Ludovic Marin, AFP

Face à une perte d’influence politique et économique sur le continent, le président français, Emmanuel Macron, multiplie les actions et les discours en faveur de l’Afrique et de sa diaspora.

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Sortir du paternalisme, mettre en place un nouveau partenariat stratégique, s'appuyer sur le rôle de la diaspora... Emmanuel Macron veut poser les bases d’une nouvelle relation avec l’Afrique. Dans ses différents discours depuis celui, retentissant, de Ouagadougou, en novembre 2017, où il a prôné la fin de la Françafrique, le président français dessine les contours de ce que pourrait être le nouveau paradigme des rapports entre l’ancienne puissance coloniale et le continent.

Le 27 août, lors de la Conférence des ambassadeurs à l’Élysée, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que les stratégies françaises doivent désormais se “concevoir avec nos partenaires africains” et être portées “avec eux et pour eux”. En énumérant les différentes priorités et les engagements de la France sur le continent, le président a expliqué aux représentants de la diplomatie française qu'“une relation avec l’Afrique basée sur un sentiment ou parfois des réalités d’asymétrie” n'était plus d'actualité.

Pour Lionel Zinsou, économiste franco-béninois et ancien ministre du Bénin, membre du premier cercle d’Emmanuel Macron, le président veut “changer les codes, balancer les clichés pour ne plus vivre avec les oripeaux du colonialisme, du néocolonialisme ou de l’anticolonialisme. Il faut cesser d’être dans un rapport hégémonique vis-à-vis de l’Afrique. C’est complètement dépassé”. “Emmanuel Macron pose des bases complètement différentes et tournées vers l’innovation ou l’emploi des femmes. Il considère que ce qui s’est passé, trente ou quarante ans avant sa naissance l’intéresse peu” ajoute l'ancien chantre, en France, de l’afro-optimisme, un courant de pensée né dans les années 2000 qui prône l’émergence rapide de l’Afrique.

“Emmanuel Macron renouvelle les visions et on sent que son discours à Ouagadougou a évolué. Mais il faut que les paroles soient suivies d’actes” déclare Jean-Claude Félix-Tchicaya, chercheur pour l’Institut de prospective et sécurité en Europe (IPSE).

Ambassadeurs naturels

Pour refonder les relations avec l’Afrique, le président français veut s’appuyer sur les élites franco-africaines. En juillet, il a réuni à l’Élysée près de 400 représentants des diasporas africaines triés sur le volet dont des entrepreneurs, des membres d’associations mais aussi des célébrités pour initier un dialogue. Mais surtout faire d’eux des ambassadeurs de la nouvelle politique française vis-à-vis de l’Afrique.

“Parce qu’ils connaissent les codes, ici et sur le continent, ils sont des ambassadeurs naturels pour tisser des liens nouveaux. Donner la parole à la diaspora permet aussi de mieux comprendre ses attentes et de susciter la conversion des regards entre l’Afrique et la France”, justifie Wilfrid Lauriano do Rego, nouveau coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique, contacté par France 24.

Pour celui qui est aussi membre du conseil de surveillance de KPMG France, réseau international de cabinets d'audit, plusieurs membres de la diaspora “ont la volonté de mettre leur énergie, leurs compétences et leurs ressources au service du développement de l’Afrique. Ils jouent déjà un rôle financier important sur le continent, et la France doit les encourager à diriger leurs efforts vers des projets créateurs de richesses et d’emplois, en particulier pour les jeunes”.

Créé en août 2017 par Emmanuel Macron, le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) composé de binationaux français et africains doit orienter le chef de l’État sur la nouvelle relation de la France à l’endroit de l’Afrique. “Le CPA est la boîte à idées d’Emmanuel Macron. Il en retient beaucoup. Et cela va jusque dans les détails du langage, de positionnement des visites et de la nature des discours” explique Lionel Zinsou.

Plus concrètement, le CPA a inspiré le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, a permis de lancer le débat sur la restitution des trésors royaux réclamés par le Bénin. C’est aussi de ses travaux qu’est partie l’idée d’initier la saison des cultures africaines Africa 2020, un évènement culturel qui se déroulera entre juin et décembre 2020 dont le but est de célébrer la créativité africaine. “Africa 2020 va au-délà des simples établissements culturels. C’est destiné à valoriser l’Afrique créative. Ce sont les arts, mais ce sont les technologies aussi”, explique Lionel Zinsou, qui en est aussi le président du comité d’orientation.

Le CPA a aussi joué une part active pour la forte présence de l’Afrique, depuis deux ans, au grand salon de technologie Vivatech où a été annoncé un programme de 65 millions d’euros en soutien aux start-ups africaines. Autant de clins d’œil à la jeunesse africaine bouillonnante, mais au sein de laquelle le sentiment anti-français gagne du terrain. Notamment sur des sujets sensibles comme la question du franc cfa ou ce qu'elle considère comme un appui implicite de la France aux régimes autoritaires en Afrique.

Une perte d’influence

Selon une étude réalisée par le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) en février 2019, la France ne jouit plus de la meilleure image auprès des jeunes leaders d’opinions africains. L’ancienne puissance coloniale est reléguée au cinquième rang au profit de l’Allemagne qui est vue par 45 % des 1 244 influenceurs sondés comme l’un“des partenaires les plus bénéfiques pour le continent”. Viennent juste après la Chine, les États-Unis et le Japon.

À l'Élysée, cette situation inquiète. En misant sur la diaspora africaine et en la mettant au cœur de sa diplomatie, Paris compte bien rattraper son retard sur ces nouvelles puissances émergentes. “Il y a peut-être une question de méthode à revoir, pour éviter ce 'French bashing' qui relève parfois de la perception, souvent de l’émotion, suscitée par une histoire commune que chaque partie devra assumer de façon transparente et responsable pour avancer” reconnaît Wilfrid Lauriano do Rego.

“Emmanuel Macron a bien compris que les convoitises chinoises, indiennes, allemandes ou brésiliennes ne s’embarassent pas ou très peu des anciens prismes. Ces pays ont une vision business”, explique pour sa part Jean-Claude Félix-Tchicaya.

“Il ne faut pas être naïf vis-à-vis des stratégies agressives de certains” réplique Wilfrid Lauriano do Rego. Mais “l’Afrique ne peut pas être présentée comme un marché sur lequel les grandes puissances se disputent leurs parts et la diaspora n’est pas un outil au service d’une politique d’influence ou d’hégémonie”.

Cependant Lionel Zinsou conclut qu’en “exaltant l’identité africaine, la France attend sûrement de remonter en influence politique, culturelle et économique”.

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