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"Protection du mode de vie européen" : la Commission européenne crée la polémique

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 10 septembre 2019, à Bruxelles.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 10 septembre 2019, à Bruxelles. Kenzo Tribouillard, AFP

La présidente de la Commission européenne a créé la polémique, mardi, en présentant le portefeuille de la "protection du mode de vie européen". De nombreuses voix s’élèvent depuis pour dénoncer une reprise du vocabulaire de l’extrême droite.

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Pour de nombreux observateurs de l’Union européenne, c’est une digue qui vient de sauter. En remplaçant l’intitulé du portefeuille du commissaire européen à la Migration, aux Affaires intérieures et à la citoyenneté par la "Protection du mode de vie européen", la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a choqué et créé une vive polémique.

C’est le Grec Margaritis Schinas, l'un des neuf vice-présidents de la nouvelle équipe qui doit prendre ses fonctions le 1er novembre, et dont le pays est en première ligne des arrivées de migrants, qui devra gérer ce dossier très sensible. Il aura en charge l’État de droit et la sécurité intérieure et devra veiller, selon Ursula von der Leyen, à ce que l’UE ait "des frontières solides et une nouvelle approche en matière de migration".

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Les réactions ont rapidement fusé chez les députés européens de gauche, notamment chez certaines anciennes têtes de liste françaises. Raphaël Glucksmann (Place publique) a ainsi écrit sur Twitter que cet intitulé était "la résurrection bruxelloise du sinistre 'ministre de l’immigration et de l’identité nationale'" en référence au ministère créé en 2007 au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Même son de cloche chez Manon Aubry, l’ancienne tête de liste de La France insoumise, contactée par France 24, qui voit dans cet intitulé "les mots et les idées de l’extrême droite". "Alors qu’on devrait parler d’humanité et d’accueil digne des migrants, voilà l’orientation que compte donner Ursula von der Leyen aux politiques migratoires européennes avec une agence Frontex qui va servir de bras armé de l’UE pour militariser nos frontières au lieu de sauver des vies humaines", regrette-t-elle.

"C’est clairement un repli nationaliste, tance pour sa part Damien Carême, eurodéputé Europe Écologie-Les Verts et ancien maire de Grande-Synthe, contacté par France 24. Ça me met hors de moi car je vois bien les ravages que cette rhétorique crée dans l’opinion publique en validant ainsi les thèses de l’extrême droite."

"Notre mode de vie européen, c’est s’accrocher à nos valeurs"

Ancienne ministre de la Défense d’Angela Merkel, Ursula von der Leyen est une femme politique d’expérience. Le choix des mots n’est donc pas innocent. Or, avec un tel intitulé, chacun peut comprendre que les migrants menaceraient le mode de vie européen.

La nouvelle présidente de la Commission européenne s’est défendue, mardi 10 septembre, lors de la présentation de son équipe, en expliquant que "notre mode de vie européen, c’est s’accrocher à nos valeurs". Et son entourage a invité les critiques à regarder dans le détail la lettre de mission du futur commissaire grec.

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Dans ce document, "solidarité", "tranquillité d’esprit" et "sécurité" définissent ainsi le "mode de vie européen". La lettre de mission insiste par ailleurs sur le fait que l’immigration "est à la fois une chance et une nécessité pour l’Europe".

"Sauf que la lettre parle aussi d’immigration légale bien organisée, ce qui signifie que, dans l’accueil, on fait en réalité de l’immigration choisie, on ne prend que les gens compétents qui apportent quelque chose", s’insurge Damien Carême.

"Une victoire idéologique tout à fait nette des nationalistes"

Spécialiste des partis d’extrême droite en Europe, le chercheur Nicolas Lebourg, contacté par France 24, réfute lui aussi les arguments d’Ursula von der Leyen. "L’intitulé est quand même assez clair : c’est une victoire idéologique tout à fait nette des nationalistes. Les extrêmes droites présentent la mondialisation comme une orientalisation de l’Europe. Or là, on est dans la même grille de lecture."

Alors que les partis nationalistes ont réalisé d’excellents scores aux dernières élections européennes de mai 2019, la stratégie de Bruxelles consiste à "rattraper la balle pour la contenir", selon l’expression de Nicolas Lebourg, et répondre ainsi aux angoisses des citoyens européens face à l’immigration. Mais pour ce dernier, "l’expérience a montré qu’à l’échelle nationale, les tentatives de marquage du discours d’extrême droite bénéficie en fait aux partis d’extrême droite". "La ligne Patrick Buisson n'a pas sauvé Nicolas Sarkozy et la ligne Manuel Valls n'a pas sauvé François Hollande", souligne-t-il.

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En sera-t-il de même à l’échelle européenne ? "Ces mots sont peut-être devenus populaires en Europe mais on ne bat pas l’extrême droite en reprenant ses thèses, estime Manon Aubry. J’espère que dans les rangs du Parlement européen, on refusera la reprise de ce vocabulaire et qu’on pourra avoir une majorité pour faire tomber ce commissaire."

Toute l’équipe présentée par Ursula von der Leyen doit en effet passer des auditions devant les eurodéputés, qui devront confirmer les postes attribués lors d’un vote le 23 octobre. "Il y a des intitulés de poste qu’il faut qu’on comprenne mieux. Les auditions au Parlement seront là-dessus essentielles", a déclaré, mercredi 11 septembre sur Franceinfo, la secrétaire d’État aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin. Preuve que même le gouvernement français s’interroge sur "la protection du mode de vie européen".

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