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Saeid Mollaei, le judoka iranien qui défie Téhéran

Le judoka iranien Saeid Mollaei a fait exprès de perdre en demi-finale des Mondiaux de Judo, sur pression des autorités iraniennes.
Le judoka iranien Saeid Mollaei a fait exprès de perdre en demi-finale des Mondiaux de Judo, sur pression des autorités iraniennes. Charly Triballeau, AFP

Le judoka iranien Saeid Mollaei s’est réfugié en Allemagne après avoir dénoncé les pressions de Téhéran pour l’empêcher d’affronter un Israélien lors des Mondiaux de judo. Il devrait néanmoins participer aux JO de Tokyo, sous bannière olympique.

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Son courage et sa détermination à dénoncer les pressions politiques du régime iranien l’ont obligé à s’exiler en Allemagne. Depuis début septembre, le judoka iranien Saeid Mollaeidit subir des intimidations des autorités de son pays, qui lui ont demandé de laisser son adversaire belge gagner en demi-finale des Mondiaux de Tokyo, le 28 août, afin de l’empêcher d’affronter en finale son rival israélien Sagi Muki. L’Iran ne reconnaissant pas l’existence d’Israël, il est interdit à ses ressortissants d’affronter des Israéliens dans une compétition sportive.

Le champion du monde 2018 des moins de 81 kg s’est exécuté, notamment en raison des menaces qui pesaient sur sa famille en Iran. La mort dans l’âme, il a simulé une blessure à la tête lors de sa demi-finale, qu’il a perdue contre le Belge Matthias Casse, et l’Israélien Sagi Muki a été sacré champion du monde. Mais un compétiteur peut-il supporter d’être empêché de donner le meilleur de lui-même ?

"J’ai fait exprès de perdre"

Quelques jours après cette défaite, Saeid Mollaei a décidé de dénoncer les pressions subies, en expliquant avoir laissé filer sa chance sur ordre de Téhéran. "J'ai fait exprès de perdre, à 100 %. M. Salehi Amiri (président du Comité olympique iranien) puis M. Davarzani (ministre adjoint des sports de l'Iran) m'ont appelé. Ils ont dit : ''Ne combattez pas. Faites en sorte que la Fédération internationale (de judo) ne s'en rende pas compte et il n'y aura pas de problème", a-t-il révélé le 3 septembre sur Iran International, une chaîne d’opposition basée à Londres.

Peu après ces déclarations, craignant pour sa sécurité, l’athlète a refusé de rejoindre son pays et s’est réfugié en Allemagne où il s’entraîne depuis. "J’ai fait ce choix. Je ne peux plus voir ma famille ni leur parler. Je suis obligé de passer par un ami pour prendre des nouvelles", a-t-il confié à France Info.

La Fédération internationale de judo a confirmé les dires de Saeid Mollaei et a déclaré que des procédures de sanctions de la fédération iranienne de judo étaient en cours, sans préciser en quoi elles consisteraient.

L’instance avait récemment œuvré pour faire cesser les pressions de l'Iran et des pays du golfe sur leurs athlètes : en novembre 2018, elle avait ainsi facilité l’accueil des compétiteurs venus d’Israël lors du tournoi d’Abu Dhabi. Ceux-ci avaient pu concourir sous le drapeau israélien. Pour la première fois, une ministre des sports israélienne avait été invitée et l’hymne de l’État hébreu avait même retenti dans la capitale des Émirats arabes unis lors de la remise de la médaille d’or d’un tournoi aux judokas israéliens Sagi Muki et Peter Paltchik.

"Tu es une inspiration"

Malgré ses démêlés avec son pays, Saeid Mollaei devrait disputer les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 : il a annoncé à Reuters le jeudi 12 septembre que le Comité international olympique (CIO) et la Fédération internationale de judo (IJF) lui avaient assuré qu’il y aurait sa place.

"L’IFJ et le CIO m’ont dit qu’ils me garantiraient l’accès aux JO l’année prochaine", a confié le champion, depuis un lieu tenu secret outre-Rhin. Si l’Iran refusait de l’intégrer à sa délégation, Saeid Mollaei pourrait concourir en tant qu’athlète indépendant, sous la bannière olympique, après approbation du CIO.

"C’est mon principal objectif et je ferai tout ce que je peux pour l’atteindre. J’ai déjà commencé à m’entraîner. Je veux y aller et gagner l’unique médaille qui manque à mon palmarès, l’or olympique."

"Je ne pourrai probablement pas retourner dans mon pays, mais j’espère que le fait de remporter une médaille olympique l’an prochain atténuera les souffrances et les difficultés de ma famille et mes amis", a également dit le judoka de 27 ans à Reuters.

Les amateurs de judo verront peut-être s’affronter l’Iranien Saeid Mollaei et l’Israélien Sagi Muki lors de cette compétition. En attendant l’hypothétique combat, les deux athlètes ont livré une belle leçon de fair-play et de sportivité sur Instagram.

"Bravo, champion", a écrit Saeid Mollaei après la victoire de Sagi Muki en finale des Mondiaux de Tokyo. "Merci. Tu es une inspiration en tant qu’être humain et en tant qu’athlète", lui a répondu son rival.

Avec Reuters et AFP

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