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L’attaque de sites pétroliers par des drones, "une stratégie pour déstabiliser l’Arabie saoudite"

De la fumée ondule au-dessus d'une installation pétrolière d'Aramco à Abqaiq, le 14 septembre 2019.
De la fumée ondule au-dessus d'une installation pétrolière d'Aramco à Abqaiq, le 14 septembre 2019. AFP

L'attaque samedi de deux installations pétrolières stratégiques en Arabie saoudite par les rebelles yéménites houthis génère des incertitudes sur le marché de l’or noir et représente une menace pour la stabilité régionale.

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La Bourse de Riyad, première place financière du monde arabe, faisait grise mine dimanche 15 septembre au matin. Le secteur de l’énergie a plongé de 4,7 % à l’ouverture, au lendemain de l’attaque en Arabie saoudite – à Abqaiq et à Khurais – de deux installations pétrolières de la compagnie Aramco, revendiquée par les rebelles yéménites houthis.

À la suite de ces attaques, le royaume saoudien, premier exportateur mondial d’or noir, a annoncé que sa production était réduite de moitié. La suspension provisoire des opérations sur les deux sites a en effet entraîné une réduction de la production de 5,7 millions de barils par jour (mbj), soit environ 6 % de l'approvisionnement mondial. Un coup dur pour Aramco, qui possède la quasi-totalité des installations pétrolères du royaume.

Le site d’Abqaiq n’a pas été visé par hasard, comme l’explique David Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas), contacté par France 24. "La cible en elle-même est d’une importance capitale, puisque c’est le plus grand centre de traitement de (pétrole) brut léger au monde avec une capacité en temps normal de près de 6 mbj. C’est en quelque sorte un mastodonte des stations de traitement des hydrocarbures. Ironie de l’histoire, c’est également à Abqaiq que s’était produit le 24 février 2006 ce qui était alors le premier attentat terroriste imputé à la mouvance d’Al-Qaïda visant des installations pétrolières saoudiennes. Le choix n’avait rien de contingent et c’est un écho singulier par rapport à ce qu’il se passe aujourd’hui", rappelle-t-il.

Incertitudes sur le marché du pétrole

Dimanche, le ministre saoudien de l'Énergie, le prince Abdel Aziz ben Salmane, a indiqué dans un communiqué relayé par l’agence officielle SPA qu’"une partie du manque (de la production de pétrole) sera compensée pour les clients grâce aux stocks" de l’Arabie saoudite. Pour faire face à des cas d'urgence, cinq sites de stockage souterrains, pouvant contenir des dizaines de millions de barils de différents produits pétroliers raffinés, ont été construits dans plusieurs endroits du royaume.

Les conséquences redoutées sur le marché mondial, en premier lieu une augmentation du prix du baril de pétrole, ne devraient donc pas être ressenties à court terme. Mais les attaques de samedi inquiètent. "On ne sait pas dans quelle mesure les capacités de production de l’Arabie saoudite sont endommagées", explique Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine et spécialiste des matières premières, contacté par France 24. "On ne sait pas non plus combien de temps il faudra pour que (le royaume) revienne à pleine capacité."

Samedi, des officiels saoudiens déclaraient au Wall Street Journal que la production de pétrole reviendrait "à des niveaux normaux à partir de lundi". Mais dimanche, la situation ne devait pas revenir à la normale avant "des semaines plutôt que des jours", selon une source citée par Reuters. Seule certitude, la compagnie pétrolière Aramco devrait "fournir dans les prochaines 48 heures des informations actualisées" de la situation, a annoncé dimanche l’agence saoudienne SPA.

"Insécuriser le royaume"

Outre les incertitudes générées sur le marché du pétrole, les attaques contre des installations pétrolières en Arabie saoudite font craindre une accentuation des tensions régionales entre les différents protagonistes engagés dans la guerre au Yémen. Dans ce conflit, le gouvernement officiel yéménite est soutenu par les Saoudiens – eux-mêmes soutenus par les États-Unis – tandis que les rebelles houthis sont appuyés par l’Iran.

Washington n’a d’ailleurs pas tardé, peu après les attaques de samedi revendiquées par les houthis, à accuser Téhéran par la voix de son secrétaire d’État, Mike Pompeo : "L'Iran a lancé une attaque sans précédent contre l'approvisionnement énergétique mondial. (...) Nous appelons tous les pays à condamner publiquement et sans équivoque les attaques de l'Iran." Téhéran a réfuté ces "accusations et remarques stériles et aveugles (qui) sont incompréhensibles et insensées."

Avant samedi, les houthis avaient déjà mené deux attaques à l’aide de drones contre des installations saoudiennes, le 17 août contre le champ de Shaybah et le 14 mai contre deux stations de pompage d’un oléoduc, dans la région de Riyad. "Il y a une multiplication des attaques de missiles ou de drones, la balistique des houthis est montée en gamme dans le ciblage", analyse David Rigoulet-Roze. Une estimation correspondant aux déclarations faites par le général Yayha Saree, porte-parole des forces armées yéménites associées aux rebelles Houthis, le 12 juin dernier : "Notre banque de données sur nos cibles en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis se développe". Le général annonçait alors des "surprises" futures.

Les houthis, en ciblant samedi des installations pétrolières, mènent "une stratégie de déstabilisation" du royaume saoudien, analyse le chercheur rattaché à l’Ifas : "Ils ont ciblé là où ça fait mal, le pétrole et les infrastructures critiques qui constituent le talon d’Achille de l’Arabie saoudite." Ces attaques se sont aussi produites à un moment où la compagnie pétrolière préparait son introduction prochaine en Bourse. "C’est donc aussi une manière d’hypothéquer la réussite de cette IPO ["initial public offering", ou introduction en Bourse, NDLR] censée rapporter quelque 100 milliards de dollars en mettant sur le marché 5 % du capital de l’Aramco pour financer la transition énergétique du royaume prônée par le plan Vision 2030", estime David Rigoulet-Roze, qui pointe le "handicap majeur" que cela pourrait constituer pour l’Arabie saoudite alors que le pays cherche à séduire des investisseurs internationaux de plus en plus inquiets.

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