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Pourquoi les maires français partent en guerre contre le glyphosate

Des manifestants venus soutenir le maire de Langouët, Daniel Cueff, devant le tribunal administratif de Rennes, en Bretagne, le 22 août 2019.
Des manifestants venus soutenir le maire de Langouët, Daniel Cueff, devant le tribunal administratif de Rennes, en Bretagne, le 22 août 2019. Sébastien Salom-Gomis, AFP

Nanterre, Murles ou encore Parempuyre... Depuis que l'arrêté anti-pesticides du maire de Langouët a été suspendu par la justice, plus de 40 maires ont signé un texte identique. Objectif : mettre l’État devant ses responsabilités.

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Nanterre est la dernière ville en date à avoir rejoint la fronde anti-pesticides. Son maire, Patrick Jarry, a signé jeudi 5 septembre un arrêté municipal interdisant l'utilisation de tout produit à base de glyphosate sur sa commune. Une mesure qui vise les professionnels des espaces verts, les entreprises, les bailleurs privés et publics et les agriculteurs, sachant que les collectivités et les particuliers ne sont plus autorisés à utiliser de produits phytosanitaires chimiques depuis respectivement 2017 et 2019. Une décision qui "vise à la fois à protéger la population et à obtenir du gouvernement une interdiction totale de ces produits", précise le communique de la ville.

La préfecture des Hauts-de-Seine emboîte ainsi le pas à une quarantaine de mairies françaises, pour la plupart des petites communes rurales de tous bords politiques : Val-de-Rueil dans l’Eure, Perray-en-Yvelines dans les Yvelines, Parempuyre en Gironde, Murles dans l’Hérault encore Boussières dans le Doubs pour n’en citer que quelques-unes. Ces derniers mois, les maires de chacune de ces communes ont signé un arrêté interdisant l'épandage de produits phytosanitaires sur les champs de la commune situés à moins de 150 mètres des habitations. Le même acte avait été pris par le maire de Langouët, en Bretagne, Daniel Cueff, en mai dernier avant d'être suspendu le 28 août dernier par le tribunal administratif de Rennes. Motif invoqué : un maire n'est pas compétent pour prendre des décisions sur l'utilisation des pesticides.

En reprenant la démarche de Daniel Cueff, qui dit avoir reçu 47 000 messages de soutien et un appel de Nicolas Hulot, les maires veulent afficher leur solidarité. C’est le cas de Clothilde Ollier, édile de Murles, dans l’Hérault, qui a déposé son arrêté le 3 septembre. "On sait qu’en s’entraidant entre communes rurales, on peut aboutir à des actions fortes", affirme l’élue de 320 administrés contactée par France 24.

"On ne gagnera pas par la justice, on le sait bien"

Comme le maire de Langouët, Clothilde Ollier s’est vu signifier le caractère illégal de son arrêté par le préfet, qui lui a précisé qu’elle avait deux mois pour le retirer, sans quoi l'État se réserve le droit de saisir le tribunal administratif. "On ne gagnera pas par la justice, on le sait bien, commente Clothilde Ollier. Mais c’est comme avec l’amiante, il faut faire bouger les lignes par le collectif".

"Ce qui est exaspérant, c'est que le gouvernement ne fait rien et qu'en plus, il empêche les maires d'agir pour protéger les habitants", ajoute de son côté Daniel Cueff. Les maires espèrent également attirer l’attention sur le problème de santé publique que posent ces pesticides, et sur le manque de solutions apportées face aux dangers. "L’eau qui coule à Murles, situé sur le bassin versant du Lez [rivière de l'Hérault], c’est celle qui arrive dans les robinets à Montpellier, poursuit Clothilde Ollier, étiquetée écologie les Verts (EELV). C’est une façon de faire comprendre aux habitants que tout le monde est concerné par les pesticides dans l’eau potable".

Infirmière de formation, Clothilde Ollier est depuis toujours engagée contre les pesticides. "Je suis sur le terrain, je vois les abeilles mourir. Je vois aussi les dégâts des pesticides à l’hôpital avec la maladie de Parkinson, les micro-pénis sur les petits garçons et la puberté précoce sur les petites filles."

"Ce n’est pas en 2020 qu’il faut régler le problème. On n’a plus le temps !"

Pour le moment, la loi autorise l’épandage des pesticides jusqu’au bord des écoles et des habitations. Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, s’est opposé, mercredi 4 septembre au micro d’Europe 1, à l’idée d’interdire le traitement par des produits phytosanitaires dans une zone uniforme de 150 mètres autour de bâtiments habités. "S’il devait y avoir des zones de non-traitement de 150 mètres, (…) qui représentent l’équivalent de la longueur d’un terrain de football et demi, nous serions obligés d’acheter de l’alimentation venue d’ailleurs", estime le ministre précisant qu’une telle mesure réduirait les surfaces agricoles et le potentiel de production alimentaire en France. Il a évoqué une zone de "deux" à "cinq" mètres autour des habitations.

Pour l’heure, l’État a appelé au dialogue dans chaque département. Début octobre, une consultation publique réunira riverains, élus, agriculteurs, population, associations dans le but de trouver un accord sur les règles d’épandage au niveau local et d’établir une charte. "S’il n’y a pas d’accord, ce sera imposé par l’État", a-t-il déclaré. Un arrêté devrait voir le jour début 2020 à la suite de la consultation.

Des propos qui font bondir la maire de Murles. "L’État reporte la responsabilité sur les petites communes alors que c’est à lui de prendre ses responsabilités et d’interdire le glyphosate, comme cela a été fait pour les limitations de vitesse, le port de la ceinture en voiture ou encore l’amiante, estime Clothilde Ollier. Ce n’est pas en 2020 qu’il faut régler le problème. On n’a plus le temps !"

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