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Crise des urgences : quand les médecins désertent l'hôpital public

“Vive la grève” sur le mur aux services des urgences à Nantes le 27 aout 2019.
“Vive la grève” sur le mur aux services des urgences à Nantes le 27 aout 2019. Loic Venance, AFP

Après six mois de grève inédite aux urgences, les annonces du gouvernement n’ont pas convaincu médecins et infirmiers. Pour France 24, ils témoignent de leur désaffection grandissante pour ce qu’est devenu l’hôpital public.

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Après plusieurs mois d’une grève inédite, la ministre de la santé Agnès Buzyn a dévoilé, lundi 9 septembre, son plan pour désengorger les urgences. L’État prévoit un investissement de "plus de 750 millions d'euros" entre 2019 et 2022.

Mais dès son annonce, le "pacte de refondation" de la ministre a été rejeté en bloc par les grévistes, qui continuent de réclamer des lits et effectifs supplémentaires. Une crise qui s’enlise alors que de nombreux professionnels de santé quittent l’hôpital public pour le travail libéral ou l’intérim.

Des démissions en cascade

La docteure Sabrina Ali Benali a travaillé plusieurs années aux urgences avant de quitter l’hôpital la mort dans l’âme pour se mettre à son compte : "À la fin, je ne pouvais plus tenir mes journées de 24 h, physiquement ce n’était plus possible, j’étais sous anxiolytiques, j’ai craqué. Aujourd’hui j’ai du temps et je gagne mieux ma vie avec la médecine libérale. J’ai envie de retourner aux urgences, car c’est ma vocation, mais je dois préserver ma santé."

Une étude de l’agence régionale de santé, publiée en juin, indique une forte augmentation des départs parmi les urgentistes, avec au moins 119 démissions en 2018 en Île-de-France. Le service de communication de l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), interrogé par France 24, affirme pourtant qu’il n’y a pas de "difficulté majeure de recrutement". Une version démentie en interne par un membre de l’équipe paramédicale souhaitant garder l’anonymat : "Actuellement, il y a sept postes vacants à l'hôpital Lariboisiere. À l’hôpital Bicêtre, il y en a huit. Douze départs d’aides-soignants et huit départs d’infirmiers y sont prévus d’ici la fin de l’année. Le turnover est énorme et cela déstabilise considérablement les services".

>> À lire : Aux urgences, "on ne peut pas soigner si les soignants ne vont pas bien"

Des intérimaires et professions libérales bien mieux payés

Parmi les revendications principales du collectif Inter-Urgences figure les augmentations de salaires. Le collectif qui coordonne le mouvement de protestation estime les revenus moyens d’un infirmier, après sept ans de carrière, à 1 800 euros net par mois et à 1 400 euros net pour un aide-soignant. Des chiffres bien en deçà de la moyenne au sein de l’OCDE. Si les médecins bénéficient de salaires plus élevés, ils peuvent considérablement augmenter leurs revenus en optant pour l’intérim ou le travail libéral : "On demande aux médecins de bosser pour 2 500 euros par mois, alors qu’en intérim, un médecin peut gagner plus de 600 euros en une nuit" dénonce la docteure Sabrina Ali Benali.

Cet écart de revenus se vérifie également chez les infirmiers, qui peuvent gagner entre 3 000 et 4 000 euros en profession libérale, affirment les personnes interrogées. Une tendance globale qui ne date pas d’hier pour Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France : "Depuis trente ans, les gouvernements successifs ont évité toute négociation sur les conditions de travail, tout a été fait pour casser le service public au profit du secteur privé. Aujourd’hui, Agnès Buzyn veut créer sa plateforme téléphonique, cela représente des milliers de postes et encore une fois on favorise les professions libérales au détriment de l’hôpital public."

L’hôpital public, c’est "le travail à la chaine"

Si les solutions à apporter pour régler le conflit salarial suscitent bien des controverses, la situation critique des urgences ne fait plus débat : le personnel soignant est débordé par un afflux de prises en charge qui met sérieusement en danger la vie des patients.

Pour la docteure Ali Benali, ce triste constat est avant tout le résultat d’une gestion politique inadaptée : "On a voulu rentabiliser l’hôpital en pensant les soins en flux tendu, or on ne peut pas calculer la vie des gens sur des tableaux Excel. Face au manque d’argent, nous avons opté pour le système D il y a bien longtemps, en calfeutrant des fenêtres avec du carton, remplaçant les climatiseurs cassés par des ventilateurs, mais aujourd’hui ce système craque. "

Clementine Fensch, infirmière libérale passée par le public, ajoute à ces conditions difficiles une violence institutionnelle insoutenable : "On travaille à la chaîne. Dans ce contexte, la peur de l’accident est permanente pour les médecins, bien sûr, mais également les infirmiers chargés d’accueil et d’orientation. Le régime libéral n’est pas idéal, ça vous isole et il n’y a plus de travail d’équipe, mais on peut prendre le temps que l’on veut pour les actes, on est son propre gestionnaire."

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