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La tenue de la présidentielle en Algérie pourrait "radicaliser la mobilisation"

Des manifestants algériens, le 6 septembre 2019, à Alger.
Des manifestants algériens, le 6 septembre 2019, à Alger. Ryad Kramdi, AFP

Le pouvoir algérien a annoncé dimanche que l'élection présidentielle se tiendrait le 12 décembre. Une décision qui va à l'encontre des demandes des manifestants et qui risque d'accentuer la crise de confiance entre dirigeants et citoyens algériens.

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En annonçant, dimanche 15 septembre, que l'élection présidentielle algérienne se tiendrait le 12 décembre prochain, le président par intérim de l'Algérie, Abdelkader Bensalah, a répondu aux demandes du chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah, véritable homme fort du pays depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika le 2 avril, mais s'est un peu plus mis à dos les manifestants.

Ces derniers s'opposent à la tenue rapide d'une présidentielle, n'y voyant qu'un moyen pour le "système" de se maintenir à la tête du pays. Ils demandent le départ des figures au pouvoir, Abdelkader Bensalah et le général Gaïd Salah en tête, qui perpétuent, selon eux, l'appareil hérité des 20 ans de présidence Bouteflika.

>> À lire : "Algérie : l'élection présidentielle fixée au 12 décembre"

Le scrutin pour élire le successeur d'Abdelaziz Bouteflika, initialement prévu le 4 juillet, avait dû être annulé, aucun candidat ne s'étant déclaré face à l'ampleur de la contestation. Pour autant, le général Ahmed Gaïd Salah s'est récemment dit certain que l'élection se tiendrait rapidement.

Pour Brahim Oumansour, chercheur associé à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste de l'Algérie, interrogé par France 24, cette décision pourrait durcir le mouvement de contestation. D'autant qu'en choisissant l'ancien ministre de la Justice Mohamed Chorfi pour prendre la tête de l'autorité indépendante chargée d'organiser le processus électoral et de "superviser toutes ses étapes, depuis la convocation du corps électoral jusqu'à l'annonce des résultats préliminaires", le pouvoir a, selon lui, envoyé un mauvais signal.

France 24 : Le pouvoir a annoncé que la présidentielle se tiendrait le 12 décembre. Après l'annulation de l'élection qui devait se tenir le 4 juillet, ce scrutin a-t-il une chance d'avoir lieu ?

Brahim Oumansour : Tout dépendra du rapport de force entre le pouvoir et les manifestants. Ces derniers rejettent cette décision du président par intérim pour une raison simple : beaucoup jugent que les conditions d'une réelle transition démocratique ne sont pas réunies. Deux scénarios sont donc envisageables : la répétition de ce qui s'est passé le 4 juillet avec une annulation pure et simple du scrutin ; ou alors une élection que le pouvoir organise coûte que coûte, malgré le refus de la population. Le problème de ce scénario, c'est qu'on pourrait alors assister à une élection avec un taux de participation très faible et à un probable durcissement de la mobilisation, voire à sa radicalisation. L'avenir du pays reste en suspens.

>> À voir : "Il n'y a aucun dialogue démocratique entre le pouvoir et la rue"

Que reprochent précisément les manifestants au pouvoir ?

Ce n'est pas tellement le fait d'organiser une élection présidentielle qui pose problème, mais plutôt la méthode choisie par le pouvoir et le choix des personnes pour diriger l'instance d'organisation de l'élection. Clairement, choisir un ancien ministre de la Justice d'Abdelaziz Bouteflika, Mohamed Chorfi, comme président de cette instance envoie un mauvais signal. Cela décrédibilise d'office le pouvoir et ses intentions. Cela montre qu'on n'arrive pas à trouver les bonnes personnes pour organiser un tel scrutin ou qu'on ne se donne pas les moyens de trouver les bonnes personnes. Or est-ce que les dirigeants algériens veulent une transition démocratique réelle ou veulent-ils poursuivre avec le même système en changeant simplement quelques personnes, au risque de provoquer une future crise politique encore plus profonde et plus dramatique pour le pays ?

Le président par intérim, Abdelkader Bensalah, sous-estime la crise de confiance qui existe aujourd'hui entre le peuple algérien et le pouvoir. Celle-ci est très profonde et ne disparaîtra que lorsqu'il y aura eu des gestes réels pour faire adhérer la population au processus démocratique.

>> À lire : L'opposant algérien Karim Tabbou placé en détention provisoire

Que pourrait faire le pouvoir en place pour regagner la confiance des Algériens ?

D'abord instaurer un dialogue réel avec les acteurs de la mobilisation ou avec des représentants des partis politiques de l'opposition. Le président par intérim, le pouvoir en place, pourrait tout à fait mener un dialogue réel avec ces gens pour instaurer un climat de confiance. Au lieu de cela, l'"instance nationale de dialogue" qui a été formée en juillet et qui devait réunir partis politiques, société civile et représentants du mouvement de contestation, est une coquille vide car cette instance n'affiche pas, par son casting, une neutralité vis-à-vis du pouvoir en place. Par ailleurs, au lieu de chercher à convaincre les leaders de la mobilisation de participer à cette instance qui devrait jouer un rôle d'arbitrage, ceux-ci sont arrêtés.

Or, obtenir la participation des représentants de la mobilisation au dialogue national et à l'instance d'organisation des élections serait un gage important pour faire adhérer la population au processus de transition. Cette instance serait alors considérée différemment par les Algériens, qui la verraient comme un véritable garant du bon déroulement démocratique du scrutin.

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