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REPORTAGE

Paroles d’électeurs tunisiens : "On vit avec l'espoir que ça puisse changer"

L'avenue Bourguiba est le centre névralgique de la capitale Tunis.
L'avenue Bourguiba est le centre névralgique de la capitale Tunis. Romain Houeix, France 24

Alors que le premier tour de la présidentielle est organisé dimanche, France 24 donne la parole aux Tunisiens, partagés entre espoirs, craintes, désillusions et regrets depuis la chute de Ben Ali.

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envoyé spécial à Tunis

L'heure est à l'effervescence sur l'avenue Bourguiba. L'artère principale de Tunis est irriguée de milliers de militants et de simples passants venus assister aux derniers meetings de la campagne officielle pour le premier tour de la présidentielle du dimanche 15 septembre. Alors que les chants résonnent et que les drapeaux au croissant sont brandis fièrement, France 24 est allé à la rencontre de ces électeurs pour prendre le pouls de la Tunisie à l'approche d'un scrutin historique.

L'heure est au militantisme festif avenue Bourguiba.
L'heure est au militantisme festif avenue Bourguiba. France 24

Bessam : "Rien ne s’est amélioré dans ce pays, bien au contraire"

Bessam a 38 ans. Il assure la sécurité d'un grand hôtel de Tunis. Jeune marié, il a dû contracter un crédit pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa femme. Il réclame des cigarettes aux clients qui passent car, dit-il, le prix du paquet a doublé depuis la chute du régime de Ben Ali en 2011. Désenchanté, il ne croit plus que la politique soit capable de changer la Tunisie. Rencontré sur son lieu de travail, il refuse d'être pris en photo.

"Je ne vais pas voter parce que les politiques n'ont rien fait. Ils nous mentent tous. Ils sont tous pareils et veulent seulement des postes et des fauteuils. Est-ce que la Tunisie était comme ça [avant la révolution] ? Non ! Elle n’était pas comme ça ! On était bien, on vivait bien", se remémore-t-il.

"Rien ne s’est amélioré dans ce pays. Bien au contraire, la situation a régressé", dénonce le gardien. "Et tu crois que ces gens-là ont un bâton magique pour améliorer la situation du jour au lendemain ? Non, ils vont juste travailler pour leurs propres intérêts."

"Ça fait huit jours que je suis marié, je te jure devant Dieu, je n’ai que deux pêches et deux poires pour ma femme et moi !", rage-t-il en brandissant le sac plastique contenant sa pitance du jour. "Si je pouvais, j’irais jusqu’au Mozambique si ça me permettait de vivre mieux. Ils ne nous ont rien laissé dans ce pays."

Mohammed Benasser : "On espère que la démocratie va gagner"

France 24

À 70 ans, Mohammed Benasser a vu de ses propres yeux les différentes transformations de la Tunisie, de Bourguiba à Béji Caïd Essebsi en passant par le régime de Ben Ali. Attablé avec deux amis à la terrasse d'un café de l'avenue Bourguiba, il se veut résolument optimiste pour les élections à venir.

"On espère que la démocratie va gagner même si l'incident avec le candidat Karoui n'a pas été bien vécu par les Tunisiens [le candidat a été placé en détention pour fraude et corruption et mène campagne depuis sa prison, NDLR]. Je vais voter pour exercer mon droit civique et pour pouvoir choisir un président qui sera apte à mener mon pays", clame le vieil homme.

"Le régime de Ben Ali est tombé et, malheureusement, il n'avait pas que des côtés négatifs. Par exemple, il n’y avait pas d’anarchie, on ne fermait pas les routes, on n’arrêtait pas le travail à la moindre occasion. Aujourd'hui, c'est un chaos pour le pays et pour notre économie. Beaucoup de gens regrettent Ben Ali, notamment à cause de la cherté de la vie. C’est devenu très dur de subvenir aux besoins de la famille", se désole Mohammed Benasser.

"On espère toujours, on vit avec l’espoir que ça puisse changer. Cela ne peut pas arriver en un seul jour mais on l’espère, on est optimiste…", veut-il croire, philosophe. "Le futur président, il devra commencer par s’occuper de l’économie et de la sécurité, et surtout par imposer l’État en Tunisie."

Asma et Hichem : "Depuis 2014, on sait quels sont les partis qui aident les gens et ceux qui courent derrière les postes"

France 24

Asma et Hichem aimeraient bien se marier. Elle est serveuse dans un café du centre-ville, il est barman dans un bistrot non loin. Elle veut rester optimiste sur l'avenir de la Tunisie. Il est beaucoup plus réservé sur l'issue des élections.Tout deux sont tentés par les candidats populistes qui ont émergé à l'occasion du scrutin.

"Je suis Tunisienne, je dois voter", sourit Asma. "Malgré les années qui ont passé depuis la révolution, nous ne perdons pas l'espoir que la situation s’améliore. Le prochain président devra améliorer la situation sécuritaire car, actuellement, c'est l’anarchie. Il faudra aussi qu’il aide les pauvres. Il devra combattre la corruption et réformer l’administration. Il y a du travail mais il y a beaucoup de piston. Ça recrute les copains et les cousins."

>> À lire aussi : "Élection présidentielle : mobiliser les électrices tunisiennes, l'un des enjeux du scrutin"

"Mon salaire est bas mais je ne me plains pas, car il y en a qui gagnent encore moins. Je garde espoir. Je ne veux pas forcément que les élections améliorent ma vie mais plutôt celle de tous les Tunisiens. Ce qui a changé depuis 2014, c’est que maintenant on sait quels sont les partis qui aident les gens et ceux qui courent derrière les postes."

Son petit ami est beaucoup plus amer : "Je ne fais confiance à aucun parti. Les élections sont un non-événement pour moi. Depuis 2014, on tourne en rond et sans aucune amélioration…"

Nadya Aounina : "Il faut que ce pays apprenne à accepter toutes les croyances religieuses ou politiques"

France 24

Nadya Aounina est venue profiter de l'animation de l'avenue Bourguiba pour déguster une pizza en terrasse avec ses trois enfants. À 38 ans, elle porte le voile et en est fière. Si elle ne cache pas son intérêt pour les candidats d'obédience islamiste, elle prêche avant tout pour que ces élections soient une victoire du vivre-ensemble.

"Que le meilleur gagne ! L’important, c’est qu’il y ait la démocratie. Que des présidents soient élus par le peuple et que le peuple puisse dans le futur les remplacer. Les guéguerres entre les partis se pacifient grâce aux élections. En 2014, lors des meetings, la police sécurisait tout par peur des violences entre militants. Aujourd'hui, il y a de la tolérance. La preuve, je suis passée parmi les supporters d'un autre parti et il n'y a pas eu de débordements. Je leur ai donné des stickers et des drapeaux, ils m'ont donné les leurs", raconte-t-elle.

"L’élection présidentielle va améliorer l’avenir de mes enfants en contribuant à stabiliser davantage la Tunisie. Il faut que ce pays apprenne à accepter toutes les croyances religieuses ou politiques. Avant, je ne portais pas le voile et j'aimais l'État. J'aime toujours l'État et celui-ci doit apprendre à m'accepter avec mon voile. Je veux un président qui accepte tous ses citoyens. Il faut qu’on travaille ensemble, nous tous, les Tunisiens. Il faut arrêter de dire 'celui-ci est islamiste, celui-là est communiste, le troisième libéral'. Tout cela n’est qu’une perte de temps. Je sais que nous vivons une crise économique, le but est de trouver une solution, pas de rejeter la responsabilité sur l’autre."

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