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Au Brésil, la violence des "mafias" alimente la déforestation de l'Amazonie

Une femme récolte des fruits du cacaoyer dans la réserve de Boa Esperanca, dans l'État d'Amazonas, dans le nord du Brésil, le 27 avril 2019.
Une femme récolte des fruits du cacaoyer dans la réserve de Boa Esperanca, dans l'État d'Amazonas, dans le nord du Brésil, le 27 avril 2019. Evaristo Sa, AFP

Dans un rapport publié mardi, l'ONG Human Rights Watch affirme que l'impunité face aux violences subies par les défenseurs de l'environnement contribue à faire disparaître l'Amazonie brésilienne.

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Depuis des années, des activistes brésiliens s'efforcent de protéger l'Amazonie, en proie à une déforestation toujours plus massive. Qu'ils soient écologistes, syndicalistes ou encore simples fermiers voulant protéger leur exploitation, ces défenseurs de l'environnement s'exposent à la violence des réseaux criminels voulant piller le bois exotique. Dans un rapport publié mardi 17 septembre, l'ONG Human Rights Watch (HRW) parle ainsi de "mafias de la forêt tropicale" qui participent "en grande part" à la destruction de cet écosystème.

"La plupart du temps, ce sont des bûcherons qui volent du bois précieux comme de l'acajou, dans des réserves indiennes. On trouve aussi de petits paysans qui s'établissent sur des terres publiques pour développer leur exploitation", explique Hervé Théry, géographe spécialiste du Brésil, interrogé par France 24.

Concrètement, ces réseaux dont on peine à mesurer l'étendue "utilisent des bulldozers, rasant tout ce qui se trouve sur leur passage". "Ainsi pour un arbre exploité, six ou sept seront détruits", estime l'universitaire. Le bois est ensuite réduit en planches ou en bûches, puis vendu illégalement. Des éleveurs alliés avec les pilleurs peuvent alors installer leur bétail ou planter leurs cultures sur ces terres défraîchies.

EM - Carte Amazonie
Carte de la déforestation amazonienne. Human Rights Watch, 2019

Le Brésil, 4e pays marqué par ces assassinats

Des hommes armés sont "employés pour intimider, et dans certains cas exécuter", ceux qui essaient de se mettre sur leur chemin et de protéger la forêt, précise le rapport de l'ONG. Le phénomène n'a rien de nouveau. Déjà en 1988, Chico Mendes, syndicaliste agricole et l'une des voix les plus connues à l'étranger pour la défense de l'environnement, mourait chez lui dans l'État de l'Acre, dans le nord-ouest du Brésil, sous les balles du fils d'un important éleveur de bétail de la région.

Depuis, les actes de violence n'ont jamais cessé. L'un des derniers en date : l'assassinat en mars dernier de la militante Dilma Ferreira Silva, engagée notamment dans le mouvement pour les personnes affectées par les barrages au Brésil.

Triste palmarès : le Brésil reste le 4e pays le plus marqué par les assassinats de défenseurs de l'environnement, selon les statistiques publiées en juillet par l'ONG Global Witness. De son côté, HRW recense 28 meurtres, "la plupart perpétrés depuis 2015", mais aussi quatre tentatives d'assassinats et plus de 40 cas de menaces de mort visant ces défenseurs de l'environnement. Parmi les victimes figurent surtout des membres de communautés autochtones, quelques religieux et de petits agriculteurs qui avaient déjà prévenu les autorités de ces menaces, en vain.

"Des policiers facilement corruptibles"

Car comme le souligne l'ONG, ces violences sont rarement traduites en justice. Ainsi, sur "plus de 300 meurtres enregistrés depuis 2009" par la Commission pastorale de la terre, qui défend les populations rurales au Brésil, "seuls 14 ont finalement été jugés". Enfin, "sur plus de 40 cas de menaces, aucun n'a fait l'objet d'un procès".

Comment expliquer une telle impunité ? Interrogée par HRW, la police locale reconnaît elle-même des "lacunes dans les enquêtes". Selon elle, les crimes ont tendance à "se dérouler dans des communautés isolées ou des lieux très éloignés du commissariat le plus proche".

Une justification pour le moins légère, estime l'ONG qui a observé "de graves failles", après avoir interrogé plusieurs policiers enquêtant sur six meurtres de l'État de Maranhão, dans le nord-est du pays. Dans au moins quatre des six cas, "les décès étaient survenus dans des centres urbains dotés de postes de police locaux et non dans des zones isolées", nuance le rapport. Autre explication possible, les pressions subies par les policiers entravent leur travail d'enquête. "Les forces de l'ordre sont mal payées, facilement corruptibles et souvent menacées ou intimidées. C'est le far west", résume amèrement Hervé Théry.

"De leur côté, les pilleurs de bois ne se considèrent pas comme des gangsters. Au contraire, en détruisant la forêt et en y plantant du soja, ils ont le sentiment d'être des pionniers, d'apporter de la civilisation, du progrès", poursuit l'universitaire. Une ligne également soutenue par la politique gouvernementale du Brésil.

"Transformer l'Amazonie en immense culture du soja"

Le président Jair Bolsonaro estime ainsi que ne pas exploiter les terres indigènes constituerait une entrave à l'économie du pays. "La volonté du président est de transformer l'Amazonie en immense culture du soja", rappelle Marie-Pierre Ledru, spécialiste de la zone et représentante de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) au Brésil, auprès de France 24.

>> À lire aussi : L'Amazonie, "poumon de la Terre", suffoque sous l'ère Bolsonaro

Climatosceptique notoire, Jair Bolsonaro avait même accusé, le 19 juillet, l'institut brésilien de recherches spatiales (Inpe), chargé de mesurer la déforestation de l'Amazonie, de publier des données "mensongères, au service des ONG". En marge de ce rapport, HRW demande ainsi au chef d'État brésilien de cesser "ses attaques verbales et accusations sans fondement" contre les ONG. Et au passage, de "rétablir la coopération" entre le gouvernement et la société civile pour protéger les indigènes, les défenseurs de l'environnement et la forêt.

Car "tant que le Brésil n'adoptera pas de mesures urgentes contre la violence qui facilite la coupe illégale de bois, la destruction de la plus grande forêt tropicale du monde sera effrénée", soutient Human Rights Watch.

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