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Législatives en Israël : Benny Gantz, chantre du "tout sauf Netanyahu"

Benny Gantz est de nouveau au coude-à-coude avec son adversaire Benjamin Netanyahu.
Benny Gantz est de nouveau au coude-à-coude avec son adversaire Benjamin Netanyahu. Nir Elias, Reuters

Benny Gantz, déjà candidat en avril comme chef de file de la liste Bleu-blanc, dispose d’une deuxième chance de déloger l’inamovible Benjamin Netanyahu, Premier ministre d’Israël depuis 2009, lors des législatives anticipées du 17 septembre.

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Bis repetita. Pour un novice en politique, Benny Gantz, le principal rival du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux législatives israéliennes anticipées du 17 septembre, peut se targuer d’avoir déjà mené deux rudes campagnes électorales législatives en moins de six mois.

Lors du précédent scrutin, organisé en avril, sa liste Bleu-blanc (Kahol Lavan), constituée de plusieurs formations centristes, avait obtenu autant de sièges (35) que la liste du Likoud (droite) menée par Benjamin Netanyahu. Mieux placé pour former une coalition, l’actuel Premier ministre avait finalement échoué à constituer une majorité et avait été contraint d’organiser des législatives anticipées.

Figure consensuelle et respectée issue des rangs de l’armée, Benny Gantz se voit donc offrir une deuxième chance de déloger l’inamovible Premier ministre. L’ancien chef d’état-major (2011-2015) est à nouveau au coude-à-coude avec son adversaire, selon les derniers sondages publiés par les médias israéliens.

"Ces élections ne sont pas une deuxième chance qui sera suivie d'une autre chance, a prévenu Benny Gantz lors d’un récent meeting dans la ville de Haïfa, dans le nord du pays. Quiconque ne vote pas met en péril la démocratie israélienne."

Un numéro d’équilibriste

Pour faire mieux que jeu égal avec le Likoud, l’ancien général mène une campagne aux accents patriotiques et rassembleurs, en gardant en mémoire que sa liste avait récolté en avril beaucoup de suffrages en provenance de la gauche traditionnelle. Libéral sur les questions de société (mariage civil, LGBT), Benny Gantz doit à la fois veiller à ne pas froisser une partie de la gauche qui le perçoit comme le seul capable de faire barrage à Benjamin Netanyahu, tout en attirant des électeurs de droite déçus du Likoud, sans s’aliéner le centre.

Un numéro d’équilibriste qui consiste à mettre en avant sa moralité, l’éthique du mode de gouvernance qu’il entend appliquer afin de se différencier à tout prix de Benjamin Netanyahu. Comme lorsqu’il propose, en cas de victoire,que lui et son colistier et leader centriste Yaïr Lapid se relaient au poste de Premier ministre, alors que le chef du Likoud est au pouvoir sans discontinuer depuis 2009.

Affiches de campagne de la liste Bleu Blanc (Gil Cohen-Magen, AFP)

Benny Gantz s’astreint surtout à taper fort sur les casseroles judiciaires de son rival, affaibli par les affaireset qui doit être entendu en octobre par le procureur général. Ce dernier doit décider de son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois dossiers.

"Benny Gantz joue la carte du sécularisme et essaie de proposer une alternative à la coalition de Netanyahu, en prônant une autre vision plus libérale et démocratique contre le populisme", souligne Gidéon Rahat, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, interrogé par France 24.

S’affichant comme un recours crédible et mesuré, il n’oublie pas les thèmes chers à la droite comme la sécurité et cherche, comme lors de la campagne précédente, à se montrer aussi intransigeant que son rival sur cette question, insistant lui aussi sur la menace iranienne.

"Votez pour moi : je suis plus méchant que Netanyahu, mais je suis propre", ironisait en début d’année le quotidien de gauche Haaretz, en paraphrasant Benny Gantz.

La sécurité, angle d’attaque contre Netanyahu

Fort de ses deux colistiers, Moshe Yaalon and Gabi Ashkenazi, deux anciens chefs d’état-major comme lui, Benny Gantz conteste dans chacun de ses discours l’image cultivée par son adversaire de garant de la stabilité et de la sécurité d’Israël. Il focalise ses attaques sur ce qu’il estime être le talon d'Achille de Benjamin Netanyahu : la situation sécuritaire dans la bande de Gaza.

"Un Premier ministre qui est sous le coup d’une enquête n’est pas en mesure de faire face au Hamas", répète à l’envie Benny Gantz depuis la reprise, mi-août, de tentatives d’infiltrations en Israël et de tirs de roquettes depuis la bande côtière palestinienne contrôlée par le mouvement islamiste armé. Accusant le gouvernement d’avoir perdu sa capacité de dissuasion et de faire montre de faiblesse contre le Hamas, il promet, si le destin du pays lui est confié, de lancer une campagne militaire pour anéantir définitivement le Hamas.

"En résumé, le camp de Gantz cherche à convaincre les électeurs que Netanyahu est fort en discours, mais reste bien incapable de régler le problème posé par le Hamas à Gaza", rapporte Sami Sockol, correspondant de France 24 à Jérusalem.

Et lorsque Benjamin Netanyahu fait monter les enchères en promettant, le 10 septembre, d'annexer unilatéralement la vallée du Jourdain s’il est reconduit au pouvoir,Benny Gantz ne peut l’attaquer sur le fond, mais uniquement sur le timing électoraliste de l’annonce. Car de son côté, il a aussi promis qu’Israël gardera la responsabilité de la sécurité à l'est du Jourdain, donc y compris en Cisjordanie occupée. Et comme son rival, il entend "renforcer" les blocs de colonies déjà existants dans le territoire palestinien.

Sur le conflit israélo-palestinien, alors que le processus de paix est au point mort et éclipsé par les questions de société, sa liste Bleu-blanc se démarque cependant en affichant la volonté de relancer des négociations avec les Palestiniens.

"Mais toute décision ayant des implications stratégiques sera soumise au peuple pour qu’il prenne la décision ultime", insiste Benny Gantz.

Quelle marge de manœuvre pour former une coalition ?

Reste à connaître sa capacité à élargir ses possibilités d’alliances afin de former une coalition gouvernementale en cas de victoire. Sa marge de manœuvre étant réduite, Benny Gantz a ouvert, quitte à troubler une partie de son électorat, la porte à une alliance avec Avigdor Lieberman, leader du parti ultranationaliste et laïc Israël Beitenou. Une figure de l’extrême droite en croisade contre les ultrareligieux qui, selon les derniers sondages, pourrait ravir dix sièges de députés (contre les cinq obtenus en avril). Un tel résultat offrirait le rôle de faiseur de roi à celui dont le refus de rejoindre la coalition gouvernementale de Benjamin Netanyahu a provoqué des élections anticipées.

Benny Gantz a indiqué qu’une coalition idéale inclurait son parti, celui d’Avigdor Lieberman et le Likoud (sans Benjamin Netanyahu, car il exclut de gouverner avec un homme poursuivi en justice), et "peut-être" le Parti travailliste, dont son père avait été un responsable local. Il s’est toutefois gardé de mentionner les partis arabes, troisième force du Parlement actuel. Pourtant, le camp de Benjamin Netanyahu l’accuse presque quotidiennement de chercher à pactiser avec certains partis arabes, afin de dissuader des électeurs de droite de pencher en sa faveur. "Le seul gouvernement que Gantz peut mettre en place est un gouvernement de gauchistes et d’Arabes ; il n’a pas d’autre gouvernement parce que le Likoud ne veut pas s’asseoir avec lui", a asséné, début septembre, le parti de droite dans un communiqué.

"Les listes arabes n’ont jamais participé à aucune coalition gouvernementale depuis la création de l’État d’Israël, et on voit mal Benny Gantz leur proposer de rentrer dans la sienne et leur offrir des postes ministériels, c’est irréaliste, explique Élisabeth Marteu, chercheuse associée à l’Institut international d’études stratégiques et spécialiste d’Israël, interrogée par France 24. Il pourrait à la limite négocier leur soutien à la Knesset en vue de former une majorité parlementaire, mais vu les propos de Benny Gantz sur certains partis arabes, cela semble difficile." Mais peut-être est-ce la seule clé dont disposera Benny Gantz pour parvenir à ses fins.

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